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L'archevêché relaie un appel à retirer les élèves des cours d’éducation à la sexualité

L'enseignante Kathya Dufault a été congédiée par la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles après avoir dénoncé ses conditions de travail dans les médias. Photo: iStock
Hugo Prévost

L'archevêché de Montréal s'est fait l'écho d'un appel lancé par le directeur de son service de pastorale liturgique, l'abbé Robert Gendreau, pour que des parents retirent leurs enfants des cours d'éducation à la sexualité offerts par le ministère de l'Éducation.

Dans un communiqué transmis mercredi soir, l'abbé Gendreau propose l'achat, pour la somme de 10 $, d'un manuel coécrit avec le Dr Raouf Ayas, un cardiologue.

On y affirme que cette publication est conforme aux objectifs obligatoires de Québec, tout en adaptant ceux-ci à la perspective de l'Église catholique.

Le gouvernement impose des enseignements sexuels trop tôt, en plus de contrevenir aux valeurs catholiques, affirment les auteurs de Réflexions pour susciter le dialogue parents/enfants sur le programme Éducation à la sexualité du Ministère de l’Éducation du Québec de la maternelle à la 3e année du primaire.

Le communiqué mentionne ainsi une « impasse », en présentant le manuel comme une porte de sortie. Le message indique également, de façon erronée, qu'« en bref, les parents peuvent parler avec les enseignants et prendre une entente spéciale pour donner la matière eux-mêmes ».

Les écoles du Québec devront obligatoirement offrir le programme du ministère de l'Éducation dans ce domaine à partir du mois de septembre, aux élèves tant du primaire que du secondaire.

Une initiative « personnelle »

En entrevue à RDI matin, l'abbé Gendreau a tenu à préciser qu'il agissait « en son nom » personnel, et non pas au nom de l'archevêché. À savoir si le diocèse a bel et bien « relayé » l'information concernant l'existence du manuel catholique sur l'éducation à la sexualité, l'homme d'Église parle plutôt d'une « transmission de l'information ».

« On ne peut pas dire [que l'archevêché] l'appuie, mais il ne le rejette pas non plus », a indiqué le coauteur.

« C'est vrai que mon travail fait que je suis proche de l'organisation de l'Église catholique à Montréal [...] alors on a quand même une certaine autonomie », a-t-il ajouté, avant de préciser que le manuel ne représentait pas un rejet du programme ministériel.

« Notre approche, c'est plutôt de retirer l'enfant du moment où le professeur donne le contenu d'une partie du programme [...] et les parents disent : "Nous allons donner le contenu" », a poursuivi l'abbé.

Toujours selon ce dernier, une bonne partie du contenu du programme ministériel est « tout à fait acceptable par l'Église », même si parler des « parties sexuelles » à des enfants en jeune âge « peut être une agression ».

Vous savez, les enfants ont des besoins de toutes sortes; les enfants catholiques en ont aussi.

L'abbé Robert Gendreau

Cette approche ne représente pas une confrontation directe avec le gouvernement, selon lui, contrairement au cours d'éthique et culture religieuse qui avait fait l'objet d'une contestation devant les tribunaux. Québec avait eu gain de cause dans cette affaire.

Du côté de l'archevêché, on indique dans un courriel transmis à Radio-Canada que « le livret en question relève d'un apostolat personnel de l'abbé Gendreau ».

Sur son compte Twitter, l'archevêché écrivait jeudi qu'il n'est « aucunement impliqué dans l'initiative ni la publication de cet ouvrage ».

Nous désirons clarifier que le livret est le résultat d'une initiative personnelle d'un père de famille soutenu par un document rédigé par un médecin et un prêtre.

L'archevêché de Montréal

La directrice des communications et relations avec les médias à l'archevêché de Montréal, Erika Jacinto, signale avoir simplement « transmis » l'information à une liste de ses contacts dans les médias. La sortie de l'abbé Gendreau « ne représente pas la position de l'Église catholique de Montréal », a-t-elle ajouté.

Des cours essentiels pour le gouvernement

Le ministère de l'Éducation se dit surpris par cette sortie de l'abbé Gendreau. Dans une déclaration transmise par courriel, il est écrit que « l'éducation à la sexualité est essentielle au bon développement de l'enfant » et que le retour de ces cours « est très attendu par les parents ».

