•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Le mouvement des gilets jaunes doit servir à réveiller les peuples »

Une marée de gens occupe une rue. Tout le monde porte un gilet jaune. Un femme tient une pancarte sur laquelle est écrit : « Notre avis compte aussi ».
Des manifestants ont défilé dans les rues de Nantes, le 22 décembre, dans le cadre de la contestation des gilets jaunes. Photo: Reuters / Stephane Mahe
Yanik Dumont Baron

À la veille du grand débat national qui doit s'amorcer en France, les gilets jaunes sont divisés quant à l'utilité de ce chantier social lancé par le gouvernement Macron afin de calmer la colère qui gronde depuis deux mois. Quelle est la suite pour le mouvement?

Notre correspondant à Paris s'est entretenu avec Stéphane Carbiener, un conseiller en immobilier qui s'implique au sein des gilets jaunes citoyens de Bordeaux depuis le début de la contestation.


À vos yeux, à quoi devrait servir le mouvement des gilets jaunes?

Idéalement, selon moi, le mouvement des gilets jaunes doit servir à réveiller les peuples quant à la nécessité de prendre en main la destinée du monde. L’objectif ultime que j’y vois, c’est celui-là.

On est loin des revendications en lien avec la hausse de la taxe sur les carburants, par exemple?

Stéphane Carbiener pose pour la caméra, l'air sérieux.Stéphane Carbiener s'implique au sein du mouvement des gilets jaunes depuis le début de la contestation. Photo : Facebook / Stéphane Carbiener

Pas tant que ça. Ce qui permet de relier le tout, je pense, et ce qui a cristallisé 80 % de l’opinion sympathique à ce mouvement, c’est qu’on est persuadés que l’intérêt général est manipulé par des intérêts privés, qu’il y a une très forte inégalité dans la répartition des richesses et des ressources et qu’il n’y a plus de moyens financiers qui sont alloués à la solidarité et à la définition d’un avenir dans lequel tout le monde peut se projeter.

C’est vrai que la contestation est née de ceux qui n’en peuvent plus. Ils sont obligés de sortir pour nous réveiller tous. Et c’est pour ça que je suis sorti dans la rue.

Comment votre engagement a-t-il évolué depuis le premier grand rassemblement de la mi-novembre?

Le 18 novembre [au lendemain de la première grande manifestation], j'ai créé une page Facebook pour essayer de comprendre, de diffuser de l'information. J'ai vite été mis en relation avec des embryons d'organisations qui essayaient de se mettre en place dès la première semaine. Je collabore avec eux pour essayer de structurer le mouvement.

Comme on a une multiplicité énorme de gens avec des profils extrêmement différents, chacun trouve une manière bien à lui de manifester et de défendre le mouvement. La difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est justement de rassembler toutes ces forces pour éviter qu'elles ne se gaspillent. On essaie de construire quelque chose sur quoi on pourra s'appuyer par la suite.

La violence, qui a ponctué plusieurs manifestations hebdomadaires des gilets jaunes, a attiré l’attention sur le mouvement. Maintenant, faut-il passer à autre chose?

Je suis extrêmement convaincu qu'il faut absolument passer à autre chose aujourd'hui. Effectivement, s'ils n'avaient pas été violents, nous n’aurions pas interpellé le pouvoir, le pays et finalement le monde entier. Je dois leur accorder cela. Mais voilà, le problème de la violence, c'est qu'elle oblige à prendre des décisions dans la précipitation. Et on l'a bien vu. La première réponse financière du gouvernement, elle n’était que partielle, elle a été faite rapidement.

La violence n'aide pas à la sérénité des débats alors que l’on a tellement de chantiers à aborder. Il faudrait vraiment que ça se fasse dans le temps, dans le calme. Ils [les manifestants] ont aujourd'hui la rage parce qu'ils n’ont pas l'impression d'être entendus, mais si on prenait un peu le temps de les écouter, ça permettrait déjà de les calmer.

Que pensez-vous de cet appel du gouvernement à s’exprimer sur le pouvoir d’achat et le fonctionnement de la démocratie dans le cadre des rencontres du grand débat national?

Je pense que cette étape est nécessaire afin que l'on puisse retrouver un peu de sérénité pour construire un projet commun. Je souhaite que tout le monde s'y investisse énormément. Et pas que les gilets jaunes : toute la société française. Il y a des idées chez tout le monde et des propositions chez tout le monde. C'est comme ça qu'on arrivera à ce que tout le monde soit considéré, se sente respecté et fasse partie de la société.

Moi, j'y participerai en tant que citoyen parce que c'est un moment qu'il ne faut pas rater. Mais je crains que ceux qui, par principe, rejettent tout ce qui vient du gouvernement n’y soient pas. Il y a aussi tous ceux qui pensent que c'est un débat uniquement pour répondre aux gilets jaunes et qui ne se sentent pas concernés. Je ne sais pas combien de gens vont s'y rendre réellement. Ça ne sent pas la vraie consultation.

Beaucoup de Français croient que le gouvernement cherche surtout à gagner du temps avec cette grande concertation. Comment réformer une démocratie si le peuple ne fait plus confiance à ses élus?

Je pense que c'est impossible. On le voit depuis des années : les Français vont de moins en moins voter, les gens ne s'investissent plus. Mais il faut que les citoyens s'investissent dans la société qu'ils veulent construire. Autant nos élus et hauts responsables doivent complètement se remettre en cause, autant les citoyens doivent faire de même.

Au bout de deux mois (dans nos réunions de gilets jaunes), on en est encore, toujours, à devoir se mettre d'accord sur l'objectif final. Violence ou pas? Coup d'État ou pas? Il y a encore des gens qui pensent qu’ils vont réussir à renverser le gouvernement. C'est vrai que ça va être difficile de ramener tout le monde vers un chemin de discussion et de construction, mais on n'a pas le choix. Il faut qu'on passe par là.

Politique internationale

International