•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Venezuela : Maduro investi pour un deuxième mandat dans un pays en crise

Le président vénézuélien Nicolas Maduro fait le geste de la victoire après avoir reçu la ceinture présidentielle lors de l'investiture solennelle de son deuxième mandat présidentiel.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro après avoir reçu la ceinture présidentielle lors de l'investiture solennelle de son deuxième mandat présidentiel à la Cour suprême de Caracas, le 10 janvier 2019. Photo: Reuters / Carlos Garcia Rawlins
Agence France-Presse

Le président Nicolas Maduro a prêté serment jeudi pour six autres années à la tête du Venezuela, un mandat considéré comme illégitime par une partie de la communauté internationale, dans un pays rongé par une crise profonde et toujours plus isolé.

« Je jure, au nom du peuple vénézuélien [...] je jure sur ma vie », a déclaré M. Maduro qui a reçu l'écharpe présidentielle des mains du président du Tribunal suprême de justice (TSJ), affilié au régime, lors d'une cérémonie à Caracas.

Le chef de l'État, âgé de 56 ans, n'a pas prêté serment devant le Parlement, seule institution aux mains de l'opposition.

Peu avant, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, a indiqué que les États-Unis ne reconnaîtraient pas « l'investiture illégitime de la dictature Maduro ».

Nous continuerons d'augmenter la pression sur ce régime corrompu, de soutenir l'Assemblée nationale démocratique et d'appeler à la liberté et la démocratie au Venezuela.

Tweet de John Bolston, conseiller à la sécurité natinale de la Maison-Blanche

L'Organisation des États américains (OEA) a adopté jeudi une résolution visant à déclarer « illégitime » le second mandat du président vénézuélien. La déclaration, approuvée par 19 voix (6 contre, 8 abstentions et 1 absence) au cours d'une session extraordinaire, déclare « illégitime le nouveau mandat de Nicolas Maduro commençant le 10 janvier ».

L'Union européenne (UE) et les pays du Groupe de Lima - qui rassemble depuis 2017 des pays d'Amérique latine et le Canada - ont également annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas le deuxième mandat du président vénézuélien, réélu le 20 mai lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

Maduro a « totalement établi sa dictature », dit Freeland

Le président Nicolas Maduro a perdu « ses dernières allures de légitimité » et « a maintenant totalement établi sa dictature », a déclaré Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères dans la foulée de la session extraordinaire de l'OEA.

Aujourd'hui, le règne de Nicolas Maduro perd ses dernières allures de légitimité. Après s'être emparé du pouvoir au terme d'élections frauduleuses et antidémocratiques tenues le 20 mai 2018, le régime Maduro a maintenant totalement établi sa dictature.

Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères
La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland répond aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse.La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland (archives) Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« Le Canada rejette la légitimité du nouveau mandat présidentiel de Nicolas Maduro. Nous l'exhortons à céder immédiatement le pouvoir à l'Assemblée nationale élue démocratiquement jusqu'à la tenue de nouvelles élections, qui doivent inclure la participation de tous les acteurs politiques et se tenir à la suite de la libération de tous les prisonniers politiques au Venezuela », a indiqué Mme Freeland.

« En réponse directe aux actions du régime Maduro, le Canada a imposé des sanctions ciblant 70 responsables du régime et, en collaboration avec cinq autres pays des Amériques, a saisi la Cour pénale internationale de la situation au Venezuela » a-t-elle rappelé, indiquant que le Canada avait aussi pris des mesures « visant à limiter ses relations diplomatiques et à restreindre sa collaboration avec le Venezuela ».

« Nous continuerons à prendre d'autres mesures rigoureuses, comme les membres du Groupe de Lima en ont convenu lors de leur réunion de la semaine dernière au Pérou », a-t-elle conclu.

Le Canada anticipe l'expulsion de ses diplomates

Un haut responsable d'Affaires mondiales Canada a confirmé à CBC que les fonctionnaires canadiens se préparaient à la possible expulsion de diplomates du Venezuela.

