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analyse

La peur d’avoir peur d’une récession

Des négociateurs à la Bourse de New York (NYSE) le 27 décembre 2018

Les marchés boursiers sont volatils depuis octobre en raison des craintes de récession.

Photo : Reuters / Eduardo Munoz

Gérald Fillion

ANALYSE - « Un cycle économique ne meurt pas de vieillesse », a lancé l'économiste Clément Gignac à RDI économie lundi soir. Autrement dit, même si l'économie américaine est en croissance depuis 10 ans, ce qui est historiquement très long, et même si les bourses envoient des signaux d'inquiétude à propos d'une récession possible et prochaine, un repli économique à ce point-ci n'est pas une fatalité.

Il faut dire qu’il est particulièrement difficile de s’y retrouver depuis quelques semaines quand on constate que les marchés boursiers américains viennent de connaître leur pire mois de décembre depuis 1931 avec une chute de 15 %, alors qu’au même moment, la croissance de l’emploi aux États-Unis a dépassé toutes les attentes avec une création nette de 312 000 emplois au cours du dernier mois de l’année 2018.

La bourse est un indicateur avancé de l’économie, mais « la bourse a prédit probablement 10 des 5 dernières récessions », a dit Clément Gignac à la blague rappelant que les opérateurs de marché exagèrent, amplifient, réagissent avec beaucoup d’émotion à différentes informations, rumeurs, attentes et incertitudes.

Et dans ces circonstances, l’économiste est d’avis que les risques de récession ne s’élèvent qu’à 20 % ou 25 %. Ce repli ne pourrait survenir qu’en 2021, une projection qui rejoint, il faut le dire, les prévisions de plusieurs autres économistes. Si tel est le cas, les États-Unis auront connu leur plus longue période de croissance de l’après-guerre. Actuellement, la croissance est continue depuis 115 mois. Le record est de 120 mois, de mars 1991 à mars 2001.

Chine, Brexit, Powell

Alors, oui, la croissance sera plus lente en 2019, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, en raison des risques géopolitiques. Plusieurs économistes révisent à la baisse leurs prévisions pour la Chine, dont les exportations sont légèrement affectées par les tarifs douaniers de l’administration Trump. Mais, l’effet de ces tarifs demeure faible, selon Clément Gignac, puisque les exportations vers les États-Unis ne représentent que 4 % du PIB de la Chine.

De plus, une entente commerciale entre les deux pays semble se dessiner, ce qui pourrait réduire considérablement les pressions à la baisse sur l’économie mondiale.

Il faudra surveiller, en 2019, le processus de séparation du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les députés à la Chambre des communes à Londres doivent se prononcer le 15 janvier sur l’accord de retrait négocié entre l’Union et le gouvernement de Theresa May. Cela dit, que le Brexit se fasse en douceur ou de façon désordonnée, encore là, dit Clément Gignac, l’effet devrait être contenu au marché britannique et à la livre sterling avec, au pire, un certain impact négatif sur l’économie européenne.

Et puis le patron de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell a laissé entendre vendredi dernier qu’il serait patient dans son processus de hausse de taux alors que l’inflation est maîtrisée. Il pourrait reporter à l’été la prochaine majoration du taux directeur aux États-Unis, ce qui pourrait stabiliser les marchés boursiers.

Les profits des entreprises demeurent élevés, même si leur croissance sera plus faible en 2019, les banques continuent de prêter de l’argent, le chômage est faible, les niveaux d’épargne augmentent. Bref, les éléments d’une récession ne semblent pas encore en place.

Trump, Trump, Trump

Mais la situation politique à Washington demeure un risque important. Donald Trump demeure imprévisible, les départs se multiplient à la Maison-Blanche et une procédure de destitution pourrait être enclenchée. De plus, la paralysie budgétaire a peu d’impact économique, mais il ne faudrait pas que ça dure des mois, tout de même. Il faut s’attendre à d’autres affrontements entre le président Trump et la majorité démocrate qui vient de prendre le contrôle de la Chambre des représentants.

Alors, si on résume la chose. Sur le plan strictement économique, nous sommes en croissance et les bases fondamentales de l’économie demeurent solides. De plus, les hausses de taux d’intérêt devraient ralentir. Cela dit, la guerre commerciale que mène l’administration américaine ralentit la croissance mondiale, affecte négativement nombre d’entreprises aux États-Unis et perturbe les relations commerciales. Et les tensions géopolitiques - États-Unis, Chine, Russie, Iran, Arabie Saoudite, Royaume-Uni - demeurent des risques réels.

Et avec le cycle économique qui est long, on semble comprendre que c’est davantage la peur d’avoir peur qui provoque des vagues sur les marchés boursiers ces jours-ci.

J’en profite, au nom de l’équipe de RDI économie, pour vous souhaiter une excellente année 2019!

Économie