•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Création : comment trouver du beau dans les épreuves?

L'auteure Catherine Perreault
Catherine Perreault se spécialise en adaptation scolaire et écrit. Photo: Dominic McGraw
Radio-Canada

« L'amour maternel nous est souvent dépeint comme quelque chose de doux, qui rend la vie meilleure et pleine de possibilités. Personnellement, ce n'est pas ce conte de fées qui s'est écrit après la naissance de mon fils », constate l'enseignante, auteure et blogueuse abitibienne Catherine Perreault.

Cette expérience particulière de la maternité lui a d'ailleurs inspiré un récit poignant, écrit la journée même où se terminait la période d'inscription pour le Prix du récit Radio-Canada, le 28 février dernier, qui a été finaliste du concours : Savasana raconte l'histoire d'une mère envahie par l'autisme de son enfant et incapable de lâcher prise lors d’un cours de yoga.

Aimer malgré la souffrance

Avant d'avoir son fils, Catherine Perrault a beaucoup voyagé : « J’ai vécu à Vancouver, j’ai marché sur le chemin de Compostelle, j’ai tenté d’habiter Montréal mais cela a duré deux mois. Je suis trop anxieuse pour vivre à temps plein dans la grande ville. »

Aujourd'hui, voyager est ce qui manque le plus à sa vie, indique-t-elle : son fils est né avec des particularités et un grand besoin de stabilité, et elle a dû faire le deuil des grandes aventures.

Son fils Eliott, qu'elle qualifie d'être « magnifique et intense », a 13 ans et un double diagnostic de déficience intellectuelle et de trouble du spectre de l’autisme, ce qui veut dire qu’il est sévèrement atteint sur les plans de l’autonomie et de la communication.

Mais l'auteure souligne aussi à quel point sa rencontre avec lui a profondément transformé sa vision de ce que peut être l’amour.

Il y a beaucoup d’amour, de sourires, de tendresse et d’admiration dans notre relation, mais il y a aussi une cassure. Une brèche s’est créée et je suis confrontée, jour après jour, à aimer profondément malgré la souffrance, l’automutilation, les cris et les deuils quotidiens.

Catherine Perreault

C’est dans cette brèche qu'elle puise l’essentiel de son inspiration, parce qu'elle touche aujourd’hui à des émotions qu'elle n’aurait probablement pas explorées si Eliott n’avait pas croisé sa route.

Écrire sur soi sans s'apitoyer

Bien qu'elle ait toujours écrit, que ce soit des journaux intimes pendant l'enfance, des histoires inventées, des pièces de théâtre au secondaire et au cégep, un blogue personnel pendant plusieurs années, Catherine Perreault écrit davantage sur elle-même, sur sa réalité de mère d’enfant différent.

En 2018, une de ses nouvelles est parue dans le recueil Abitibi-Montréal (Éditions Quartz), et elle travaille parallèlement à l’écriture d’un roman, commencé il y a trois ans.

Comme je n’ai pas étudié en création littéraire, j’ai parfois l’impression que je tourne en rond. J’écris, je me relis, j’efface, je réécris, j’efface encore… c’est interminable!

Catherine Perreault

Catherine Perreault se dit incapable d’écrire chez elle, surtout si elle n'est pas seule, que le ménage n’est pas fait, que le téléphone sonne...

Écrire chez moi est difficile parce que je me trouve toujours autre chose à faire, comme passer l’aspirateur ou peinturer cette plinthe au sous-sol qui est pourtant beige depuis les trois dernières années.

Catherine Perreault

Lorsqu'elle a un peu de temps, elle part donc pour la journée écrire dans un café. Si elle le peut, elle prend quatre ou cinq jours pour s’éloigner encore plus de chez elle, en s’exilant dans une autre ville ou en forêt.

L'auteure a également expérimenté le yoga pour tenter de calmer ses angoisses, de se concentrer sur l'ici et maintenant. Lorsqu'elle s'est assise devant l’ordinateur pour raconter cette expérience, tout est sorti d’un jet.

Je me souviens avoir pleuré en me relisant par la suite. C’est bizarre de dire cela, mais c’est parfois pendant la relecture que je réalise à quel point nos vies, à Eliott et moi, sont singulières.

Catherine Perreault

Écrire sur sa réalité aide Catherine Perreault à « contrôler ses vertiges », mais elle se garde bien de tomber dans le pathos.

Le principal défi, lorsque l’on écrit sur soi, est de ne pas tomber dans un état de lamentation ou d’apitoiement. Il y a du beau dans les épreuves et du moins beau dans les moments de bonheur.

Catherine Perreault

Vous aussi, vous avez une histoire vécue à raconter?

Prix du récit : Inscrivez-vous du 1er janvier au 28 février.

Livres

Arts