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La demande d'asile de la jeune Saoudienne examinée à la vitesse de l'éclair par l'immigration australienne

Rahaf Mohammed Al-Qunun avec des officiels thaïlandais et un représentant de l'ONU
La jeune Saoudienne Rahaf Mohammed Al-Qunun accompagnée d'un représentant de l'ONU et des autorités de l'immigration thaïlandaise à l'aéroport de Bangkok. Photo: Reuters
Agence France-Presse

Les autorités australiennes étudient la demande d'asile d'une jeune Saoudienne qui a fui son pays et a fait les gros titres dans le monde entier à une vitesse qui tranche singulièrement avec la lenteur d'escargot habituelle du système, estiment des avocats et des spécialistes.

Canberra martèle qu'il traitera le cas de Rahaf Mohammed al-Qunun, 18 ans, « comme il le fait habituellement pour les dossiers transmis par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU ».

Mais quelques jours à peine après l'arrivée à Bangkok de la jeune femme qui dit vouloir fuir les abus psychologiques et physiques de sa famille, l'ONU a estimé qu'elle était bien une réfugiée et elle est en contact avec des responsables australiens en Thaïlande.

Des milliers de réfugiés en attente d'une réponse

Un sort bien différent de celui de réfugiés qui dépérissent pendant des années dans des camps comme ceux de Dadaab, au Kenya, ou de Zaatari, en Jordanie.

« Habituellement, c'est très très lent », déclare à l'AFP Mary Anne Kenny, conseillère juridique et spécialiste des migrations australiennes à l'Université Murdoch de Perth.

En se servant astucieusement de Twitter depuis une chambre d'hôtel de l'aéroport de Bangkok, la jeune femme a su émouvoir dans le monde entier. Deux jours et 80 000 abonnés Twitter plus tard, elle a pu quitter l'aéroport et a été placée sous la protection du HCR.

Une affaire hautement médiatisée

Rahaf Mohammed Al-QununLa Saoudienne Rahaf Mohammed Al-Qunun s'est barricadée dans une chambre d'hôtel de Bangkok. Photo : Reuters / Twitter

En raison de l'intérêt des médias pour son cas, les autorités thaïlandaises, d'ordinaire peu accommodantes envers les demandeurs d'asile, ont agi avec célérité. Ce qui a aussi pu, selon les experts, augmenter les risques pour sa sécurité, renforçant ses arguments pour obtenir l'asile.

Si Mme Qunun avait réussi à gagner l'Australie, elle aurait été perdue parmi des milliers d'aspirants au statut de réfugié qui débarquent dans ses ports et aéroports et font face à une longue attente, même si c'est dans une relative sécurité.

Sarah Dale, avocate de l'association Refugee Advice and Casework Service, venue en aide en 2018 à 3300 réfugiés, a expliqué à l'AFP que bon nombre de ses clients avaient attendu des mois, voire des années, pour que la roue tourne.

Comme la jeune femme s'est retrouvée en Thaïlande, non signataire de la convention de l'ONU sur les réfugiés, le HCR et d'autres pays sont intervenus.

Elle possédait un visa touristique australien, a dit haut et fort qu'elle voulait vivre en Australie, si bien que les pressions sur Canberra pour agir sont fortes.

Gagner « au loto »

L'Australie figure parmi un petit nombre de pays qui acceptent d'accueillir des réfugiés qui sont déjà à l'étranger, ce qui arrive rarement. Sur les 20 millions de personnes gérées par l'ONU en 2017, moins de 1 % ont trouvé un pays d'accueil cette année-là.

Pour Mme Kenny, ceux qui disent que Mme Qunun « a doublé la file d'attente » se trompent, car il n'y en a pour ainsi dire pas. En fait, si elle obtient l'asile, elle « aura gagné au loto ».

Tamara Wood, professeure spécialiste des migrations forcées à l'Université de Nouvelle-Galles-du-Sud, relève cependant que la vitesse de traitement de son dossier « n'est pas sans précédent ». Il existe des provisions pour les cas urgents, souligne-t-elle.

En 2014-2015, il fallait environ 63 semaines en moyenne pour instruire les demandes d'asile, mais dans quelques rares cas, le traitement fut quasi immédiat.

Je passe beaucoup de temps à critiquer la procédure relative aux réfugiés, mais dans ce cas, on dirait que l'urgence a fonctionné.

Tamara Wood, professeure spécialiste des migrations forcées à l'Université de Nouvelle-Galles-du-Sud

Pas encore en Australie

Tout n'est cependant pas plié, le processus pourrait ralentir avec les vérifications médicales, les enquêtes de sécurité et la vérification des antécédents. Les feux verts ne sont pas automatiques.

Les autorités doivent d'abord déterminer si sa vie, sa liberté, sa sécurité et autres droits de la personne sont menacés en Thaïlande.

La disposition initiale des autorités thaïlandaises de la renvoyer au Koweït ou en Arabie saoudite pourrait lui apporter du grain à moudre sur cet aspect.

En tant que Saoudienne qui a dénigré publiquement sa famille et renoncé à l'islam, elle coche pas mal de cases, estiment les spécialistes.

Elle pourrait obtenir un visa de réfugié standard, un visa au titre du secours d'urgence ou peut-être le statut de « femme menacée ».

Si elle est acceptée, il s'agirait d'un premier pas vers la citoyenneté australienne, mais le gouvernement pourra quand même apporter son veto.

Aux yeux de Phil Robertson, de Human Rights Watch, une telle issue serait hautement improbable.

« Un refus de la prendre constituerait un renversement incroyable de situation. Ils ont pris beaucoup de risques politiques ».

Mais « si pour telle ou telle raison, cela ne marche pas avec l'Australie, le HCR pourrait reprendre son dossier et le transmettre à un autre pays », relève-t-il.

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