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Impasse budgétaire : Trump claque la porte d'une rencontre avec les démocrates

Les leaders démocrates du Congrès ont déploré la fin abrupte de la réunion consacrée à l'impasse budgétaire.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Radio-Canada

Coup de théâtre dans la saga sur les négociations entourant la paralysie gouvernementale : le président américain a abruptement mis fin à sa réunion avec les leaders démocrates du Congrès, mercredi. Les deux parties se sont précipitées pour donner leurs versions – fort divergentes – des faits.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Au lendemain du discours à la nation de Trump pour promouvoir la construction du mur, le dialogue de sourds autour de la paralysie des services de l’État s’est poursuivi, avec un nouveau chapitre.

Quelques minutes après le début d'une réunion avec la haute hiérarchie démocrate, notamment avec la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, le président a quitté la pièce, un geste qu'ont reconnu les deux parties.

Premiers à se présenter devant les caméras, les démocrates ont déploré la décision du président. Assurant vouloir en arriver à une entente pour dénouer l'impasse budgétaire, ils ont rappelé avoir soumis une proposition au président il y a quelques semaines.

« [Le président] a demandé à la présidente de la Chambre Pelosi : “Voulez-vous accepter mon mur?” Elle a dit non, a indiqué Chuck Schumer. Il s'est levé et a dit : “Nous n'avons plus rien à nous dire”, et il est parti. »

Encore une fois, nous avons vu une crise de colère parce qu'il [le président] n'arrivait pas à obtenir ce qu'il voulait, et il a quitté la réunion.

Chuck Schumer, leader des démocrates au Sénat

Le président s'est montré « insensible » aux besoins des travailleurs de l'État, qui sont privés de salaire et ont des factures à payer, a ajouté Nancy Pelosi, qui réclame à l'instar de son collègue la réouverture des services gouvernementaux, fermés depuis presque trois semaines, et leur financement.

Plus tôt dans la journée, le président avait répété que la majorité des travailleurs de l'État appuyaient son approche.

Pendant le point de presse des démocrates, le président s'est tourné vers Twitter : « Je viens de quitter une réunion avec Chuck et Nancy, c'est une perte de temps. J'ai demandé ce qui se passerait dans 30 jours si j'ouvrais rapidement les choses, est-ce que vous allez approuver la sécurité frontalière qui comprend un mur ou une barrière d'acier? Nancy a dit NON. J'ai dit au revoir, rien d'autre ne marche! »

Le vice-président, Mike Pence, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, et les leaders républicains du Congrès présentent leur version des faits devant les nombreux journalistes présents devant la Maison-Blanche.

Le vice-président Mike Pence, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, et les leaders républicains du Congrès ont accusé les démocrates de nuire aux négociations.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Après les démocrates, les républicains ont quitté la Maison-Blanche pour présenter leur version des faits aux journalistes, accusant les démocrates d'être fermés au compromis.

« Il n’y aura pas d’entente sans mur », a martelé le vice-président, Mike Pence, évoquant une « crise humanitaire et sécuritaire sérieuse ».

[Les Américains] sont aussi déçus que nous du refus des démocrates à s'engager dans des négociations de bonne foi.

Mike Pence, vice-président des États-Unis

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, a qualifié pour sa part le comportement des démocrates de « honteux » et vanté « le calme » affiché par le président.

Même si c'est le président qui a quitté la rencontre, le vice-président et d'autres républicains qui y ont participé ont invité les démocrates à reprendre les discussions.

Le président exige que la loi budgétaire inclue une somme de 5,7 milliards de dollars pour la construction du mur. Après avoir promu l'idée d'un mur de béton, il propose maintenant une barrière d'acier.

Plus tôt dans la journée, le président a affirmé que la proclamation de l'état d'urgence pour construire le mur à la frontière avec le Mexique restait une option. « Je pense qu'on pourrait conclure une entente, et si ce n'est pas le cas, je pourrais emprunter cette avenue. J'ai le droit absolu de [décréter] une urgence nationale si je veux », a-t-il dit aux journalistes.

