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Le nombre d'étudiants étrangers bondit au Québec

Adrian Gonzalez, diplômé MBA 2018 de HEC Montréal.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Au Québec, les étudiants étrangers sont de plus en plus nombreux, notamment en raison des politiques anti-migratoires américaines. Le coût de la vie plus bas de ce côté-ci de la frontière, les droits de scolarité toujours plus abordables et les offres d'emploi au beau fixe y contribuent également. Ainsi les universités québécoises ont accueilli plus de 45 000 étudiants étrangers à l'automne 2018, une hausse de 37 % en cinq ans.

Un texte de Myriam Fimbry et Yessica Chavez

Adrian Gonzalez, 32 ans, nous reçoit dans son coquet appartement de la rue McKay, à Montréal. Originaire de Madrid, en Espagne, il a d'abord roulé sa bosse en France : maîtrise technique en communication mobile à Nice, puis quelques années de travail à Paris. Il voulait ensuite « tester l'Amérique du Nord » tout en étudiant en administration des affaires.

Mais pourquoi à Montréal? Il avait examiné des écoles en Europe et aux États-Unis. Mais après avoir comparé les avantages et inconvénients, il a choisi le Canada. « Avec la situation actuelle, politique, géographique, migratoire, mais aussi la situation académique, le Canada c'était probablement la meilleure option », dit-il.

C'est sûr que je ne veux pas aller dans un pays où je ne suis pas le bienvenu. La politique migratoire aux États-Unis et au Canada, c'est la nuit et le jour.

Adrian Gonzalez, diplômé 2018 de HEC Montréal

L'argument financier a bien sûr pesé dans la balance. Aux États-Unis, il calcule que ça lui aurait coûté 200 000 $ de faire une maîtrise en administration des affaires, échelonnée là-bas sur deux ans, en additionnant les droits de scolarité et le coût de la vie. Au Canada, il était possible d'obtenir le diplôme en un an, à l'École des hautes études commerciales de Montréal, et de dépenser environ 50 000 $ jusqu'à l'obtention du diplôme. Le caractère bilingue du diplôme québécois le séduisait aussi.

Nathan Dahbi, diplômé en 2018, s'installe pour travailler à l'espace collaboratif L'Esplanade, à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nathan Dahbi, diplômé en 2018, s'installe pour travailler à l'espace collaboratif L'Esplanade, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Nathan Dahbi, lui aussi fraîchement titulaire d'un MBA, se sent comme un poisson dans l'eau au Québec. Trois jours par semaine, il vient s'installer avec son ordinateur portable dans un espace de travail collaboratif, L'Esplanade, en plein coeur du Mile-Ex, l'un des quartiers les plus en vogue de Montréal.

Fils de parents métis, il est fier de parler de ses origines multiples, européennes et africaines, arabes, juives et musulmanes. Il reconnaît qu'au départ, les États-Unis l'attiraient.

« Avec Boston, Harvard, toutes les universités renommées, c'est quelque chose de prestigieux d'aller aux États-Unis, surtout dans le domaine des affaires et du management. Ça reste un hub [pôle] d'innovation, où il se passe beaucoup de choses. » Il est même allé à Boston passer des entrevues, s'est imaginé vivre sur place.

J'avais opté en premier lieu d'aller peut-être aux États-Unis. Mais j'ai senti la peur et moi je n'ai pas envie de bâtir ma vie dans la peur. J'ai plutôt envie d'espoir.

Nathan Dahbi, diplômé 2018 de HEC Montréal

Il a soupesé l'idée d'aller à Vancouver et à Toronto. Il s'est souvenu avoir visité Montréal et aimé son « énergie positive ». Sa cousine, déjà installée dans la métropole économique québécoise, lui a fait rencontrer des gens et a achevé de le convaincre. Il apprécie le mélange des cultures francophone et américaine. « Je trouve que c'est un super-pont entre le reste du Canada et aussi les États-Unis. »

L'attrait du deuxième cycle

Dans la dernière année, au Québec, c'est le 2e cycle qui enregistre les plus fortes hausses du nombre d'étudiants étrangers. Les domaines du génie, des sciences et de la gestion ont le vent en poupe. L'École de technologie supérieure (ETS), une école d'ingénierie dans le centre-ville de Montréal, a accueilli 270 étudiants étrangers de plus à l'automne 2018, un bond de 34 % en une seule année. L'École des hautes études commerciales (HEC) constate une hausse similaire.

Pendant ce temps-là, aux États-Unis, le nombre d'inscriptions d'étudiants internationaux dans les écoles de gestion a diminué d'environ 11 % en 2018, selon le Graduate Management Council, de Reston, en Virginie.

