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  • Exclusif
  • La situation climatique exige des mesures « radicales », croit Nicolas Hulot

    Plan rapproché de M. Hulot.
    Nicolas Hulot estime que, pour la biodiversité, les changements climatiques sont comparables à « un cancer en phase de métastase ». Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Une taxe carbone qui augmente progressivement et qui sert à soutenir les industries vertes, particulièrement l'alimentation bio : pour contrer les changements climatiques, c'est là l'une des solutions que préconise Nicolas Hulot, qui a quitté avec fracas, l'été dernier, son poste de ministre de la Transition écologique du président français Emmanuel Macron.

    Nicolas Hulot s’est entretenu avec Céline Galipeau dans le cadre de l’émission spéciale Minuit moins une pour la planète. Vous pouvez regardez l'entrevue intégrale ci-dessous ou sur ICI RDI le samedi, 19 janvier à 12 h 30 (HE) et en rediffusion le dimanche, 20 janvier à 18 h 30 (HE).

    Comment vous sentez-vous, plus de quatre mois après votre démission?

    Plus léger, du jour au lendemain, par rapport à la responsabilité qu’on a quand on est ministre, surtout avec un ministère lourd comme le mien. Ça permet de retrouver sa famille, ses amis, un bel emploi du temps tellement allégé.

    Démissionner, n’était-ce pas vous résigner?

    Me résigner, ça aurait été prolonger ma mission. Ce que les gens pensaient quand ils m’ont vu accepter cette fonction, c’est : « On va se mettre en marche et on va préparer cette transition écologique et solidaire. » Et je ne voulais pas donner l’illusion que c’était ce qui était en train de se passer. On ne se mettait pas en situation de transformer le modèle sociétal, culturel, marchand, économique, pour l’adapter aux contraintes du 21e siècle.

    Je me suis retrouvé seul, avec une certaine bonne volonté, au milieu de mes collègues. Je ne veux pas leur faire l’injure de dire qu’ils m’avaient menti. Mais il y avait une ambiguïté. Nous n’avions pas la même conscience de l’importance des changements qu’il fallait opérer, pas le même diagnostic.

    Vous ne vous mettez pas dans la même situation si vous avez une bronchite que si vous avez un cancer en phase de métastase. Et la planète est dans une situation de cancer très avancé.

    Nicolas Hulot, ex-ministre français de la Transition écologique et solidaire
    M. Hulot, sur une plage, avec Céline Galipeau.« Il faudrait que chaque être vivant se rende compte que la vie sur terre tient du miracle. » - Nicolas Hulot Photo : Radio-Canada

    C’est votre constat sur l’état de la planète?

    J’entends tout le monde dire : « Il faut sauver la planète. » Mais la planète, elle s’en fout. C’est l’humanité qu'il faut sauver. La planète s’en remettra. Peut-être pas dans le même état, peut-être pas avec la même diversité, la même beauté, mais elle s’adaptera.

    Nous, on va être pris de court. On est déjà pris de court.

    Mais jamais l’humanité n’a été aussi intelligente. Ça, c’est la bonne nouvelle. Ce qui fait défaut, c’est une volonté et une intelligence collectives. Si l’intelligence de l’homme voulait bien se coordonner, on pourrait résoudre toutes les équations. Mais on a très peu de temps.

    On sacrifie toujours l’avenir au présent. Mais il faut combiner le court et le long terme. Qu’on regarde si les décisions qu’on prend sur le court terme compromettent ou, au contraire, protègent le futur.

    Et ça nous mène où?

    Si vous pensez long terme, vous mettez une taxe carbone et vous faites en sorte qu'elle dissuade progressivement, mais rapidement.

    Si vous privilégiez le court terme, vous enlevez la taxe carbone parce que ça enlève du pouvoir d’achat et que ça ajoute des difficultés aux citoyens.

    C’est là qu’il y a une véritable difficulté parce que lorsque vous parlez de changements climatiques, sous nos latitudes, ce n’est pas forcément quelque chose que vous ressentez immédiatement.

