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Élections en RDC : les partisans de Fayulu crient au putsch électoral

Le reportage de Sophie Langlois

Des partisans du candidat de l'opposition Martin Fayulu sont descendus dans les rues de Kisangani jeudi, en République démocratique du Congo (RDC), pour dénoncer les résultats des présidentielles qui accordent la victoire à leur adversaire Félix Tshisekedi.

Les forces policières congolaises ont eu recours au gaz lacrymogène et à des tirs de sommation pour disperser la foule en colère qui a brûlé des pneus et des étals dans trois des cinq communes de Kisangani, dans le nord-est du pays.

Les partisans de Martin Fayulu, candidat de la deuxième opposition aux présidentielles, accusent Félix Tshisekedi d’avoir volé la présidence en pactisant avec le gouvernement du président sortant Joseph Kabila, qui ne pouvait solliciter un autre mandat en raison des lois du pays.

Selon le colonel Guy Diabongo, commandant de la police de Kisangani, des manifestants ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à incendier la maison du chef de la section provinciale de la commission électorale congolaise, la CENI.

Résultats contestés

Les heurts ont éclaté à Kisangani peu de temps après que la commission électorale eut proclamé mercredi soir que Félix Tshisekedi, candidat de l’opposition, avait remporté la présidentielle du 30 décembre avec 38,57 % des voix, selon des résultats provisoires.

Des résultats aussitôt contestés par Martin Fayulu, qui a crié au « putsch électoral » sur les ondes de Radio France Internationale.

Peu de temps après, la Conférence épiscopale nationale du Congo, qui a déployé 40 000 scrutateurs le jour du scrutin, a également mis en doute ces résultats en déclarant que, selon son propre décompte, la victoire devrait revenir à un autre candidat qu'elle n'a pas nommé.

La France a aussi mis en doute ces résultats, estimant qu'ils n'étaient « pas conformes » et que selon les rapports qui émanaient des observateurs présents dans le pays, l'opposant Martin Fayulu serait « a priori » le vainqueur des présidentielles.

Des forces policières ont aussi été déployées autour du siège de la CENI à Kinshasa et sur le principal boulevard de la capitale congolaise par crainte d’une flambée de violence postélectorale.

Victoire historique pour Félix Tshisekedi

Félix Tshisekedi célèbre sa victoire.Figure bien connue de l'opposition en RDC, Félix Tshisekedi a été déclaré vainqueur des élections présidentielles par la Commission électorale du pays. Photo : AFP/Getty Images / CAROLINE THIRION

Pendant ce temps, le candidat vainqueur, Félix Tshisekedi, célébrait sa victoire aux côtés de ses partisans à qui il a déclaré : « Aujourd'hui, je suis heureux pour le peuple du Congo. Tout le monde célèbre la paix. Personne ne pouvait imaginer le scénario où un candidat de l'opposition pourrait être victorieux! »

Interrogé sur la victoire d’un candidat de l’opposition, le gouvernement sortant de Joseph Kabila a pris acte jeudi des résultats électoraux annoncés par la CENI en dépit de la défaite de l'ex-ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, qui était considéré comme le dauphin du président Joseph Kabila.

« Naturellement, nous ne sommes pas heureux que notre candidat ait perdu, mais le peuple congolais a choisi et la démocratie a triomphé », a déclaré à l’agence Reuters Barnabé Kikaya Bin Karubi, l'un des principaux conseillers de Kabila.

« Nous verrons le cas échéant, comment introduire des recours par des voies légales », a pour sa part déclaré à l'AFP Lambert Mende, porte-parole du Front commun pour le Congo (coalition au pouvoir) qui soutient le candidat Emmanuel Ramazani Shadary.

En attendant la passation du pouvoir avec son successeur, le président Joseph Kabila demeure aux commandes de l’État.

Il y a un temps pour se disputer les suffrages et il y a un temps pour se réunir autour d'une nation qui en a bien besoin comme la RDC.

Lambert Mende, porte-parole du Front commun pour le Congo

La victoire de Félix Tshisekedi, basée sur des résultats provisoires, peut en effet encore être contestée devant la Cour constitutionnelle du pays, qui dispose de 10 jours pour mener des auditions et juger de la validité des résultats.

Des hommes célèbrent dans la rue.Des partisans du candidat de l'opposition Félix Tshisekedi célèbrent la victoire de leur chef déclaré vainqueur des élections par la Commission électorale du pays. Photo : Reuters / Kenny-Katombe Butunka

Irrégularités

L’annonce des résultats de l’élection devait en principe être faite dimanche dernier par la CENI, mais elle avait été reportée par la Commission électorale, qui affirmait n’avoir pas reçu un nombre suffisant de procès-verbaux.

Plusieurs voix s’étaient alors élevées dans les rangs de l’opposition et de la société civile congolaise pour dénoncer ce délai qui a servi, selon l’opposition, à négocier la victoire de Félix Tshisekedi et le partage du pouvoir avec l’ancien gouvernement Kabila.

Des partisans de Tshisekedi avaient d'ailleurs déclaré mardi qu'ils avaient rencontré des représentants de Joseph Kabila en vue d'assurer un transfert pacifique du pouvoir. Les pro-Kabila ont pour leur part démenti de tels contacts.

Trois principaux candidats étaient de la course pour la succession présidentielle soit l'ex-ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et les deux têtes de l'opposition, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi.

À New York, le porte-parole du secrétaire général des Nations unies a exhorté dans une déclaration de presse les parties à « s'abstenir » d'actes violents et à s’en remettre aux lois et aux mécanismes institutionnels prévus dans la Constitution de la RDC.

Première passation pacifique des pouvoirs

Cette élection est importante en République démocratique du Congo, car elle doit ouvrir la voie à la première transition pacifique du pouvoir dans l'histoire du pays.

Le président sortant, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, avait décidé avec deux ans de retard de ne pas solliciter un nouveau mandat à la tête de l’État, car la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat.

Joseph Kabila était au pouvoir depuis l’assassinat de son père Laurent Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, qui s’était lui-même hissé à la tête du pays en renversant le dictateur Mobutu Sese Seko en 1997.

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