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Faire du vélo d’hiver dans la capitale de l’automobile

Cycliste dans le traffic
Un cycliste tente de se faire une place au milieu des voitures Photo: Getty Images / olaser
Rose St-Pierre

Même si Windsor bénéficie d'un climat clément et comporte très peu de relief, peu se risquent à utiliser leur vélo comme moyen de transport, encore moins l'hiver. La raison? Une culture de l'automobile qui rend les déplacements à vélo périlleux.

Victor Sévillano a passé son enfance en Europe, où les déplacements en vélo sont normaux et généralisés, même pour les enfants, explique-t-il.

À son arrivée à Windsor, il a choisi sa résidence de façon à se rendre facilement au travail en vélo. Il croyait profiter du climat clément de la ville la plus au sud au Canada, mais s’est buté à une difficulté qu’il n’avait pas prévue : les interactions difficiles avec les automobilistes.

Un cycliste devant la rivière DétroitPour Victor Sévillano, le défi principal pour un cycliste windsorois, ce sont les voitures. Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

C’est vraiment particulier, dans une ville où la voiture est si importante, même les policiers ne considèrent pas les cyclistes comme des participants de premier ordre dans les rues.

Victor Sévillano, habitant de Windsor

À Windsor, seulement 1 % de la population utilise la bicyclette pour se déplacer, selon le dernier recensement de Statistique Canada.

C’est ce qui a poussé Lori Newton à former le groupe Bike Windsor-Essex qui tente d’infuser un peu de culture cycliste à Windsor.

Au courant de l’été 2018, l’organisme a placé des compteurs près du sentier riverain à Windsor. Une moyenne de 1000 trajets par jour a été enregistrée. Mais quelques mois plus tard, en octobre, c'était déjà deux fois moins. On croit que ce nombre baisse dès les premières chutes de neige, ajoute la militante.

Une femme souriante se tient devant un vieux vélo bleu poudre dans un atelier de réparation de bicyclettes. Lori Newton, la gestionnaire de Bike Windsor Essex Photo : Radio-Canada / Stacey Janzer

Selon Mme Newton, pour de courts voyages de moins de 5 km, les Windsorois devraient pouvoir pédaler à destination de façon sécuritaire, même l’hiver. Ce qui n’est toujours pas le cas, selon elle. Les rues ne sont pas pensées pour tout le monde [...] et les pistes cyclables sont utilisées pour entasser la neige.

Aucune piste cyclable en bordure de route n’est protégée par une barrière physique dans la ville. Pour Lori Newton, plusieurs résidents considèrent le transport à vélo dangereux pour cette raison. Est-ce que vous laisseriez votre enfant de huit ans circuler sur cette route? Si la réponse est non, il faut retourner à la planche à dessin, ajoute-t-elle.

L'organisme Bike Windsor Essex participe d'ailleurs à des consultations publiques sur le transport actif organisées par la Municipalité. Selon la responsable de la planification des transports, Josette Eugeni, l'objectif est de construire un réseau mieux connecté, attrayant et sécuritaire [...] sur une distance de 16 km.

En sondant les cyclistes sur leurs habitudes, la Municipalité a découvert que 20 % d'entre eux seulement pédalent pour se rendre au travail; la grande majorité utilisant le vélo de manière récréative. Pour l'instant, un cycliste sur trois se dit préoccupé par le comportement des automobilistes. Le manque de barrière physique est aussi un facteur qui les incite à choisir un autre mode de transport.

Citoyens de seconde classe

Trois cyclistes discutent. Quelques cyclistes enfourchent leur vélo 365 jours par année. Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Olivier Swainson a fait du vélo d’hiver dans plusieurs villes canadiennes, dont Toronto et Montréal. Pour lui, il ne fait pas de doute que Windsor est conçue uniquement pour la voiture, ce qui pénalise les cyclistes et les piétons, surtout en hiver.

Une des plus grandes différences entre ces villes et Windsor, c’est qu’à Windsor les cyclistes sont considérés comme des citoyens de seconde classe.

Olivier Swainson, habitant de Windsor

Selon lui, l’utilisation des pistes cyclables pour y entasser la neige lors des tempêtes et les retards dans le déneigement des voies cyclables indiquent que le vélo est loin d’être considéré comme un mode de transport comme un autre.

Si les infrastructures de vélo sont manquantes, ça veut dire que quelqu’un, quelque part, a déterminé que si tu marches ou si tu pédales, tu n’es pas important [...] et ça rend ta façon de te déplacer beaucoup moins pratique, ajoute M. Swainson.

Des trottoirs pour se protéger

Un cycliste roule sur un trottoir, accompagné d'un autre qui pédale dans la rue. Certains cyclistes empruntent les trottoirs, puisqu'ils les protègent des voitures. Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

L’hiver les gens ne comprennent pas pourquoi tu utilises ton vélo. Même l’été lorsqu’il pleut ils ne comprennent pas.

Philip Dutton fait partie des quelques professeurs de l’Université de Windsor qui pédalent pour se rendre au travail.

Pédaler peut être dangereux, il faut regarder partout, mais conduire aussi explique le cycliste.

Chris Waters, doyen de la faculté de droit, est aussi un cycliste.

Même si une culture du vélo existe à l’Université, sur la route, le professeur se sent toujours marginal.

Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des cyclistes utiliser les trottoirs, même si la Ville l’interdit. Ils ont besoin de barrières physiques, explique Chris Waters, qui croit que le sentiment d’insécurité explique pourquoi peu de cyclistes pédalent 365 jours par année.

Signal d'interdiction de rouler à vélo près d'un trottoirMalgré l'interdiction de pédaler sur les trottoirs, plusieurs cyclistes les empruntent pour des raisons de sécurité. Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Pourtant, Windsor a tout pour devenir la capitale du vélo, selon M. Waters. Avec des hivers doux et peu de neige, il suffirait de quelques choix d'ingénierie et d’urbanisme pour rendre la bicyclette populaire.

Le service de police de la ville estime quant à lui que l’éducation à la sécurité routière, pour tous les usagers, demeure essentielle. C’est pour cette raison que nous participons à la semaine de sensibilisation à la sécurité à vélo, explique le sergent Betteridge, qui reconnaît que certains automobilistes suivent de très près certains cyclistes.

Quant à elle, Lori Newton rappelle que le vélo d’hiver n’est pas seulement une extravagance pour quelques sportifs chevronnés : certaines personnes se déplacent à vélo par obligation. Surtout pour des raisons économiques, il ne faut pas l’oublier, dit celle qui espère que Windsor deviendra la capitale du vélo… après avoir été celle de l’automobile.

Windsor

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