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Le secret de la longévité du Festival du Voyageur

Près de 2300 paniers de l'espoir seront livrés à Sherbrooke par la Fondation Rock-Guertin.

Marie-Gabrielle Ménard

Le Festival du Voyageur, c'est cinq décennies d'histoire caractérisée par la joie de vivre... et quelques verres de caribou. Certains de ses fervents artisans racontent ce qu'a signifié la fête hivernale au cours des ans.

Saint-Boniface, 1967. Les membres de la Chambre de commerce francophone de Saint-Boniface rêvent d’un événement annuel qui créerait de l’achalandage dans leurs commerces respectifs en hiver. Ils ignorent que, ce faisant, ils posent les premiers jalons d’une manifestation populaire qui, 50 ans plus tard, est à la fois la mémoire et le porte-voix des Franco-Manitobains.

Le Festival du Voyageur, le plus important festival d’hiver dans l’Ouest canadien, est aujourd'hui reconnu sur la scène locale, nationale et internationale, comme le rappelle Lucienne Beaudry-Loiselle, qui a été voyageuse officielle.

Le Festival du Voyageur a réveillé la fierté de notre histoire.

Lucienne Beaudry Loiselle, épouse de Lucien Loiselle, Voyageurs Officiels (1977-78 et 1979)
Une femme et deux enfants devant le Fort Gibraltor au Parc du Voyageur. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les familles avec des enfants de 12 ans et moins pourront visiter le Parc du Voyageur pour 25 dollars pendant le dernier jour du Festival.

Photo : Radio-Canada / Daniel Gervais

Les villes de Rio et Venise sont indissociables de leurs carnavals, qui bénéficient d'une réconnaissance planétaire. Mais aucune ne peut s'enorgueillir de :

  • avoir doté son événement d’un programme pédagogique rejoignant annuellement plus de 11 000 étudiants;
  • avoir construit un lieu permanent (le Fort Gibraltar) permettant l’interprétation et la célébration, 12 mois par année, d’un patrimoine historique, culturel et linguistique;
  • arriver à rassembler annuellement, en février, francophones, anglophones, Métis et Autochtones en provenance de Winnipeg, du Manitoba, d'ailleurs au Canada ou d'autres pays.

Georges Forest, un homme qui a eu du flair

En janvier 1970, avant le coup d’envoi du tout nouveau festival d’hiver, Georges Forest propose aux membres du conseil d’administration d’articuler l’événement autour d’un personnage historique : le voyageur.

L’idée est unanimement adoptée.

Georges Forest ira jusqu’à incarner son concept en devenant le premier Voyageur officiel. Après un aller-retour éclair chez Malabar – costumier montréalais de grande renommée – Georges Forest fait revivre Jean-Baptiste Lagimodière, un célèbre voyageur de la Colonie de la Rivière-Rouge. Il invitera son épouse, Anita, à lui emboîter le pas : elle personnifiera une autre personnalité indissociable de la fondation du Manitoba français, Marie-Anne Gaboury.

« Georges Forest avait un sens historique et un sens du spectacle, rappelle Lucienne Beaudry Loiselle. Et lorsqu’il avait quelque chose dans la tête, il ne l’avait pas dans les pieds. »

  • Jean-Baptiste Lagimodière (né en 1778 à Trois-Rivières au Québec et décédé en 1855 à Saint-Boniface au Manitoba) fut un voyageur célèbre pour sa contribution au développement de l’Ouest canadien.
  • sa femme Marie-Anne Gaboury (née en 1780 à Maskinongé au Québec et décédée en 1875 à Saint-Boniface au Manitoba) est la première femme blanche à s’établir dans l’Ouest canadien.
  • Ils sont les grands-parents de Louis Riel, chef des Métis et fondateur de la province du Manitoba.

Georges Forest a eu du flair en proposant au Festival un thème aussi fort et inspirant que celui du Voyageur. 50 ans plus tard, ce thème rassemble toujours les gens avec autant de ferveur.

Il confère au Festival un caractère singulier, qui le distingue des autres festivals d’hiver et agit également comme puissant outil de marketing, explique l'ancien directeur général, Normand Gousseau.

Le thème du Voyageur, c’est la colle du Festival.

Normand Gousseau, directeur général du Festival du Voyageur de 1993 à 2003

En ce moment, rares sont les festivals, carnavals et rassemblements populaires qui réussissent à s'ancrer avec autant de fidélité dans un patrimoine historique.

Mais le Festival lui-même n'a pas toujours choisi cette direction. L'ancien Voyageur officiel Lucien Loiselle le rappelle : « Au début, c’était plutôt flou, c’était plus ou moins fidèle à l’histoire, un genre de mélange entre le Voyageur et le Coureur des bois ».

Employés, partenaires, groupes, associations, bénévoles, tous œuvrent avec passion et rigueur à « (re)-former » l’histoire, celle des Voyageurs, mais également celle des Métis et des Premières Nations à l’époque de la colonie de la Rivière-Rouge.

Tout en préservant son caractère festif, le Festival du Voyageur appuie sa programmation sur des faits historiques et rend bien vivante cette période fondatrice du Manitoba français. « On fait plus honneur à la vérité du Voyageur aujourd’hui, qu’on l’a fait dans les premières années du Festival », résume ainsi Normand Gousseau.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, le Festival a une réputation nationale et internationale, de par sa crédibilité historique.

