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Marc Mayer : parcours d'un directeur en 5 oeuvres marquantes

Un homme aux cheveux mi-longs et gris habillé du veston bleu regarde la caméra.
Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada, tire sa révérence après 10 ans en poste. Photo: Radio-Canada / David Richard
Radio-Canada

Presque 10 ans jour pour jour après le début de son mandat à titre de directeur du Musée des beaux-arts du Canada, Marc Mayer quittera ses fonctions le 18 janvier. Pour l'occasion, il dépeint son parcours en cinq étapes marquées par des coups de coeur... ou pas.

Un texte de Christelle D'Amours

Le 19 janvier 2009, Marc Mayer foulait officiellement le long hall vitré du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) avec de nouvelles lunettes, mais surtout de grands souliers à chausser : ceux du directeur de la plus grande institution nationale en arts visuels. À l’époque, il avait déjà la tête pleine de projets. Certains font désormais partie de ses grandes fiertés professionnelles, alors qu'il a dû faire le deuil d’autres.

Dix ans plus tard, M. Mayer quitte ses fonctions de directeur avec, devant lui, un canevas vierge. Il souhaite entre autres s’adonner à la lecture et à l’écriture. Il confirme aussi que des offres professionnelles sont sur la table, sans toutefois s’attarder aux détails. Je n’ai certainement pas envie de prendre ma retraite et je ne quitterai pas le monde de l’art. Ça, c’est clair , a déclaré le Franco-Ontarien originaire de Sudbury, en entrevue.

En attendant de peindre la suite de sa carrière, il jette un coup d’oeil - quelque peu larmoyant - dans le rétroviseur en identifiant des oeuvres qui ont marqué son passage au MBAC.


Premier amour

Peinture d'une femme asiatique avec la peau bleutéeAgrandir l’imageL'une des nombreuses reproductions de « Chinese Girl » (1952) de Vladimir Tretchikoff Photo : Wikipédia

Quelle oeuvre a déclenché son amour des arts visuels? Ça va vous faire rire! lâche un Marc Mayer aux yeux espiègles. Il replonge alors, avec une pointe d’humour, dans les souvenirs du décor à la thématique chinoise du salon de ses parents, tout droit sorti des années 1950.

C’est une reproduction, que mes parents ont achetée dans un magasin de meubles, d’une Chinoise avec la peau bleuâtre, un peu verdâtre qui me fascinait! C’était tellement beau! C’est l’un des tableaux les plus copiés du monde. C’est un artiste de l’Afrique du Sud et puis on vient juste de vendre l’original, l’autre jour pour, je pense, 1,2 million de dollars, ajoute le directeur du MBAC. Je me suis dit : '' Juste ça! pour un tableau qu’au moins 10 % des salons de l’Amérique du Nord avaient! ''.

Dès que vous avez l’expérience d’avoir eu une espèce de communication avec un objet qui a été fait par quelqu’un qui communique avec un étranger qu’il ne verra jamais de sa vie, il y a une magie là-dedans. La qualité de l’objet n’a aucune importance.

Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada

Je pense à cette reproduction qui, maintenant, est considérée comme kitsch parce qu’il n’a pas fait autre chose d’intéressant, cet artiste. C’est n’importe quoi! Ça peut être n’importe quoi, que ce soit de bon goût ou de mauvais goût. Ça n’a aucune espèce d’importance, renchérit le principal intéressé.


Le coup de foudre

Peinture de Gustave Courbet représentant une grotteAgrandir l’image« La source de la Loue » (1864) de Gustave Courbet Photo : Collection Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, New York

Lorsqu’on lui a demandé de choisir l’oeuvre qui lui plaît le plus dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, M. Mayer s’est empressé de répondre : C’est une question trop cruelle!

Le sexagénaire, qui côtoie quotidiennement des centaines de tableaux, raconte plutôt un phénomène qu’il a vécu à plusieurs reprises dans sa carrière, alors qu’il s’est laissé frapper de plein fouet par une oeuvre devant laquelle il était pourtant passé des dizaines de fois.