Selon des statistiques officielles publiées mercredi, un peu plus de 50 000 migrants ont été arrêtés à la frontière en décembre 2018, un chiffre comparable à ceux des deux mois précédents, mais supérieur à ceux observés au début de 2018 et en 2017.

Les migrants étaient constitués pour près de la moitié de familles. C’est deux fois plus que la moyenne mensuelle de 2017.

Les républicains sont unis, assure Trump

Le président Donald Trump et plusieurs sénateurs républicains, dont le président du Sénat, Mitch McConnell, s'adressent aux journalistes.

Le président Donald Trump et les sénateurs républicains, dont le président du Sénat, Mitch McConnell, ont parlé du mur et de l'impasse budgétaire au cours d'une réunion.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

À l'issue d'une rencontre avec les sénateurs républicains, le président Trump avait affirmé que le parti était solidaire de sa décision de fermer le gouvernement dans le but de faire construire un mur à la frontière sud, même si certains républicains commencent à réclamer sa réouverture.

« Nos discussions ne portaient sur rien d'autre que la solidarité. Nous voulons la sécurité nationale et la sécurité frontalière pour notre pays », a soutenu Donald Trump aux côtés de ténors républicains.

« Il y a un énorme soutien républicain. Inébranlable », a-t-il martelé à plusieurs reprises, minimisant les préoccupations exprimées par certains républicains devant l'impasse budgétaire.

« Une poignée d'élus a évoqué quelques stratégies », a-t-il admis, ajoutant toutefois que les républicains restaient « complètement unis ».

Interviewée après la réunion, la sénatrice de l'Alaska Lisa Murkowski, qui s'est publiquement exprimée en faveur de la fin de la paralysie des services de l'État, a indiqué avoir formulé ses réserves.

« J'ai exprimé mon accord avec la nécessité d'assurer la sécurité à la frontière [...], mais aussi dit que lorsque le gouvernement ferme ses portes, il y a des conséquences et que les gens commencent à les ressentir », a expliqué l'élue, réputée modérée.

La veille, elle avait signalé son soutien à la proposition des démocrates de financer la quasi-majorité des départements touchés par la fermeture de l'État jusqu'à la fin de l'année fiscale, le 30 septembre, et de rouvrir le département de la Sécurité intérieure jusqu'au 8 février, le temps de poursuivre les négociations, sans allouer de fonds à la construction du mur.

Selon CNN, deux autres sénateurs ont affiché la même position, et six autres ont exprimé publiquement des préoccupations.

Le sénateur de la Louisiane, John Kennedy, a cependant vanté la détermination du président au cours de la réunion. « Il est comme la mule du Missouri qui s'assoit dans la boue et dit : "Je ne bouge pas". Il est déterminé. Je n'ai pas l'impression qu'il va céder un pouce  », a-t-il dit, selon CNN.

Interrogé sur la durée de la paralysie de l'État, à son arrivée à la réunion avec les républicains, le président a laissé entendre qu'elle pourrait durer longtemps. « Peu importe ce qu'il faudra », a-t-il répondu.

Une fermeture gouvernementale qui s'étire

À l'origine, le Congrès avait jusqu'au 21 décembre 2018 pour adopter la loi budgétaire, mais l'absence de compromis entre le président et les démocrates a provoqué la paralysie partielle de l'administration fédérale.

Cette paralysie touche quelque 800 000 employés fédéraux; 380 000 d’entre eux sont présentement en congé forcé sans solde, et 420 000 autres continuent leur travail sans être payés.

Après 19 jours, cette fermeture des services publics est la deuxième paralysie la plus longue de l’histoire. La plus longue, survenue en 1995-1996, à l'époque du président démocrate Bill Clinton, avait duré 21 jours.

Les impacts de la paralysie de l'État américain se font de plus en plus sentir, par exemple auprès des employés fédéraux, privés de revenus, ou des citoyens qui comptent sur l'aide gouvernementale pour joindre les deux bouts, alors que certains services gouvernementaux sont compromis ou suspendus.

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