Lucien Loiselle, Voyageur officiel (1977-1978, 1979)
Un groupe de visiteurs échange avec un interprète au Fort GibraltarAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des visiteurs au Fort Gibraltar pendant le Festival du Voyageur

Photo : Ailton Ferraz Vieira

« Le Festival n’a jamais été politique, et cela a sans doute contribué à son succès populaire et à créer le sentiment d’appartenance des gens qui le fréquentent. C’est une célébration, une place de rassemblement, ce n’est pas un événement politique », explique Normand Gousseau.

Une manifestation d’envergure internationale

Dès la première année, il y eu 4000 bénévoles, affirme Lucienne Beaudry Loiselle.

Le Festival du Voyageur fait vibrer le cœur des gens au Manitoba comme ailleurs. Depuis les 15 dernières années, le Festival note une constante augmentation des touristes provenant de l’étranger : des gens de Chine, du Japon, de la Suède, du Mexique, des États-Unis, de la France et de l’Italie viennent y vivre une expérience singulière.

Le froid, la neige, le français, l’histoire des Voyageurs, la cabane à sucre, les spectacles, sans oublier le Symposium international de sculptures sur neige, représentent des éléments exotiques et attrayants pour quiconque cherche à s’émerveiller au beau milieu d’un décor blanc.

Un sculpteur devant son oeuvre de neigeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le symposium international de sculpture sur neige au Festival du Voyageur 2018

Photo : Ailton Ferraz Vieira

En parallèle avec l'attrait qu'il représente, le Festival du Voyageur a toujours su préserver son caractère communautaire. Des dizaines d’écoles, résidences pour aînés, hôpitaux, groupes ou associations communautaires, reçoivent ainsi la visite de la famille des Voyageurs Officiels du moment, ou encore de membres de l’Ordre des Voyageurs officiels (composé des Voyageurs officiels des années précédentes). Dans certains endroits, on organise aussi ses propres activités sur le thème du Festival, pour participer à la fête.

La tire d'érable sur neigeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La tire d'érable sur neige, l'une des attractions phares du Festival du Voyageur.

Photo : Radio-Canada / Daniel

Darrel Nadeau, directeur général du Festival du Voyageur, pose au Fort Gibraltar à Winnipeg avec une ceinture fléchée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Darrel Nadeau, directeur général du Festival du Voyageur.

Photo : Radio-Canada / Bertrand Savard

Le Festival ici, maintenant et demain

Darrel Nadeau n’était pas né lors du coup d’envoi du premier Festival du Voyageur, le 26 février 1970, mais celui qui assure la direction générale du Festival depuis 2017 affirme que le Festival a toujours fait partie de sa vie.

Le jeune administrateur a dû jongler avec plusieurs variables pour faire de ce 50e anniversaire un succès qui, l'espère-t-il, sera aussi populaire que financier.

  • Budget du Festival 2019 : 3,2 millions $
  • Proportion des revenus autonomes : 55 %
  • Proportion des revenus de subventions, dons et commandites : 45 %

Sans négliger son thème historique, Darrel Nadeau souhaite que le Festival soit aussi reconnu comme un événement contemporain, festif, instructif, inclusif et en parfaite adéquation avec son époque.

« On s’est fait dire que nous faisions un excellent travail pour refléter la culture francophone, mais qu’on faisait un moins bon travail pour refléter la perspective des Métis et des Premières Nations à l’époque de la traite de fourrures, alors on veut certainement faire de grands efforts pour rétablir ça », indique-t-il.

Darrel Nadeau pose ainsi des actions concrètes pour traduire deux de ses priorités : le rapprochement et l’inclusion.

Selon lui, la pérennité de l'événement tient certainement à sa capacité à intéresser le plus de gens possible à la culture, l’histoire et le patrimoine franco-manitobain, mais cela doit se faire à travers un dialogue où tous s’estiment considérés et écoutés.

Dans la création du 50e Festival du Voyageur, l’équipe a cherché à améliorer la place des communautés métisses, autochtones, LGBT, ainsi que des nouveaux arrivants à travers la programmation. De ces échanges sont nés plusieurs initiatives et activités, ainsi que de nouveaux partenariats, avec APTN et le festival Manito Ahbee par exemple.

Festival du Voyageur récipiendaire d'un prix d'affaires LGBTAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Festival du Voyageur récipiendaire d'un prix d'affaires LGBT

Photo : Festival du Voyageur

Nouveauté 2019

  • Focus : musique, art et artisanat autochtone (artistes : Métis, Premières Nations et Inuits) dans la tente Rivière-Rouge lors de la Journée Louis-Riel (18 février)
  • Ateliers POW WOW 101, en partenariat avec Manito Ahbee
  • Fierté du Voyageur dans la tente Rivière-Rouge
  • Le Festival du Voyageur s’engage à signer l’Entente de Winnipeg sur les Autochtones initiée par le maire de Winnipeg Brian Bowman
  • Le Festival du Voyageur souhaite développer, en partenariat avec Patrimoine Canada, un projet de révision de l’ensemble de son programme patrimonial, pédagogique et historique afin de mieux y refléter la perspective des Premières Nations et des Métis.

Le Festival, c’est beaucoup plus grand que n’importe qui, que ce soit un Voyageur officiel, que ce soit moi, notre personnel, l’organisme ou autre, c’est beaucoup, beaucoup plus grand et ça, c’est touchant.

Darrel Nadeau, directeur général du Festival du Voyageur
Le fort Gibraltar au parc Whittier, à WinnipegAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le fort Gibraltar au parc Whittier, à Winnipeg

Photo : Radio-Canada / Carla Oliveira

Notre dossier sur le Festival du Voyageur 2019

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