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chronique

La fois où des journalistes (dont moi!) ont partagé une fausse nouvelle

C'est un emoji d'une personne confuse.
Il faut apprendre de nos erreurs quand on partage une fausse nouvelle. Photo: iStock
Jeff Yates

CHRONIQUE - Personne n'est à l'abri du partage d'une fausse nouvelle, pas même moi, qui passe mes journées à les repérer sur les réseaux sociaux jusqu'à en faire mon métier. Même des journalistes aguerris qui font de la recherche de la vérité leur gagne-pain ne sont pas infaillibles. Quatre d'entre eux ont accepté de nous raconter la fois où ils sont tombés dans le panneau. J'en suis.

Dans le contexte d'une chronique à l'émission Corde sensible, sur ICI Première, j'ai demandé à des collègues du milieu journalistique de me faire part d'un moment où ils se sont fait prendre par une fausse nouvelle. L'objectif? Voir les leçons que l'on pourrait tous en tirer, parce que les pièges classiques de la désinformation guettent tout le monde.

On commence par moi!

Jeff Yates : la vitesse

Le 2 novembre 2018, je me suis réveillé et, comme d'habitude, j'ai immédiatement consulté Twitter sur mon téléphone mobile (OK, j'ai possiblement un problème). J'ai tout de suite vu une image qui mettait dans l'embarras un conspirationniste reconnu. Je n'irai pas trop dans les détails, mais j'ai expliqué ce qui est arrivé ici (Nouvelle fenêtre).

En gros, j'ai tenté de vérifier la véracité de l'image, mais je n'arrivais pas à le faire à l'aide de mon téléphone mobile. Un peu pressé, j'ai décidé de la partager quand même, quitte à faire des vérifications par la suite, quand j'arriverais au bureau. Je me suis dit que, de toute façon, l'image devait être véritable, parce que le conspirationniste en question a le don de toujours se mettre les pieds dans les plats de cette façon. En plus, la personne qui avait publié l'image possédait un compte vérifié et avait l'air crédible.

Erreur; l'image était fausse. Je me suis excusé, j'ai retiré de Twitter mon message erroné et j'ai corrigé l'information.

La morale de l'histoire, c'est que la vitesse tue! Quand une histoire croustillante se met à circuler, plusieurs d'entre nous veulent être les premiers à la partager. Si on n'a pas le temps de valider l'information, il vaut mieux de ne pas la relayer.

Patrick Lagacé : conforter ses opinions

Comme moi, le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé n'a pas vérifié la véracité des faits avant de republier sur Twitter une photo qui montrait que le visage de la chancelière allemande, Angela Merkel, avait été masqué à la télévision lors de sa visite en Arabie saoudite, puisqu'elle ne portait pas de voile. En fait, il s'agissait d'un photomontage. M. Lagacé a effacé le message Twitter en question et a fait son mea culpa.

Mais pourquoi n'a-t-il pas vérifié si l'image était véritable? « Je crois que l'Arabie saoudite est un État barbare. Je pense que c'est un État rétrograde et [l'image] venait confirmer mes préjugés, m'a-t-il avoué. Je pense que c'est ça, la mécanique des fausses nouvelles. On s'accroche à des nouvelles qui ne sont pas vraies, bien souvent parce qu'on aimerait qu'elles le soient. »

Tout à fait! Quand une information vient confirmer ce que l'on savait déjà, qu'elle conforte notre opinion ou encore qu'elle suscite une vive réaction, on devrait faire encore plus attention.

Vous pouvez écouter ma conversation avec Marie-Eve Tremblay, ainsi que des extraits de mes entrevues avec les journalistes, à l'émission Corde sensible en cliquant ici.

Brigitte Noël : la crédibilité des pairs

La journaliste du Journal de Montréal Brigitte Noël connaît très bien le monde de la désinformation. Pourtant, elle s'est fait avoir par une campagne de marketing d'Arcade Fire basée sur la propagation de fausses nouvelles. L'histoire voulait que le groupe ait dépensé des millions de dollars pour tourner un vidéoclip avec le cinéaste Terry Gilliam, et que ce clip n'eût jamais abouti. Tout était faux. Le groupe a ici voulu faire une campagne douteuse pour jouer sur la mode des fausses nouvelles.

Dans le cas de Mme Noël, c'est un ami qui lui avait parlé de l'histoire. Le pire, c'est toutefois que l'article qu'elle a relayé provenait du National Post, un média canadien très sérieux. Une des journalistes de ce quotidien avait cru à un faux communiqué de presse émis par le groupe.

« J'y réfléchis maintenant, et c'est vraiment parce que c'était un article qui provenait d'une source crédible. Je n'ai pas pensé à faire une contre-vérification », m'a-t-elle expliqué.

En effet, l'histoire de Mme Noël nous montre qu'il faut faire attention, même quand la source semble fiable. De plus, elle démontre qu'on a souvent tendance à prêter plus de crédibilité aux histoires qui nous sont relayées par nos amis.

Gérald Fillion : l'influence des algorithmes

Au lendemain de l'assermentation du nouveau Conseil des ministres du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), un compte Twitter au nom du nouveau ministre de l'Économie, Éric Girard, est apparu. L'algorithme du site a suggéré au journaliste économique de Radio-Canada, Gérald Fillion, de suivre le compte en question. Puisque c'est son travail de surveiller ce que fait le ministre de l'Économie, M. Fillion a accepté la suggestion, puis a averti ses abonnés que M. Girard avait un nouveau compte. Or, c'était un faux profil, qui a finalement servi à tenter de propager une fausse nouvelle sur la mort de la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

« Je me suis dit, "Éric Girard s'est fait avoir, lui qui vient d'arriver sur Twitter!" », m'a raconté M. Fillion. ll a réalisé peu de temps après que le compte était faux.

Attention à l'algorithme de suggestions! Celui-ci tente de nous montrer du contenu qui saurait nous plaire. Dans le cas de M. Filion, l'algorithme a bien saisi qu'il serait intéressé à suivre les publications de M. Girard. Par contre, en raison de son empressement à nous faire plaisir, l'algorithme n'est pas assez intelligent pour départager le vrai du faux. Cette responsabilité nous appartient.

Stéphane Giroux : la difficulté de valider les faits

Dans les jours qui ont suivi la légalisation du cannabis au Canada, en octobre 2018, les files d'attente à la Société québécoise du cannabis (SQDC) faisaient bien jaser. Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et journaliste à CTV, Stéphane Giroux, a vu passer sur Facebook une photo montrant une file d'attente monstre à la Commission des liqueurs, le jour de l'abolition de la prohibition de l'alcool au Québec, en 1921.

« Je trouvais ça cute. Je trouvais qu'on voyait des échos de cette nouvelle-là, 80 ans plus tard, m'a relaté M. Giroux. J'avais eu un petit doute. J'avais googlé la photo, mais je ne voyais pas de résultats très clairs. »

En fait, la photo ne montrait pas du tout la fin de la prohibition au Québec, mais bien celle aux États-Unis, 12 ans plus tard. Et les gens dans la file attendaient pour acheter un permis de vente d'alcool, comme j'ai fait remarquer à M. Giroux dans les commentaires sur sa page Facebook. Ne vous inquiétez pas, nous sommes toujours amis!

M. Giroux a tenté de valider la véracité de l'image, mais n'a pas réussi à trouver une réponse. Dans ce cas-là, il vaut mieux ne tout simplement pas partager l'information. Rien ne nous oblige à relayer quoi que ce soit sur nos réseaux sociaux! On devrait réserver cet honneur aux informations validées.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m'écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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