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Les traces laissées par un an de conflit à l’ABI

Gens rassemblés en face de l'aluminerie l'hiver, près de la pancarte ABI extérieure
Les syndiqués ont appris le 11 janvier 2018 que la direction de l'ABI les mettait en lock-out. Ils venaient de rejeter la dernière offre patronale. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les travailleurs de l'Aluminerie de Bécancour inc. (ABI) ont reçu beaucoup d'appuis de la part de politiciens ou d'autres syndiqués depuis un an, mais ils ont aussi reçu des insultes. L'opinion publique est polarisée sur la question.

On ne sera jamais très bien vus dans la population en raison de nos salaires, reconnaît le président de la section locale 9700 du Syndicat des métallos, Clément Masse.

On manque peut-être de communication avec la population pour expliquer pourquoi les bons salaires, c’est important dans la région, dit-il. Il y a de la jalousie un peu à travers cela.

Clément Masse au micro l'hiverLe président de la section locale 9700 du Syndicat des métallos, qui représente les 1030 travailleurs de l'ABI, Clément Masse. (Archives) Photo : Radio-Canada

Daniel Plante fait partie des 1030 employés touchés par le lock-out.

L’homme, qui travaille à l’ABI depuis 30 ans, a droit à 635 $ du syndicat chaque semaine en échange de 10 heures de piquetage.

On s'est défaits de notre deuxième voiture. Une voiture, ça convient amplement. Un petit peu moins de voyages, un petit peu moins de dépenses, de Village des sports... Du ski, on n'en a pas fait cette année. Tout ce qui coûte cher, on l'a pas mal tout enlevé, soutient-il.

Le mécanicien dans la cinquantaine reconnaît qu’il est chanceux comparativement à d’autres qui sont plus jeunes ou qui ont de plus grosses hypothèques, par exemple.

Daniel Plante dans sa cuisineDaniel Plante travaille à l'ABI depuis 28 ans. Photo : Radio-Canada

Je suis plus vieux, c'est sûr que les conséquences sont moins sévères. Je me suis trouvé un travail d'appoint et je prends de l'argent dans les économies pour être capable de passer à travers, relate-t-il.

Daniel Plante ajoute que les conséquences sont dramatiques dans certains cas.

De ce que j'ai entendu, il y a eu une trentaine de pertes de maisons, des gens qui ont remis leurs clés, quelques tentatives de suicide confirmées, des divorces, on ne les compte plus, ça apporte beaucoup de pression dans la maison. Ça joue dans la tête, dit-il.

Partir à la retraite… plus tôt que prévu

Environ 110 travailleurs de l'ABI sont partis à la retraite depuis le début du lock-out.

M. Rompré qui déneige sa motoneige dans sa courDany Rompré a décidé de prendre sa retraite de l'ABI plus tôt que prévu en raison du lock-out. Photo : Radio-Canada

Dany Rompré a tiré sa révérence le 1er janvier 2019.

Il ne lui restait que quelques mois pour bénéficier d'une retraite sans pénalité, mais il a préféré partir maintenant, même si ce n’est pas le départ qu’il avait imaginé.

Tu pars sans remercier des personnes que t'aurais aimé remercier, sans serrer des mains, sans voir des sourires. Moi, le sentiment que j'ai, c'est plus de quitter avec quelque chose qui n'a pas été fini, explique le nouveau retraité.

Les travailleurs de l’ABI Janie Pelletier, de Saint-Louis-de-France, et Danick Michel, de Bécancour, ont parlé des conséquences du lock-out dans leur vie à l’émission 360 PM.

Deux personnes dans le studio radio de Trois-RivièresLes travailleurs de l’ABI Janie Pelletier, de Saint-Louis-de-France, et Danick Michel, de Bécancour. Photo : Radio-Canada / Marilyn Marceau

Vers une entente négociée?

Un an après le déclenchement du lock-out par la direction, les deux parties réitèrent qu’elles souhaitent parvenir à une entente négociée.

La direction de l’ABI demeure déterminée à conclure un accord négocié avec le Syndicat des métallos, qui apportera les changements fondamentaux nécessaires au succès de l’usine, peut-on lire dans un communiqué envoyé par l’ABI.

Alcoa maintient que son offre déposée en octobre dernier est toujours sur la table et qu'elle répond aux impératifs de l'industrie. Le syndicat, lui, accuse la direction de demander plus de concessions aux travailleurs.

Homme devant une pile de bois avec un feu non loin du piquet de grève de l'ABI.Les syndiqués auraient brûlé 700 cordes de bois au piquet de grève en face de l'aluminerie depuis le début du conflit, il y a un an. Photo : Radio-Canada

Pour l’instant, ni la nomination du médiateur spécial Lucien Bouchard ni la création d’un conseil de médiation n’a permis de parvenir à une entente.

Le ministre du Travail, de l‘Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, vient de créer un groupe de travail dans l’espoir de donner les outils nécessaires pour que les deux parties s’entendent.

Selon le Syndicat des métallos, les points en litige sont le financement du régime de retraite et le respect de l'ancienneté dans les mouvements de main-d'oeuvre.

Les discussions portent aussi, selon le ministre Boulet, sur la flexibilité des travailleurs dans l’aluminerie, sur la productivité au travail et sur la pérennité de l’usine.

Mauricie et Centre du Québec

Relations de travail