Le ministère précise par ailleurs que des exemptions ne seront offertes que de façon exceptionnelle, et ce, uniquement « pour des motifs très précis, par exemple pour des élèves ayant vécu des traumatismes importants », comme des agressions sexuelles.

Interrogé lors d'un point de presse à Montréal, le premier ministre François Legault a réaffirmé qu'« [il] sera important que tous les enfants suivent ce cours » et qu'il n'était « pas d'accord » avec la proposition de l'abbé.

Les enseignants défendent le cours

La réaction n'a pas non plus tardé du côté des enseignants. En entrevue à ICI RDI, Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain, un regroupement d'enseignants, a été formel : les cours d'éducation à la sexualité sont bénéfiques.

« Bien que l'on ait plusieurs problèmes avec l'implantation de ce projet, nous n'avons jamais été contre ça », a-t-il déclaré.

Il existe un consensus social sur le fait qu'il faut parler d'éducation à la sexualité aux jeunes. On a permis aux parents de le faire, et vraisemblablement, ça n'a pas fonctionné.

Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain

M. Gingras a par ailleurs rejeté les arguments de l'abbé Gendreau, selon qui les jeunes vivent une période de « latence sexuelle » entre les âges de 6 et 12 ans.

« Il y a énormément de questions. Ce que nous voulons, c'est avoir une formation pour être en mesure de donner les bonnes réponses », a-t-il ajouté.

« Instrumentalisation »

Pour sa part, s'exprimant sur les ondes de l'émission Midi info, le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Sylvain Mallette, invite l'archevêché de Montréal à laisser la pédagogie « aux experts et aux expertes que sont les profs ».

Je pense que l'archevêché, sous couvert de soutenir les profs, veut promouvoir un ordre du jour religieux en instrumentalisant une question très sensible, et en se préoccupant peu de la charge de travail des profs et des besoins des élèves.

Le président de la FAE, Sylvain Mallette

M. Mallette a par ailleurs précisé que ses collègues enseignants étaient favorables au retour d'un « vrai cours » d'éducation à la sexualité, plutôt qu'aux « apprentissages » mis de l'avant par le précédent ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.

« Quand quelque chose est mal pensé, mal imaginé, quand ça se met en place, ça va tout croche, et ça permet à des groupes, comme l'archevêché de Montréal, de profiter de la confusion pour essayer d'avancer un ordre du jour religieux », estime-t-il.

Le président de la FAE demande ainsi au ministre Jean-François Roberge de ramener le diocèse à l'ordre dans ce dossier.

[Une] église qui porte un aussi lourd bilan en termes d’agressions sexuelles est très mal placée pour faire la leçon en matière d’éducation sexuelle à qui que ce soit.

Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

« La mise en place du programme d’éducation à la sexualité ne vise pas à se substituer au rôle des parents », ajoute la présidente par voie de communiqué. « Ils demeurent toujours les premiers éducateurs et doivent discuter avec leurs enfants des questions qui les préoccupent. »

Une « meilleure solution » pour un parcours personnalisé

En entrevue téléphonique, Raymond Ayas, porte-parole de l'initiative et fils du cardiologue Raouf Ayas, estime que le programme de Québec a du bon. « Il y a réellement du bon dans le programme, mais c'est contraire à l'anthropologie chrétienne en ce qui concerne certains éléments », dit-il.

M. Ayas s'est impliqué au sein de l'Association des parents catholiques du Québec et est également lié au Parti populaire du Canada de Maxime Bernier.

Selon lui, le manuel auquel il a contribué représente la « meilleure solution, puisque les parents peuvent entamer un dialogue avec les enseignants pour parvenir à un parcours éducatif personnalisé ».

Il en va du respect de la notion de laïcité, soutient-il. « La religion n'est pas imposée à l'école, et l'école ne peut pas venir démolir la religion à la maison. »

Et que pense-t-il de la position gouvernementale, qui refuse toute exemption sauf dans des cas de traumatisme subi par l'enfant? « Le gouvernement n'a pas changé son discours, que ce soit [le gouvernement de la Coalition avenir Québec] ou le gouvernement précédent », dit-il.

« C'est quoi la punition pour le prof qui décide d'accommoder une demande parfaitement raisonnable? », se demande M. Ayas.

Avec les informations de La Presse canadienne

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