De son côté, la ministre Chrystia Freeland a précisé que le Canada considérait maintenant l’Assemblée nationale élue en 2015 comme le pouvoir légitime du pays. Cette assemblée a cependant été privée de sa capacité d’action politique par la Cour suprême principalement constituée de supporters du régime Maduro.

La ministre Freeland a indiqué avoir téléphoné mercredi au président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, pour lui offrir l'appui du Canada.

Ni l'UE ni les pays du Groupe de Lima, à l'exception du Mexique, n'ont envoyé de représentants pour assister à la cérémonie d'assermentation de M. Maduro, à laquelle participent les présidents de la Bolivie, de Cuba, du Salvador, du Nicaragua et des représentants de pays alliés comme la Chine, la Russie et la Turquie.

Héritier politique de l'ex-président Hugo Chávez (1999-2013), l'ancien chauffeur de bus et ancien syndicaliste gouverne d'une main de fer, appuyé par une Assemblée constituante composée de fidèles du régime et soutenu par les militaires, auxquels il a donné un énorme pouvoir économique.

Grave crise économique

Dans les rues de Caracas, la désespérance et la résignation sont palpables, alors que de nombreux Vénézuéliens sont asphyxiés par la plus grave crise économique de l'histoire moderne du pays, pourtant doté des plus grandes réserves de pétrole au monde.

Cela va prolonger encore davantage l'agonie que nous vivons ces dernières années. Tout s'est profondément dégradé, les biens et les services de base sont chaque jour plus inaccessibles.

Mabel Castillo, une infirmière de 38 ans

La débâcle économique devrait encore s'aggraver, selon plusieurs experts. Outre les pénuries d'aliments et de médicaments, les Vénézuéliens doivent faire face à une hyperinflation qui, selon le FMI, atteindra 10 millions de % en 2019.

Et l'exode le plus massif de l'histoire récente d'Amérique latine devrait se poursuivre : l'ONU estime que 2,3 millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays depuis 2015, et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019.

Sous le mandat de Nicolas Maduro, l'économie s'est réduite de moitié et le pays devrait encore connaître un repli de 5 % en 2019 selon le FMI.

La production de pétrole, qui représente 96 % des revenus, a chuté à 1,4 million de barils/jour, niveau le plus bas depuis 30 ans.

Mais le président a promis la prospérité : « Je m'engage à réaliser tous les changements nécessaires au Venezuela pour [...] la prospérité économique », a-t-il déclaré mercredi.

La réélection de Nicolas Maduro a donné lieu à une succession de sanctions des États-Unis et de l'UE contre le chef de l'État et le premier cercle du pouvoir.

Parallèlement, les analystes prévoient une plus grande pression sur son gouvernement alors que les pouvoirs conservateurs se multiplient en Amérique latine.

Mercredi, M. Maduro a menacé les pays du Groupe de Lima de représailles diplomatiques s'ils ne revenaient pas dans les 48 heures sur leur position.

Gouvernement de transition

Avec l'appui de Washington, et à l'exception du Mexique, le Groupe de Lima a exhorté le 4 janvier Nicolas Maduro à renoncer à son deuxième mandat et à transférer les pouvoirs au Parlement. Un encouragement à mener un coup d'État a dénoncé Caracas.

Samedi, le Parlement, qui a salué la déclaration du Groupe de Lima, s'est déclaré seul pouvoir légitime, annonçant qu'il allait former un « gouvernement de transition ».

Pour les analystes, aucun changement n'est cependant à attendre, avec une opposition diminuée et fracturée, une population qui a peur de se mobiliser et préfère quitter le pays.

« Si le début du nouveau mandat accentuera légèrement l'isolement [du gouvernement], il est peu probable que cela modifie significativement la dynamique de la politique interne », estime le cabinet Eurasia Group.

Face à la menace d'un isolement plus grand et d'une poursuite des sanctions, Nicolas Maduro s'est aussi rapproché davantage de ses alliés, parmi lesquels l'Iran et la Corée du Nord.

International