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chronique

Traverser les Rocheuses : voyage, beauté et risque

Une de la route lors de ma traversée des Rocheuses cet hiver.
Une des routes lors de ma traversée des Rocheuses cet hiver. Photo: Adel Mwika
Jean-Marie Yambayamba

CHRONIQUE - Êtes-vous tentés de visiter ou traverser les Rocheuses et ses parcs en plein hiver? Vers la fin 2018, j'ai cédé à cette tentation, le temps d'une visite familiale dans le nord-ouest des États-Unis. Plus de 10 ans après un premier passage dans la beauté et la majesté des Rocheuses, j'y suis retourné, en pleine tempête de neige, cette fois. Oh! Que j'ai eu à composer l'émerveillement avec la peur de finir bloqué ou recouvert par la neige quelque part le long des routes tortueuses de cette région touristique.

Quelques jours après la programmation de mon voyage, Environnement Canada mettait bien en garde contre les risques de précipitations hivernales à la frontière sud-ouest du Canada et dans les régions de Banff et Jasper notamment. Cet avertissement, et la neige qui tombait déjà à Edmonton, n'ont pas suffi pour m'inciter à renoncer à prendre la route.

J'ai pris pour seules précautions de m'approvisionner en vivres pour la route, d'équiper mon véhicule de pneus d'hiver et de vérifier que toute la mécanique était en ordre. Le lendemain, aux petites heures, j'ai embarqué toute ma famille et nous nous sommes retrouvés sur l'autoroute 16 en direction de Jasper.

Les montagnes Rocheuses dans le parc national Jasper.Les montagnes Rocheuses dans le parc national Jasper. Photo : Adel Mwika

Le voyage

La neige n'a pas cessé à notre entrée dans le parc national. Des visiteurs rencontrés dans le site touristique nous ont expliqué que les autorités avaient bloqué pour quelques heures la route qu'ils voulaient prendre pour se rendre au parc national Banff. Mais en direction ouest, la route restait ouverte. Mes enfants, derrière moi, s'impressionnaient de la blancheur des pins et des montagnes aux grandes allures. Cela ne nous évitait pas d'être terrifiés en passant le long des flancs de hauteurs recouverts de cette poudre blanche capable de se transformer en avalanche... Au volant, je masquais tant bien que mal ma peur de foncer sur une route aussi tortueuse qu'imprévisible, alors que la visibilité était bien réduite. Les longues heures de voyage étaient éprouvantes. La récompense a été la sortie de cet « enfer » terrifiant, mais fascinant, à l'entrée dans l'air presque printanier de Hope, en Colombie-Britannique.

La même expérience m'attendait à mon retour quatre jours plus tard. La fureur météo n'avait pas changé. Le baptême de feu à l'aller m'a cependant ragaillardi et pendant presque une demi-journée, ma femme a repris le volant, me permettant de savourer la splendeur des Rocheuses. À l'approche d'Edmonton, après Jasper, le ciel s'est éclairci et le retour s'est fait plutôt sans histoire.

Risques et conseils

Soulagé, j'avais quand même le sentiment d'avoir été un peu fou. Un employé d'Environnement Canada à qui j'ai confié mon aventure a eu ces mots : « À chacun, sa tolérance du risque; nous, on prévient les gens des conditions possiblement menaçantes », m'a dit Matthew McDonald.

Dans la foulée, il a égrené quelques conseils pour ce genre de voyages. « L'essentiel, c'est vraiment d'être informé, d'avoir des pneus d'hiver et de réduire la vitesse en cas de neige ou de visibilité réduite. Il faut être préparé pour des délais possibles avec la météo qui peut changer de façon soudaine. C'est sûr qu'il faut être prêt à vouloir adapter ses plans et même d'annuler quand le temps est particulièrement mauvais. »

Météo complexe

C'est particulièrement vrai cette année, car des vents forts et de grandes précipitations de neige se déversent dans les montagnes Rocheuses, comme l'explique Matthew McDonald. « Les vents forts et secs ont aussi créé des événements de Chinook, particulièrement dans le sud-ouest de la province alors qu'en montagne, on a vu beaucoup de développement de plaques à vent (épaisseurs de neige instable) et des conditions d'avalanche un peu plus sévères que la normale. »

Tempête de neige lors de mon récent voyage à travers les Rocheuses. Par moments, la visibilité était presque nulle.Tempête de neige lors de mon récent voyage à travers les Rocheuses. Par moments, la visibilité était presque nulle. Photo : Adel Mwika

Environnement Canada travaille étroitement avec Avalanche Canada pour indiquer les conditions météo dans les montagnes et produire des bulletins d'avalanche pour le public. La responsable des communications d'Avalanche Canada, Mary Clayton, y va de son conseil : « Si vous voyagez dans votre véhicule, surveillez les fermetures et les conditions des routes annoncées habituellement en ligne. C'est la chose la plus importante. »

Elle souligne que généralement, les autorités surveillent régulièrement l'état des routes et que, depuis 10 ans, il n'y a eu aucun mort causé par les avalanches le long de ces routes. La situation est différente dans l'arrière-pays. Cette année, les avalanches ont fait un mort, mais la moyenne des 10 ans est de 12 morts par an.

Trousse d'urgence

Nous avions été chanceux de n'avoir pas été surpris par une avalanche, mais les précautions ne sont pas un luxe pour ce genre de déplacement. Matthew McDonald rappelle qu'il est bon d'avoir une trousse d'urgence dans son auto au cas où l'on tombe en panne et d'être préparé pour des périodes longues sur le côté de la route. À ceux qui veulent faire du ski hors-piste, de la planche à neige, de la raquette, de la motoneige ou de la randonnée dans l'arrière-pays, de l'équipement de sécurité est requis pour se protéger en cas d'avalanche ou d'accident, ajoute de son côté Mary Clayton. L'équipement comprend un émetteur-transmetteur d'avalanche, une sonde et une pelle, des outils qu'il faut savoir utiliser.

C'est maintenant en personne avisée que j'entrevoie ma prochaine aventure dans les Rocheuses. En attendant, je ne me priverai pas de répéter les conseils reçus à ceux qui partageront avec moi un possible projet de faire la même chose. J'aurai en tout cas appris que parfois, l'attrait du beau et certains impératifs portent à défier le risque.

Alberta

Voyage