C’est un peu comme quand vous côtoyez des amis. Celle que vous allez marier, ce n’était pas votre meilleure amie, ce n’était pas celle qui vous faisait rêver. Ce n’était pas celle que tous les autres [ désiraient ] , mais un jour, vous voyez cette autre personne et vous avez tout compris. Ça va être elle ou lui, tente-t-il d’expliquer.

C’est pour ça que je suis toujours dans les musées, parce qu’on attend toujours cette expérience. On ne s’en va pas chercher quelque chose de particulier, on s’en va chercher une surprise. Quel objet va sauter du mur et va me changer les idées sur cet artiste?

Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada

Marc Mayer se rappelle d’une oeuvre en particulier, La source de la Loue de Courbet exposée à la galerie Albright-Knox à Buffalo. Un jour, je l’ai vraiment ''vue''. J’ai ressenti sa présence, à cet objet, dans mon conscient. Et ça m’a fait pleurer. J’ai été très touché par cette expérience-là.


Il ne s’ennuiera pas... de Renoir

Une femme au visage de profil tient son sein gauche de sa main droite, et un bout de tissu blanc de la main gauche, pour cacher son sexe.Agrandir l’imageCe « Nu debout » dessiné par Auguste Renoir fait partie de la collection du MBAC. Photo : Collection du Musée des beaux-arts du Canada

Je n’ai jamais été capable de regarder pour plus qu’une demi-seconde les oeuvres de Renoir. Et puis, on est plusieurs de ma génération!

Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada

C’est tout cet aspect approximatif, sucré et trop gentil, trop joli, explique le directeur du MBAC . C’est comme une belle voix d’un contre-ténor, mais qui n’a aucune force. C’est très joli, mais il faut être juste à côté pour l’entendre. [...] J’aime vraiment la confiance chez un artiste, quelqu’un qui n’a pas peur.

Ne souhaitant pas offenser les adeptes de l’oeuvre d’Auguste Renoir, il précise toutefois qu’il est « désolé » et insiste sur l’importance du personnage dans l’histoire de l’art.


Dans ses rêves les plus fous

Détail du tableau « Chasse interdite », de Joan Mitchell (1973). Une peinture abstraite, organisée sur quatre panneaux, dont les champs colorés semblent émerger du blanc.« Chasse interdite » (1973) de Joan Mitchell Photo : Centre Pompidou, Paris

Le temps d’une question, Marc Mayer se permet de rêver à un Musée des beaux-arts du Canada qui aurait un portefeuille sans fond. Sans évoquer de pièces en particulier, il lance rapidement les noms d’Édouard Manet et de Vassily Kandinsky. Ça manque à l’histoire. Parce que ce sont des histoires qu’on raconte, ici. C’est l’histoire de l’art, c’est l’histoire de la créativité, du génie créateur de notre espèce.

Il y a des artistes femmes qui manquent aussi, renchérit celui qui aimerait bien voir un tableau de Joan Mitchell s’ajouter à la collection du MBAC.

Pas juste parce que c’était la blonde de Riopelle pendant si longtemps! C’est parce que c’est l’une des plus grandes peintres abstraites que l’on n’ait jamais vues. Et ça, avec cette collection, avec l’art canadien, Joan Mitchell, ça manque terriblement.


Des oeuvres pour l’avenir

Une des nouvelles salles du Musée des beaux-arts du CanadaLes salles d'art canadien et autochtone ont été totalement repensées pendant le mandat de Marc Mayer. Photo : Radio-Canada / Anne Michaud

Avant son départ, Marc Mayer formule le souhait que le public apprenne à mieux connaître l’art canadien actuel.On est de plus en plus connus, nous, les Canadiens, justement, par nos artistes, parce qu’on a des scènes artistiques qui sont assez brillantes ici, explique-t-il.

Une connaissance, vraiment un apprentissage des arts visuels du passé et du présent, à mon avis, c’est indispensable à la culture de chacun et chacune.

Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada

Je pense que les Canadiens doivent être beaucoup plus au courant de ce qui se passe dans leur scène artistique, dans leur région, au pays en général et peut-être, tant qu’à faire, dans le monde, ajoute le directeur du Musée des beaux-arts du Canada. On vit un moment extraordinaire pour l’art actuel, vraiment extraordinaire. Alors ça, ça manque.

Avec les informations de Kevin Sweet

Ottawa-Gatineau

Arts visuels