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Éviter de se faire soigner en français quand on ne se sent ni femme, ni homme

Sept personnes sont autour d'une table, l'air rieur, une autre marche vers la table, une est absorbée par sa lecture.
Un groupe de bénévoles et de gens qui fréquentent le centre W.E. Trans Support de Windsor. Photo: Radio-Canada / Floriane Bonneville
Florianne Bonneville

Des personnes non binaires, qui ne se considèrent ni homme ni femme, évitent de consulter un professionnel de la santé en français, parce que la nature genrée de la langue ne correspond pas à leur identité.

*Radio-Canada a choisi de respecter le choix d'identité des individus dans cet article, et utilisera donc le titre Mx pour remplacer monsieur ou madame pour une personne non binaire.

Vincent Mousseau est activiste, universitaire et une personne transgenre issue de la communauté francophone de l’Ontario, résidant maintenant à Montréal, qui s’identifie par le pronom neutre iel.

Pour l’activiste, il est difficile de trouver des services en français adaptés à son identité, c’est pourquoi le compromis est une solution qu’il utilise fréquemment : Souvent, je finis par prendre le “il”, parce que c’est trop compliqué en français.

Iel déplore le grand défi que représentent les barrières imposées par la langue française elle-même.

Pour l’universitaire, l’absence de conscience sociale populaire des francophones vis-à-vis de l’existence du pronom neutre, comme iel, est un problème.

Les discours trans sont beaucoup plus acceptés et reconnus dans le monde anglophone [...] et il y a une manière plus acceptée de reconnaître les identités non binaires avec l’utilisation du “they”, qui n’existe pas en français.

Vincent Mousseau, activiste non binaire

Selon l’activiste, cette difficulté pour les francophones non binaires de se faire appeler par le pronom de leur choix contribue à l’assimilation, car plusieurs préfèrent se faire soigner en anglais.

De plus, Mx Mousseau soutient que la situation pourrait avoir des répercussions sur la santé de ces gens, car les informations en anglais pourraient être mal transmises ou comprises.

Une personne se tient devant le drapeau de la fierté transVincent Mousseau est « an » activiste trans « franco-ontariaine natifive » de Toronto, résidant maintenant à Montréal. Photo : Vincent Mousseau

Notons que Statistique Canada ne possède aucune donnée sur le nombre de personnes dans la population canadienne qui s’identifient comme non binaires, car ce n’est que le 25 janvier 2018 que l'agence fédérale a instauré sa nouvelle pratique pour le prochain recensement.

On demandera dorénavant aux gens à quel genre ils s’identifient, masculin, féminin ou autre, en plus de demander aux gens quel était leur sexe à la naissance.

L’expérience des transgenres et non binaires francophones

Il est assez dramatique et problématique que certains professionnels de la santé aient des conceptions binaires du corps humain, soulève Arnaud Baudry de l’organisme FrancoQueer à Toronto.

Dès la naissance, le médecin va essayer de ranger la personne ou dans la case homme ou dans la case femme, dit-il.

Un homme porte un manteau beige, un foulard noué au cou à carreaux gris et des lunettes rondes de couleur argentéeArnaud Baudry, président de l'organisme FrancoQueer à Toronto Photo : Arnaud Baudry

Alexandre Reid, un jeune homme transgenre bénévole pour le centre W.E. Trans Support de Windsor, explique que les personnes non binaires francophones avec qui il travaille craignent d’aller chercher des services dans leur langue maternelle de peur qu’on s’adresse à eux avec le mauvais pronom.

Même si le Canada et l’Ontario disent qu’ils offrent des services en français, plusieurs personnes ont peur d’aller chercher ces services, [...] spécialement dans une langue comme le français qui est particulièrement genrée, et les professionnels ne connaissent pas vraiment les pronoms neutres.

Alexandre Reid, homme transgenre, activiste et mentor au centre W.E. Trans Support de Windsor

Toutefois, certaines institutions privées telles que le Centre métropolitain de chirurgie de Montréal, spécialisé en chirurgies de réassignation génitale portent toujours une attention particulière aux genres et pronoms que la personne préfère.

Un homme est assis, il porte une chemine bleue, blanche et rose, à l'effigi des couleurs du drapeau de la fierté trans qui se trouve derrière lui. Alexandre Reid, bénévole au centre W.E. Trans Support Photo : Radio-Canada / Floriane Bonneville

Le système de santé actuel

Le système de santé public n’a pas encore lancé de campagne de sensibilisation ou implanté de procédure officielle en ce qui a trait à l’adoption de pronoms neutres chez les professionnels de la santé.

On est encore à l’étape où des formations sont obligatoires pour les travailleurs de la fonction publique, mais le système n’a pas encore rejoint les fournisseurs de services tels que les médecins et les bureaux de santé, explique Jérémie Roberge, de la Société Santé en français à Ottawa.

Changer les mentalités n’est pas chose simple et, pour les communautés francophones LGBTQ (lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel, allosexuel [queer]), il est clair que la première réaction de certaines personnes est de se braquer face à l’arrivée d’un nouveau pronom dans une langue qui est si vieille, souligne Antoine Beaudoin-Gentes de la société à but non lucratif Enfants transgenres à Montréal.

Ultimement, ce que les activistes veulent faire, c’est de travailler dans une optique d’ouverture, en gardant à l’esprit que la vie est complexe, et qu’on ne peut pas tout simplifier.

Antoine Beaudoin-Gentes, porte-parole d'Enfants transgenres

Pour Gerry Croteau du Centre Gilbert, un organisme à but non lucratif de la région de Simcoe Muskoka situé à Barrie, il est clair que le problème est connu en santé. Nous en parlons justement plus ces temps-ci, mais nous ne sommes pas rendus à un consensus, dit-il.

Mx Mousseau qualifie de décevant de voir que l’Ontario n’est pas chef de file dans ce domaine, considérant qu’il a été la première des provinces canadiennes à offrir la possibilité du genre X sur les formulaires.

Je vois vraiment une régression des idées et des politiques en Ontario depuis l’arrivée au pouvoir de Doug Ford, dit Mx Mousseau.

Un drapeau bleu, rose, et blanc.Le drapeau de la Fierté transgenre a été créé en 1999. Les bandes bleu clair symbolisent les bébés de sexe masculin, les bandes roses représentent les bébés de sexe féminin; et la bande centrale blanche évoque les personnes non binaires. Photo : Radio-Canada

David Jensen, porte-parole du ministère de la Santé, souligne que les Écoles de médecine sont responsables de l’éducation des étudiants afin d’améliorer les services envers les communautés LGBTQ.

Il mentionne aussi que le ministère se fie à une organisation telle que l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario afin d’assurer la formation des médecins.

Un porte-parole de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, Shae Greenfield, mentionne que l'organisme reconnaît l'importance de respecter les droits fondamentaux des personnes, et que le respect de pronoms entre dans cette catégorie.

Mais le rôle de l'Ordre reste de punir les écarts de conduite qui sont dénoncés. Il n’organise pas de campagne de sensibilisation. C’est plutôt du ressort de l’Association médicale de l’Ontario, mentionne M. Greenfield.

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