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  • Il y a 10 ans, Nortel Networks faisait faillite

    Dans un ciel hivernal, sur un édifice non identifié, la bannière de Nortel Networks.
    Le 14 janvier 2009, Nortel Networks se plaçait sous la protection des Lois américaine et canadienne des faillites. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 14 janvier 2009, le géant des télécommunications canadien Nortel Networks déclare faillite. Nos journalistes ont décortiqué la déroute de cette entreprise qui est révélatrice de certaines pratiques de l'époque.

    Les malheurs s’accumulent chez Nortel Networks. Le géant des télécommunications vient de se placer sous la protection des tribunaux contre ses créanciers au Canada et aux États-Unis.

    Céline Galipeau
    Téléjournal, 14 janvier 2009

    Le 14 janvier 2009, l’animatrice du Téléjournal Céline Galipeau confirme la spectaculaire déconfiture de Nortel Networks.

    La journaliste Chu Anh Pham le rappelle, l’événement immédiat qui force l’entreprise à se mettre sous la protection des Lois de la faillite, c’est l’impossibilité de rembourser 100 millions de dollars à ses créanciers.

    Des raisons plus profondes expliquent cependant encore mieux la décision.

    Ce qui est clair pour plusieurs observateurs, c’est qu’on assiste au déroulement d’un chapitre prévisible dans le parcours de l'entreprise.

    Pourtant, quelques années auparavant, cette dernière accumulait les succès. Les investisseurs et les gestionnaires de fonds s’arrachaient ses actions inscrites aux marchés boursiers.

    Ah les beaux jours!

    C’est l’invention du téléphone qui permet la création par la compagnie Bell Canada de la Northern Electric and Manufacturing, l’ancêtre de Nortel Networks.

    En 1995, l’entreprise célèbre ses 100 ans. Nortel Networks a alors le vent dans les voiles.

    Montréal ce soir, 2 novembre 1999

    Le 2 novembre 1999, le Montréal ce soir qu’anime Pascale Nadeau souligne l’excellente santé de Nortel Networks.

    Le journaliste Claude Frigon y présente un reportage sur l’ouverture d’une nouvelle usine du géant des télécommunications à ville Saint-Laurent dans la région de Montréal. Cette ouverture crée 450  nouveaux emplois.

    Cette expansion, c’est l'invention de la fibre optique et la progression du réseau Internet qui le permet.

    À l’époque, le développement de l’Internet provoque une frénésie de spéculation sur les marchés boursiers du monde entier y compris au Canada.

    Les investisseurs se ruent sur Nortel Networks.

    En juillet 2000, l’action de Nortel Networks se vend 124 dollars et demi.

    L’entreprise constitue 37% du poids de la bourse de Toronto. Le succès de Nortel Networks amène même cette dernière à obtenir de meilleurs rendements que la bourse de New York.

    Mais ce que les investisseurs ignorent, c’est que le bilan de Nortel Networks est bâti sur un mirage alimenté par des pratiques frauduleuses.

    Une grenouille qu'on présente plus grosse qu'un boeuf

    Je me rappelle qu’il y a à peine cinq ans, l’action de Nortel valait plus de 120 dollars. Les courtiers disaient de continuer d’en acheter. Ça va monter à 180 dollars dans l’année. Et puis ça, c’est ce que ça valait deux ans plus tard. Même pas de quoi s’acheter un billet d’autobus.

    Guy Gendron

    Trois pièces de 25 cents :c’est ce que le journaliste Guy Gendron a dans la paume de sa main alors qu’il commence un reportage de 48 minutes sur les raisons qui expliquent la débâcle de Nortel Networks.

    Zone libre, 27 décembre 2006

    L’histoire que le journaliste raconte à l’émission Zone libre le 27 janvier 2006, et qu’anime Jean-François Lépine, révèle que ce sont les dérives d’un système qui sont responsables ce qui s’est passé.

    Les hauts dirigeants de Nortel Networks ont notamment concocté un ensemble de pratiques frauduleuses qui exagèrent la profitabilité de leur entreprise.

    D’un côté, les dirigeants de Nortel Networks inventent des profits.

    De l’autre, ils minimisent les pertes à l’aide de manipulations comptables. Ces pratiques inhabituelles étaient approuvées par le conseil d’administration de l’entreprise.

    Quand la bulle spéculative autour du secteur internet éclate au printemps 2000, le vrai visage de Nortel Networks apparaît.

    C’est une entreprise qui n’a aucune valeur. Les investisseurs l'abandonnent.

    La débâcle

    Entre août 2001 et août 2002, l’entreprise cède 99% de sa valeur boursière. Durant cette période, les gestionnaires de fonds de pension canadiens et les investisseurs perdent 400 milliards de dollars.

    Des milliers d’employés de l’entreprise se retrouvent pour leur part au chômage.

    Mais dès juin 2003, les dirigeants de l’entreprise indiquent un retour aux profits. Comment est arrivé ce retournement?

    C’est bien simple : encore une fois, ils auraient menti et maquillé les chiffres.

    En avril 2004, le conseil d’administration comprend l’ampleur de la fraude et congédie plusieurs hauts dirigeants de l’entreprise.

    Lors d'un procès, la justice ne pourra pas prouver qu'il y a fraude.

    Nortel Networks ne pourra jamais se relever de ces irrégularités. L’entreprise doit consacrer la plupart de ses énergies à réparer ses erreurs.

    Le secteur vital de la recherche et du développement est délaissé ce qui fait le bonheur de ses concurrents. Nortel Networks est en moins à la fine pointe de la technologie.

    Le ralentissement économique, qui débute en 2007, l’achève. En janvier 2009, exsangue, l’entreprise se place sous la protection des Lois américaine et canadienne de la faillite.

    Le reportage de Guy Gendron comprend un autre volet.

    Il souligne que les dirigeants de Nortel Networks ne sont pas les seuls coupables de cette faillite.

    Les pratiques du monde de la finance, la montée fulgurante de Nortel Networks en bourse, encourageaient les courtiers à ignorer les errements de la compagnie.

    Quant à l’investisseur moyen, il lui aurait fallu lire les petits caractères des rapports annuels pour comprendre la réalité. Ils sont parmi ceux qui ont souffert quand la vérité a explosé.

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