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CES : un mur virtuel pour surveiller la frontière États-Unis–Mexique

Des patrouilleurs américains près de la frontière mexicaine à El Paso, au Texas.
Les solutions proposées par les entreprises technologiques ne nécessitent pas de mur physique. Photo: Getty Images / AFP/Herika Martinez
Agence France-Presse

La technologie viendra-t-elle au secours de la politique américaine? C'est ce qu'espèrent quelques jeunes pousses, qui travaillent à la création d'un mur virtuel pour surveiller la frontière entre les États-Unis et le Mexique, où Donald Trump veut à tout prix construire un mur physique qui coûterait plusieurs milliards de dollars.

Quanergy, l'une de ces entreprises, est présente au salon Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, grand-messe annuelle du monde de la techno. La société compte parmi les rares à travailler sur la technologie LiDAR – utilisée dans la conduite autonome – pour y avoir recours comme outil de surveillance frontalière et donc lutter contre l'immigration clandestine.

« Nous proposons une solution qui a davantage de capacités qu'un mur physique », affirme Louay Eldada, à la tête de la jeune entreprise américaine, venue au CES pour montrer son système, testé à la frontière indo-pakistanaise et sur une petite portion de celle séparant les États-Unis du Mexique.

Solution à la paralysie de l'État?

Moins coûteux et avec un impact environnemental moindre, un mur virtuel constitué de radars, de capteurs et de caméras pourrait donc –théoriquement – offrir une piste pour résoudre le conflit politique opposant le président américain aux élus démocrates, qui refusent de débloquer des fonds pour ce qu'ils qualifient de solution « médiévale ».

Ce conflit entraîne depuis 19 jours une paralysie partielle des administrations fédérales, faute d'un accord sur le budget. Dans une allocution solennelle, prononcée mardi soir, Donald Trump a réclamé 5,7 milliards de dollars pour construire une « barrière en acier », évoquant clandestins et trafic de drogue pour justifier le tout.

Grâce à la technologie LiDAR – qui détecte la lumière et mesure les distances grâce à un pointeur laser –, le système de Quanergy « peut voir jour et nuit, quelle que soit la météo, et peut automatiquement repérer les intrus et donner leur position GPS aux forces de l'ordre », vante Louay Eldada.

Une fraction du prix

Côté prix, « on parle de 1,5 milliard de dollars pour toute la frontière entre les États-Unis et le Mexique, ce qui est beaucoup moins que l'estimation la moins chère pour la construction d'un vrai mur, soit 5 milliards. On a même parlé de 30 milliards et de 70 milliards à un moment », poursuit le chef d'entreprise.

Autres atouts, selon ses promoteurs, une frontière virtuelle sur les près de 3200 km qui séparent les États-Unis du Mexique reviendrait moins cher en matière de fonctionnement et ne viendrait pas balafrer le paysage, ni perturber l'écosystème.

Donc, « pas besoin d'avoir des patrouilles qui circulent le long de la frontière », dit M. Eldada, en montrant sur un écran des exemples de cartes et d'images en 3D de zones surveillées.

La technologie LiDAR, une percée majeure

Le gouvernement américain a annulé un projet de clôture électronique il y a une dizaine d'années, le système ayant été jugé insuffisamment efficace.

C'est précisément le développement de la technologie LiDAR et de l'intelligence artificielle qui permet aujourd'hui d'avoir un système qui fonctionne, selon le patron de Quanergy, en particulier parce que cette technologie permet de « voir » loin.

Ainsi, « on peut voir comment se déplace une personne et déterminer si c'est un policier ou quelqu'un qui s'apprête à franchir la frontière illégalement », dit-il, tout en refusant de s'aventurer sur le terrain politique lorsqu'on l'interroge sur l'actualité.

Une initiative délicate

Une autre jeune pousse américaine, Anduril, travaille elle aussi sur la surveillance des frontières, un sujet hautement sensible pour la Silicon Valley, qui penche traditionnellement plutôt du côté démocrate et qui préfère en général rester en retrait, ou à tout le moins fort discrète, quant aux usages de ses technologies par les forces de l'ordre ou les gouvernements.

Google ou Amazon ont récemment été vivement critiqués pour leur collaboration avec les autorités militaires ou policières (drones, reconnaissance faciale, etc.). Sous la pression, Google a même renoncé en octobre à concourir à un énorme contrat avec le ministère de la Défense américain.

Anduril, mise sur pied par Palmer Luckey, le jeune fondateur d'Oculus, entreprise spécialisée dans la réalité virtuelle rachetée par Facebook en 2014, se définit elle-même comme une « entreprise de défense ». Elle n'est pas exposante au CES, mais M. Luckey s'est déplacé à Las Vegas, a constaté une journaliste de l'Agence France-Presse (AFP).

Interrogé, il a lui aussi refusé de s'exprimer sur l'actualité et les dernières déclarations de M. Trump.

Les pylônes d'Anduril pouvant être positionnés sur une frontière combinent radars, antennes de télécommunications et caméras, pour repérer des objets jusqu'à environ 3 km. Grâce à l'intelligence artificielle, le logiciel sait distinguer un humain d'une voiture et un animal d'une plante.

Il peut ensuite envoyer une alerte sur le téléphone d'un agent pour lui signaler une personne suspecte.

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