    On doit augmenter le prix du carbone parce que si les investisseurs ne savent pas qu’il va y avoir une trajectoire ascendante, ils vont continuer à investir dans l’énergie fossile. Une taxation progressive pour que chacun n’imagine jamais que le prix des énergies fossiles va baisser. Et à partir du moment où chacun sait que ça va monter, l’intérêt de tout le monde, c’est de ne plus investir là-dedans ou, en tout cas, d’investir pour en réduire la consommation.

    L’argent de la taxe carbone, il faut évidemment l’affecter à une dimension sociale.

    Comme on est à un changement profond de modèle, il faut se fixer des objectifs. On peut avoir des objectifs radicaux, parce que la situation exige qu’on soit radical.

    On a tellement ajourné que, depuis le sommet de Rio, ce qui aurait dû être des années utiles, on en a fait des années futiles. Et maintenant, on est au pied du mur.

    Nicolas Hulot, ex-ministre français de la Transition écologique et solidaire
    Plan moyen de M. Hulot répondant aux questions de Céline Galipeau.« On descend dans la rue pour son pouvoir d’achat et je le comprends. Mais on descend très faiblement dans la rue pour l’avenir de ses enfants. » - Nicolas Hulot Photo : Radio-Canada

    On est tous un peu coupables non?

    Au mot « coupable », je préfère « responsable ». Parce qu’en culpabilisant, on ne peut pas avancer. Et on n’est pas arrivés à ce point de rupture volontairement. On a été victimes de l’illusion que la technologie, la science, le progrès allaient faire en sorte que demain soit toujours meilleur qu’aujourd'hui.

    Maintenant, qu'est-ce qu’on fait?

    Il faut que les citoyens donnent un message clair en disant : « Nous sommes prêts. »

    Quand vous multipliez les comportements individuels par le nombre d’habitants d’un pays dans vos choix de consommation, comme bannir certains produits suremballés ou qui viennent du bout du monde, vous pouvez quand même faire beaucoup.

    Nicolas Hulot, ex-ministre français de la Transition écologique et solidaire

    Quand on dit aux gens qu’il faut manger un peu moins de viande, ce n’est pas simplement une démarche diététique de bobos. La consommation de viande, en termes de consommation de terres agricoles, d’eau et d’énergie, est dévastatrice. On peut très bien s’en passer et avoir la même qualité nutritionnelle.

    Et le bio, tout ce qui est issu de l’agroécologie, doit devenir la norme.

    Les Français sont prêts – ils l’ont dit à plusieurs reprises – à changer leur mode alimentaire. Mais si vous prenez des produits de qualité, de proximité, issus en partie – pas exclusivement – de l’agriculture biologique sans que le gouvernement fasse en sorte que ces produits soient au moins économiquement identiques à ceux de l’agriculture conventionnelle, vous réservez cette transformation à une élite.

    Le temps que les filières s’organisent, il faut leur faire bénéficier de taxes faibles pour compenser les prix et que ça ne pénalise pas les ménages. Et après, vous aurez des échelles de masse. Comme le bio deviendra la norme, il sera au même prix – probablement même moins cher – que l’agriculture conventionnelle. Parce que, pour le bio, vous n’avez pas besoin d’intrants, de pesticides, et vous avez besoin de très peu d’énergie.

    Vous dites cela, mais Donald Trump aux États-Unis ou Jair Bolsonaro au Brésil ont d'autres discours.

    Ignorons-les parce que, de toute façon, on ne les convaincra pas. Montrons l’exemple.

    Et à partir du moment où on va produire de l’énergie avec le soleil, le vent, les marées, la biomasse, la géothermie, on va changer la face du monde. Parce qu’on se fait la guerre pour le pétrole, le gaz, le charbon. Et délaisser les énergies fossiles, en termes environnementaux et sanitaires, ça se chiffre en milliers de milliards de dollars qu’on va s’épargner. C’est complètement dingue. On continue à subventionner les énergies fossiles qui nous coûtent des milliers de milliards de dollars.

    L’humanité ne s'est jamais trouvée dans une situation aussi délicate avec des menaces d’une telle amplitude. Si on reste dans les chemins traditionnels, on trompe son monde.

    Nicolas Hulot, ex-ministre français de la Transition écologique et solidaire

    Les propos de Nicolas Hulot ont été abrégés et légèrement modifiés pour faciliter la lecture du texte.

    Changements climatiques

    Environnement