Marouane, Aghiles, Salim et Salma, ont quitté le Maroc, l'Algérie et la Tunisie pour étudier en génie à l'École de technologie supérieure à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marouane, Aghiles, Salim et Salma, ont quitté le Maroc, l'Algérie et la Tunisie pour étudier en génie à l'École de technologie supérieure à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Yessica Chavez

Un effet boule de neige

« Moi, j'ai été motivé par mes amis qui sont déjà diplômés de l'ETS », raconte Salim Fodil, originaire de l’Algérie, qui étudie à la maîtrise en génie de l’environnement. « J'ai aussi des amis qui sont en pleines procédures, donc chacun influence son entourage. »

En volume, l'Université McGill est l'établissement québécois qui accueille le plus d'étudiants étrangers (11 613 inscriptions à l'automne 2018, soit 30 % de sa population étudiante). Tous domaines et niveaux d'études confondus, elle enregistre une hausse de 23 % du nombre d'étudiants étrangers en 3 ans et de 41 % en 5 ans, selon les données disponibles sur son site web.

A l'École de technologie supérieure, les étudiants étrangers proviennent surtout de pays francophones (France, Algérie, Tunisie, Maroc, Cameroun). Salma Mnasri, une étudiante tunisienne à la maîtrise en génie de la construction, a décidé de venir au Québec « spécialement parce que notre deuxième langue c'est le français, donc c’est plus facile de s’intégrer ».

Ils font le choix du coeur de venir étudier en français. Le Québec leur offre beaucoup d'opportunités. On est en pénurie d'ingénieurs au Québec, donc plusieurs vont rester par la suite.

Michel Huneault, le directeur des affaires académiques à l'ETS

Étudiants chinois à McGill

De son côté, l'Université McGill attire en premier lieu des Américains et des Chinois. Fabrice Labeau, vice-principal adjoint à la vie étudiante, observe une augmentation « phénoménale » du nombre de demandes d'admission de la part des étudiants chinois. « Pour la première année, leur nombre surpasse le nombre d'étudiants américains. »

Pourtant, l'université anglophone dit ne pas avoir fait beaucoup d'efforts de recrutement en Chine. « C'est vraiment une tendance lourde : il y a beaucoup d'étudiants chinois sur le marché qui cherchent une éducation dans le monde occidental et en particulier en Amérique du Nord. »

Fabrice Labeau, vice-principal adjoint à la vie étudiante à l'Université McGill.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fabrice Labeau, vice-principal adjoint pour la vie étudiante à l'Université McGill

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Fabrice Labeau pense aussi que Montréal a gagné en attrait dans les dernières années. « Montréal, c'est connu comme étant une des villes les plus accueillantes pour les étudiants. L'an dernier, elle se trouvait en tête d'un classement international, donc ce genre de choses a de l'influence. »

Une des raisons souvent citées pour venir au Canada, c'est l'atmosphère, la société canadienne étant tolérante, accueillante pour les immigrants. C'est un facteur qui joue en notre faveur, quand un étudiant reçoit des lettres d'admission de McGill, de Stanford et de Harvard.

Fabrice Labeau, vice-principal adjoint à la vie étudiante, Université McGill

Un fort taux de placement

La faiblesse du dollar canadien, qui diminue le coût du diplôme, et les possibilités d'emploi, associées à un faible taux de chômage, contribuent aussi beaucoup à l'attrait du Québec et du Canada.

Les gouvernements québécois et canadien ont d’ailleurs mis en place des politiques pour retenir les immigrants qualifiés. « Les étudiants diplômés d'une université québécoise reçoivent directement la possibilité d'avoir un permis de travail ouvert. Donc ils peuvent rester et trouver un travail au Québec », explique Fabrice Labeau.

Les perspectives économiques ont convaincu Adrian Gonzalez de rester plusieurs années dans la métropole québécoise plutôt que de s'établir chez nos voisins du Sud.

Le marché du travail, ici, à Montréal, c'est excellent. Toutes les entreprises dans mon domaine, l'intelligence artificielle, sont en train de s'installer. Je ne vois pas l'avantage aujourd'hui d'aller aux États-Unis en tant qu'étranger.

Adrian Gonzalez, diplômé MBA 2018 de HEC Montréal

La période est idéale pour l'intégration des étudiants étrangers dans le marché du travail, selon Pierre Dumouchel, le directeur de l'École de technologie supérieure. Il soutient que son établissement a de la difficulté à répondre à la demande de l'industrie, puisqu'il manque de finissants.

« Ingénieurs Canada prédit que 90 000 ingénieurs vont prendre leur retraite d'ici 2020. Il y a un grand besoin d'ingénieurs, surtout à Montréal avec l'intelligence artificielle. Le taux de placement [à L'ETS] frôle 95 % deux ans après la diplomation », dit-il.

Réaliser ses rêves

L'étudiante Salma Mnasri est persuadée de pouvoir réaliser ses rêves. « Je veux vraiment m'installer ici et avoir un emploi, parce que les possibilités sont excellentes. Le domaine du génie civil et de la géotechnique se sont un peu développés [en Tunisie], mais il n'y a pas beaucoup d'opportunités pour les femmes de travailler sur le terrain. Ici à Montréal, c'est possible. Ici, tu peux rêver. Tu as les moyens et le soutien pour faire ton projet et réaliser tes rêves », témoigne l’étudiante de 25 ans.

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