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Winnipeg, Sherbrooke et Calgary utilisent le jus de betterave pour réduire le sel sur les routes

Un camion citerne déversant du jus de betterave sur le sol.

La Ville de Winnipeg étend cette année son programme d'antiglaçage des routes avec un mélange de jus de betterave et de sel à l'ensemble de la ville.

Photo : Radio-Canada

Julien Sahuquillo

Plus qu'une solution écologique pour prévenir le gel sur les routes en hiver, le jus de betterave devient pour plusieurs services de voirie au Canada un moyen de réduire leur utilisation de sels dans un souci de gestion économe et responsable.

Winnipeg a lancé un projet pilote dans l’est de la ville en 2015 pour tester le jus de betterave comme moyen de déglacer les routes.

Après plusieurs hivers et différentes conditions climatiques, Ken Allen, responsable des communications pour le service des travaux publics, se dit satisfait des résultats : « À partir de cet hiver, nous allons nous en servir comme complément du sel dans toute la ville. »

Avec 100 000 litres utilisés l’an dernier, Ken Allen affirme que le produit a de multiples avantages.

« Cela permet de créer une zone antiadhésive sur la route pour la protéger de la neige et du gel, explique-t-il. Comme le jus de betterave est très collant sur la chaussée, on l’utilise aussi comme produit de complément au sel pour que celui-ci adhère davantage. »

Le relationniste pour la Ville de Sherbrooke, David Bombardier, explique que « l’application idéale du produit se fait sur une chaussée sèche en prévision d’un événement de verglas ».

Pour lui, « il n’est pas souhaitable de déposer le produit sur une chaussée enneigée ou trempée où le produit serait gaspillé ».

Pour Marc Olivier, professeur en chimie de l’environnement à l'Université de Sherbrooke, au Québec, le jus de betterave est une bonne option, car c’est un produit biodégradable qui préserve l'écosystème aux abords des routes.

Un jus plus salé

Marc Olivier admet qu’il est néanmoins difficile d’utiliser le jus de betterave partout au Canada, puisqu’il perd en efficacité à très faible température.

« Si on veut aller à des températures inférieures à -10 °C environ, on peut alors utiliser une combinaison de jus de betterave avec une partie de matériel salin », précise Marc Olivier.

Ken Allen, responsable des communications du service des travaux publics de la Ville de Winnipeg.

Ken Allen, responsable des communications pour le service des travaux publics de la Ville de Winnipeg, précise que la ville développe son propre mélange de jus de betterave et de sels adapté à ses besoins.

Photo : Radio-Canada

C’est justement ce mélange qui fonctionne à Winnipeg ainsi que d’autres villes comme Calgary.

Cette dernière a utilisé l’hiver dernier 30 000 litres de mélange à base de jus de betterave.

Alors qu'elle en est encore à l'étape du test, la ville albertaine a choisi cette année d’augmenter l’épandage du produit sur les routes et a ainsi acheté 120 000 litres.

« À Sherbrooke, on utilise [le jus de betterave] sur des segments de l'autoroute des Cantons-de-l’Est. On s’en sert seul ou mélangé à des sels depuis plusieurs années. On a eu des résultats assez intéressants pour continuer à s’en servir », affirme également Marc Olivier.

David Bombardier indique que cet hiver le produit n’a été utilisé qu’une seule fois sur un tronçon de « 250 km de voie de circulation ».

Un produit économique

Fabriqué à partir de déchets de l’industrie de la betterave, le produit séduit par son accessibilité.

Selon Sheila Johnstone, attaché de presse de la Ville de Calgary, sur un budget de 39,2 millions de dollars pour le déneigement des routes l’an dernier, le coût du jus de betterave représentait une part de moins de 1 %.

M. Bombardier explique qu’à raison d’un taux d’application d’environ 100 litres par kilomètre, le coût pour la ville de Sherbrooke varie entre 70 et 100 $ par kilomètre.

À Winnipeg, Ken Allen estime que l’utilisation de ce nouveau produit n’est pas plus coûteuse que les anciens produits.

En revanche, il aime que cela lui permette d’avoir une gestion de l’utilisation du sel plus économique, tout en en réduisant l’impact négatif.

Il y a une gestion économique qui se fait jour après jour pour utiliser le produit le plus adapté à la température la plus basse du jour.

Marc Olivier, professeur en chimie de l’environnement à l'Université de Sherbrooke

Le professeur de l’Université de Sherbrooke ajoute qu’il existe des produits salins biodégradables, mais que ces derniers, bien que plus efficaces, sont également plus chers que le jus de betterave.

Vers une utilisation plus juste des sels

Compte tenu de la disparité des conditions climatiques dans le pays et des dangers du gel pour la sécurité routière, il n’existe pas de cadre légal obligeant l’utilisation de produits de rechange aux sels.

Néanmoins, depuis 2004, Environnement Canada a instauré le Code de pratique pour la gestion environnementale des sels de voirie.

Ce dernier invite à réduire les « effets négatifs des sels de voirie en appliquant les bonnes quantités de sel aux bons endroits et au bon moment ».

« On va aussi vers un remplacement de l’idée de solution unique pour le déglaçage des routes », conclut Marc Olivier.

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