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Trump plaide pour la construction du mur sans évoquer l'état d'urgence

Le président américain Donald Trump parle aux Américains depuis le bureau ovale.

Le président américain Donald Trump parle aux Américains depuis le bureau ovale.

Photo : The Associated Press / Carlos Barria

Sophie-Hélène Lebeuf

En pleine paralysie partielle du gouvernement, le président Trump a tenté de convaincre les Américains de la pertinence de construire un mur à la frontière sud, reprenant, pour son tout premier discours à la nation depuis le bureau ovale, le thème phare de sa campagne présidentielle. Son plaidoyer a rapidement été suivi par une riposte des leaders démocrates.

Pendant plus de huit minutes, le président Trump a répété les arguments qu'il martèle depuis des semaines, dépeignant une « crise humanitaire et sécuritaire grandissante à la frontière sud ».

Le nombre de migrants franchissant la frontière a pourtant décliné significativement depuis deux décennies.

Plus à l’aise lors de discours improvisés devant ses partisans, Donald Trump, adoptant un ton solennel, s’en est tenu au texte écrit sur un télésouffleur.

Contrairement à ce qu'il avait évoqué vendredi dernier, il n'a pas décrété l'état d'urgence pour construire le mur à la frontière avec le Mexique, une option qui aurait vraisemblablement abouti devant les tribunaux. Le président avait affirmé qu'il avait les pouvoirs de le faire sans l'approbation des deux Chambres.

Comme prévu, il a de nouveau insisté pour que la loi budgétaire comprenne une somme de 5,7 milliards de dollars pour la construction du mur, un enjeu au cœur de la paralysie partielle du gouvernement.

« C’est un choix entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre la justice et l’injustice », a-t-il soutenu, accusant au passage les démocrates de ne rien faire pour protéger « les victimes innocentes ».

Reculant sur l'idée d'un mur de béton, il a plutôt proposé une barrière d'acier – comme il le fait depuis quelques semaines – prétextant que c'était « à la demande des démocrates ». Ceux-ci ne contestent pourtant pas le matériau utilisé, c'est au principe même du mur qu'ils s'opposent.

« Le mur se paiera rapidement par lui-même », a-t-il argué, évoquant encore l'entente commerciale renégociée récemment avec le Mexique et le Canada.

Une « crise du cœur et de l’âme »

En appelant aux émotions des Américains, il a notamment présenté la structure comme la solution au trafic de drogue et à la crise d'opioïdes et évoqué plusieurs victimes tuées par des migrants irréguliers.

Quelle quantité de sang américain devons-nous encore verser avant que le Congrès ne fasse son travail?

Donald Trump

Élargissant toutefois ses arguments, le président américain a aussi déploré une « crise du cœur et de l’âme », consacrant la première portion de son discours à la situation humanitaire.

Il a soutenu que le mur permettrait de briser le cycle de l’immigration illégale « non contrôlée », dont les femmes et les enfants sont les premières victimes, a-t-il dit.

Il a aussi réclamé des fonds pour l’embauche d’agents frontaliers et de juges chargés des dossiers d'immigration, pour l’achat de lits supplémentaires dans les centres de détention et pour l'aide humanitaire, des demandes appuyées par les démocrates.

La question pourrait se régler au cours d’une rencontre de 45 minutes, a-t-il déclaré.

L'allocution a débuté comme prévu à 21 h HNE sur les réseaux généralistes ABC, CBS et NBC ainsi que sur les chaînes d'information câblées CNN, Fox News et MSNBC, qui ont tous accepté d'interrompre leur programmation régulière à heure de grande écoute.

Leur décision de diffuser en direct l'allocution de M. Trump qui, particulièrement au cours des dernières semaines, a multiplié les inexactitudes, voire les mensonges au sujet de ce dossier, a fait l'objet d'un débat inhabituel dans les médias et les réseaux sociaux.

Les médias ont d'ailleurs publié de nombreuses épreuves des faits à l'issue de son allocution et certains l'ont même fait tout au long de son discours.

En 2014, les réseaux de télévision avaient refusé de diffuser un discours de Barack Obama sur la réforme de l’immigration, jugeant le sujet trop politique.

Donald Trump poursuivra jeudi son offensive médiatique pour renouveler son plaidoyer en faveur du mur en se rendant à la frontière américano-mexicaine.

Riposte des démocrates

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Peu après le discours présidentiel, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, ont à leur tour plaidé leur cause.

Ils avaient obtenu des réseaux de télévision un droit de réplique, une pratique inhabituelle pour un discours à la nation autre que l'état de l'Union.

« Le président a choisi la peur, nous voulons commencer par les faits », a déclaré d'emblée Nancy Pelosi.

L'un après l'autre, ils ont réitéré leur opposition au mur.

Le symbole des États-Unis devrait être la statue de la Liberté, pas un mur de 32 pieds.

Chuck Schumer, leader des démocrates au Sénat

« Le président Trump doit arrêter de tenir les Américains en otages, arrêter de créer de toutes pièces une crise et ouvrir le gouvernement », a soutenu Nancy Pelosi.

Après avoir échoué à faire payer un mur « inefficace et inutile » par le Mexique et à convaincre le Congrès ou le peuple américain de payer la note, « il a fermé le gouvernement », a renchéri son collègue.

« La démocratie américaine ne fonctionne pas ainsi. On ne gouverne pas avec des crises de colère », a-t-il martelé.

Les leaders démocrates ont appelé le président à traiter les mesures concernant la sécurité à la frontière et les autres éléments de façon distincte afin de ne pas pénaliser les travailleurs et la population.

La bataille politique se poursuit

À la Chambre, les démocrates, qui en ont le contrôle dans la foulée de l'élection de novembre dernier, entendent d'ailleurs présenter cette semaine des projets de loi visant à ouvrir les différents départements et agences fédérales les uns après les autres, selon le New York Times.

Le président du Sénat, Mitch McConnell, a cependant déjà indiqué qu'il n'entendait pas amener devant le Sénat des projets de loi qui n'avaient pas le soutien du président.

Toutefois, quatre sénateurs républicains, dont les modérées Susan Collins et Lisa Murkowski, considèrent maintenant que le Congrès devrait rouvrir les services gouvernementaux.

Quelques heures avant l’allocution de M. Trump, les démocrates du Sénat ont par ailleurs réussi à bloquer la tenue d’un vote sur un projet de loi bipartisan sur le Proche-Orient pour protester contre la fermeture des services de l’État.

Certains sénateurs démocrates estiment que leur parti devrait refuser de voter sur tout projet de loi tant que se poursuivra la paralysie partielle du gouvernement.

Une des plus longues paralysies gouvernementales de l'histoire

À l'origine, la loi budgétaire devait être adoptée le 21 décembre 2018, mais l'absence de compromis entre le président et les démocrates a provoqué la paralysie partielle de l'administration fédérale.

Cette paralysie touche quelque 800 000 employés fédéraux; 380 000 d’entre eux sont présentement en congé forcé sans solde, et 420 000 autres continuent leur travail sans être payés.

Après 18 jours, cette fermeture des services publics est la deuxième paralysie la plus longue de l’histoire. La plus longue, survenue en 1995-1996, à l'époque du président démocrate Bill Clinton avait duré 21 jours.

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