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Un lock-out qui dure depuis un an à l'ABI de Bécancour

Des employés en lock-out manifestent devant l'Aluminerie de Bécancour.
Le conflit de travail à l'ABI dure maintenant depuis un an. 1030 employés sont en lock-out depuis le 11 janvier 2018. Photo: Radio-Canada
Michelle Raza

Le conflit de travail à l'Aluminerie de Bécancour (ABI) va célébrer un triste anniversaire dans la nuit du 10 au 11 janvier : il y a un an, la direction mettait 1030 employés en lock-out. Malgré les négociations et l'implication du gouvernement du Québec pour régler le conflit, l'impasse persiste.

La plupart des travailleurs dorment quand la direction de l’ABI déclenche le lock-out, à 3 h du matin le 11 janvier, quelques heures après que les syndiqués aient rejeté l’offre finale patronale pour le renouvellement de la convention collective.

RoulotteSite de l'Aluminerie de Bécancour inc. (ABI) Photo : Radio-Canada / Jef Fortier

La nouvelle déclenche aussitôt une onde de choc à Bécancour, mais aussi ailleurs au Centre-du-Québec et en Mauricie. L’ABI est l’un des plus grands employeurs privés de la région; tout le monde retient son souffle.

Un employeur important en Mauricie/Centre-du-Québec

Détenue à 75 % par Alcoa et à 25 % par Rio Tinto Alcan, ABI génère des retombées économiques de l'ordre d'environ 500 millions de dollars annuellement dans la région. En plus des 1030 travailleurs, de nombreux emplois indirects dépendent de cette usine.

Les semaines passent et les appuis d'autres travailleurs se multiplient pour les employés en lock-out de l’ABI. Les pourparlers entre la direction et le syndicat sont toutefois au point mort.

Le gouvernement du Québec et les maires s’en mêlent

Un peu moins d’un mois après le début du conflit de travail à Bécancour, les 125 députés de l’Assemblée nationale adoptent une motion qui invite les parties à reprendre les négociations.

La direction d'ABI et le Syndicat des métallos acceptent et rencontrent à tour de rôle la ministre libérale Dominique Vien.

Les espoirs ne sont que de courte durée : au début du mois de mars, la première séance de médiation ne dure que 20 minutes. C’est un retour à la case départ.

Les élus en conférence de presseJean-Guy Dubois, Geneviève Dubois, Mario Lyonnais et Yves Lévesque demandent au gouvernement provincial d'intervenir dans le conflit de travail à l'Aluminerie de Bécancour. Photo : Radio-Canada / Pierre Marceau

Les élus locaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec font une sortie publique à la mi-avril pour réclamer une intervention politique de la part de Québec dans le dossier de l’ABI. Nous avons besoin de ces emplois de qualité sur notre territoire, résume la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois.

Le cri du cœur des élus de la région semble avoir été entendu : quelques jours plus tard, Québec nomme l’ex-premier ministre Lucien Bouchard médiateur spécial afin de rapprocher les parties dans le dossier du conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour.

Pendant ce temps, l’aluminerie continue sa production, mais à régime réduit. Les 145 cadres de l’usine sont autorisés à opérer une des trois séries de cuves de l’ABI.

Gens avec des pancartes devant le palais de justiceDes travailleurs de l'ABI ont pris l'habitude de venir manifester lors des journées d'audience portant sur la possibilité qu'il y ait des briseurs de grève dans l'usine de Bécancour. Photo : Radio-Canada / Amélie Desmarais

Le Syndicat des métallos dénonce la présence de briseurs de grève et porte la cause devant les tribunaux, qui n’ont pas encore tranché la question à ce jour.

Une décision sur le salaire étudiant à l’ABI rendue en plein conflit de travail

Une autre décision judiciaire, qui n’a pas de lien direct avec le conflit de travail, vient cependant brouiller les cartes : les étudiants qui travaillent à ABI devront être payés 43 $ l’heure, soit le même salaire que tout le monde. L’Aluminerie de Bécancour décide de porter en appel ce jugement, qui risque de lui coûter quelques millions de dollars.

Des négociations, mais toujours pas d’entente

Le temps passe, mais le conflit perdure. L’employeur et le syndicat reprennent les négociations à la fin mai, sans parvenir à une entente.

Quand le lock-out franchit le cap des six mois, les impacts chez les sous-traitants de l’ABI sont bien présents. Certains n’ont plus suffisamment de travail pour tous leurs employés.

Gens avec des bagages qui s'apprêtent à rentrer dans l'autobus.Des syndiqués de l'ABI ont décidé de faire le voyage vers Pittsburgh, pour être entendus des actionnaires d'Alcoa. Photo : Radio-Canada / Marilyn Marceau

Le Syndicat des métallos se rend à Pittsburgh en septembre pour rencontrer la haute direction d’Alcoa et discuter de pistes de solutions, rapporte le directeur québécois du syndicat, Alain Croteau.

À l’usine et dans la région, les relations sont plus que tendues entre les employés en lock-out et les cadres : des syndiqués manifestent devant la maison d’un cadre, un feu d’artifice est allumé devant une autre résidence de cadre et les policiers surveillent régulièrement la ligne de piquetage à l’usine.

Nouveau gouvernement, nouvelle tentative de règlement

En pleine campagne électorale provinciale, le lock-out à l’ABI devient l’un des enjeux centraux, relevé par tous les partis en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Jean Boulet devant un bureau avec un coquelicot du jour du souvenir.Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, dans son bureau de Montréal Photo : Radio-Canada

Peu après son élection en octobre 2018, le nouveau ministre du Travail, le député de Trois-Rivières Jean Boulet, fait de la résolution du conflit de travail l’un de ses chevaux de bataille.

Lui-même avocat en droit du travail, il ramène les parties à la table des négociations et leur impose une date butoir pour parvenir à une entente avant la fin novembre. La date butoir est reportée au 21 décembre, mais en vain : la direction et le syndicat n’arrivent pas à s’entendre.

Des pancartes et des employés en lock-out sur la ligne de piquetage à l'Aluminerie de Bécancour.En un an de conflit de travail, 700 cordes de bois ont été brûlées sur la ligne de piquetage devant l'Aluminerie de Bécancour. Photo : Radio-Canada

Au retour des fêtes, le ministre Boulet a décidé de créer un groupe de travail au sein du ministère du Travail pour aider les deux parties à trouver un terrain d’entente.

Un an après le déclenchement du lock-out, l’usine fonctionne maintenant au sixième de sa capacité totale. Les parties ne semblent pas près de s’entendre, mais le ministre Boulet garde espoir : J’ai toujours confiance. Le conseil de médiation est très actif, très dynamique, alors on verra.

Mauricie et Centre du Québec

Relations de travail