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Vers une pêche durable au concombre de mer

Drague remplie de concombre de mer

Pêche aux concombres de mer

Photo : Pêches et Océans Canada

Joane Bérubé

Depuis un an, une équipe de chercheurs de l'Institut Maurice-Lamontagne évalue le potentiel de pêche du concombre de mer ainsi que de nouvelles méthodes afin d'en faire une pêche durable dans le golfe du Saint-Laurent.

Au milieu de ses bassins, la scientifique Catherine Couillard caresse une masse brune, visqueuse et informe.

Exploité en Asie depuis des centaines d’années, le concombre de mer demeure tout de même un animal mystérieux. C’est particulièrement vrai pour l’espèce qui fréquente le Saint-Laurent, qui demeure une grande méconnue, mais plus pour longtemps.

Catherine Couillard, chercheuse à la direction des sciences démersales et benthiques de Pêches et Océans Canada, a en effet obtenu un contrat de recherche de deux ans pour apprivoiser la bête.

Mesure d'un concombre de merAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mesure d'un concombre de mer

Photo : Pêches et Océans Canada

Après 10 ans de pêche exploratoire dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le passage vers une possible pêche commerciale et durable doit passer par une meilleure connaissance de la biologie du concombre de mer. C’est le mandat de l’équipe de Catherine Couillard qui poursuivra en 2019 une deuxième année de travaux.

Il faut développer des méthodes pour que la pêche soit durable, pour protéger à la fois le concombre et l’habitat du concombre.

Catherine Couillard, chercheuse à la direction des sciences démersales et benthiques de Pêches et Océans Canada

Cette étude est d’autant plus importante que l’espèce se déplace peu et est très dépendante des conditions de son habitat pour se nourrir. C’est aussi une espèce très en demande sur les marchés asiatiques et qui, pour cette raison, a été, ailleurs dans le monde, une cible de la surpêche.

Mieux connaître le concombre de mer

Les méthodes appropriées afin d’obtenir des mesures fiables pour faciliter la surveillance de la pêche et maximiser les efforts de pêche tout en protégeant la ressource n’existent tout simplement pas.

Tous les protocoles sont donc à inventer, explique Catherine Couillard.

Un des principaux objectifs des travaux de l’équipe de la chercheuse est, entre autres, de déterminer la taille idéale des futures prises de concombres.

Le défi est… de taille, car celle du concombre varie beaucoup.

Les données recueillies en mer puis à quai par le ministère des Pêches et des Océans démontrent une grande variabilité des mesures selon le contenu en eau des concombres.

Le corps de l’animal, très élastique, peut se remplir et se vider d’eau. Pour le moment, les pêcheurs mesurent le concombre lorsqu’il se contracte, mais est-ce la bonne manière?

On regarde aussi l’effet du stress lorsqu’on le sort de l’eau, qu’est-ce que ça fait sur sa taille , précise la chercheuse Catherine Couillard.

Une femme parle au micro dans un laboratoireAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Catherine Couillard, scientifique et chercheure à la direction des sciences démersales et benthiques de Pêches et Océans Canada

Photo : Radio-Canada

Les concombres de mer sont vendus sur le marché asiatique éviscérés, cuits et séchés. Plus ils sont gros, meilleur est le prix. Les pêcheurs ont donc intérêt à ne pêcher que les plus volumineux pour maximiser les profits tout en conservant la ressource.

Est-ce que les concombres de mer rapportés à quai seront ceux qui seront de la bonne taille une fois séchés? C’est une partie de l’énigme.

À la recherche des bons paramètres

Pour en savoir plus sur le concombre de mer

Comme les données manquent, la recherche se penchera sur les facteurs qui peuvent influencer la taille des concombres de mer comme la contraction, mais aussi les sites fréquentés, le comportement saisonnier et même le jeûne.

Il est possible, explique Catherine Couillard, que le concombre de mer, si on lui donne moins à manger, rétrécisse aussi en taille. Quand on capture un petit concombre, il va falloir qu’on apprenne à savoir si c’est un vieux concombre qui a manqué de nourriture et qui a rétréci ou bien si c’est un jeune immature en pleine forme.

Des chercheurs évaluent les stocks de concombre de mer pour la première fois. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des concombres de mer récoltés en Gaspésie.

Photo : MPO

L’effet de la diète sur le concombre de mer sera mieux connu l’an prochain puisque l’équipe a dû au préalable développer certaines habiletés.

On connaît mal les méthodes d’élevage pour les concombres, c’est la première fois que nous en avons dans nos bassins. Déjà ça, c’est un défi!

Catherine Couillard, chercheuse à la direction des sciences démersales et benthiques de Pêches et Océans Canada

Il faut qu’on apprenne à les élever en bassins individuels parce qu’il faut être capable de donner une quantité de nourriture précise à chaque individu, ajoute la scientifique.

L’étude tentera aussi de valider des méthodes rapides pour déterminer le sexe et la maturité sexuelle. On va pouvoir faire correspondre l’apparence du gonopore, la couleur de la gonade, le stade de maturité et le sexe du concombre. On a besoin de ça pour déterminer la taille à maturité sexuelle et s’assurer de ne pas capturer des concombres qui n’ont pas eu le temps de se reproduire.

Collaborations

Cette étude sur le concombre n’est pas que l’apanage des scientifiques.

La Poissonnerie de Cloridorme, qui traite le concombre de mer depuis 2012, travaille aussi avec l’équipe de Catherine Couillard. On essaie de faire le lien entre la taille du concombre et le rendement en usine , précise la scientifique.

Noir avec une peau flétrie, les concombres sont très durs quand ils sont déshydratés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des concombres de mer déshydratés

Photo : Radio-Canada / Cecile Gladel

Sur le terrain, les Micmacs et les Malécites, qui pêchent le concombre de mer sur la rive nord du Saint-Laurent, sont aussi partie prenante de la recherche.

Les flottilles autochtones ont participé en octobre dernier au relevé scientifique réalisé par le biologiste à l’évaluation des stocks pour les microalgues et les échinodermes, Rénald Belley. La mission visait à évaluer l’abondance, la biomasse et la répartition du concombre de mer dans les eaux du versant nord de la Gaspésie, entre Cap-Gaspé et Sainte-Anne-des-Monts.

Ce fut aussi une occasion de tester les méthodes et protocoles testés en laboratoire par l’équipe de Catherine Couillard.

La recherche sur le terrain s’est aussi attardée aux impacts des différents modes de pêche, dont l’utilisation de la drague sur les fonds marins.

L'équipe de chercheurs effectue le relevé entre Cap Gaspé et Sainte-Anne-des-Monts.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'équipe de chercheurs effectue le relevé entre Cap Gaspé et Sainte-Anne-des-Monts.

Photo : MPO

Certains permis exploratoires permettent aussi depuis quelques années d’analyser le potentiel de la plongée sous-marine qui n’a pas de conséquences sur les autres espèces et le fond marin.

L’analyse des résultats est en cours et devrait être connue à la fin du mois mars ou au début d’avril.

Rénald Belley estime qu’à première vue la population de concombre de mer de la côte gaspésienne est en santé et qu’une pêche commerciale pourrait y être autorisée.

Les données recueillies serviront à la prochaine évaluation des stocks prévue en 2020.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune marine