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Les cliniques d’hiver de la ministre McCann pour contrer l’engorgement des urgences

Des civières sont alignées dans un corridor.
Le phénomène des urgences qui débordent n'est pas nouveau : cette photo a été prise à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal en novembre 2002. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le taux d'occupation des civières est actuellement élevé dans les urgences de la grande région de Montréal, si bien que la ministre de la Santé, Danielle McCann, propose de mettre sur pied des « cliniques d'hiver ».

En Montérégie, à Salaberry-de-Valleyfield, l’urgence de l’Hôpital du Suroît affiche un taux d’occupation de 255 %, alors que dans le nord de l’île de Montréal, l’Hôpital Fleury en est à 172 %. Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres hôpitaux dont le taux d’occupation à l’urgence dépasse 100 %.

« Pendant les mois d'hiver, il faut augmenter l'accessibilité des cliniques médicales, des médecins et des équipes de première ligne et nous travaillons en ce sens en ce moment », indique la ministre, qui était de passage au micro de Gravel le matin, mardi.

La nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann croit qu'il faut changer d'approche notamment envers les médecins de famille. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann Photo : Radio-Canada

Elle indique vouloir étirer les plages horaires d'ouverture des cliniques, afin qu'elles soient ouvertes le soir et la fin de semaine, mais aussi le jour, en surcapacité.

On est en train de travailler très fort dans les régions qui ont plus de difficultés au niveau des urgences, en Montérégie, dans les Laurentides, Lanaudière, Laval et Montréal.

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Montréal et la couronne de l'île sont les deux régions les plus problématiques au Québec, souligne l'élue caquiste, qui assure être prête « à investir le budget requis ».

Les cliniques d'hiver s'adresseront aux citoyens « qui ont des problématiques mineures, entre autres la grippe ou la gastroentérite, mais aussi d’autres problèmes comme un mal à l’oreille, une blessure mineure, [ou qui ont besoin d'un] renouvellement d’ordonnance », indique-t-elle.

Des médecins volontaires

La ministre rappelle que les médecins de famille se sont engagés auprès du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour être plus disponibles pour les patients durant les mois d'hiver.

La successeure de Gaétan Barrette à la Santé indique qu’elle a demandé la participation des groupes de médecine de famille (GMF) et des CLSC de la région métropolitaine afin qu’ils augmentent leur disponibilité.

Vingt-cinq cliniques à Montréal ont levé la main et sont prêtes à étendre leurs heures d'ouverture ainsi qu’à rendre disponibles des médecins omnipraticiens, et ce, dès la semaine prochaine, assure la ministre.

« Dans une clinique où il y a 10-15 médecins qui pratiquent, si chaque médecin est capable de voir de 2 à 4 patients de plus par jour, ça finit par faire des chiffres appréciables d’une trentaine, d’une quarantaine de visites de plus par clinique », explique le directeur des services professionnels au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, le Dr François Loubert, qui participera à la mise en place de ces cliniques.

« Si on multiplie ça par le nombre de cliniques sur l’île de Montréal qui vont être en mesure d’être des cliniques hivernales, ça devrait [...] répondre aux besoins », dit-il.

Être prêt pour l'hiver prochain

Tous les ministres de la Santé doivent réfléchir à des solutions pour désengorger les urgences et rares sont ceux qui découvrent la recette miracle. Pourquoi serait-ce différent cette fois?

« Idéalement, les cliniques d'hiver devraient commencer en décembre, avant le temps des fêtes, et c'est ce qu'on va faire l'année prochaine, explique la ministre. Il y a plus de besoins l'hiver et il faut planifier ces cliniques-là au mois de septembre. Il faut le faire d'avance, et cette année, on le fait de façon accélérée. C'est pour ça qu'on commence le déploiement la semaine prochaine. L'année prochaine, on va commencer en décembre et ça ira jusqu'en avril. »

S'il accueille de façon positive la mise en place de cliniques appropriées pour faire face à la période de la grippe, « comme dans certains pays », l'infectiologue Richard Marchand, de l'Institut de cardiologie de Montréal, estime que le gouvernement était déjà capable de voir venir le problème.

Si vous êtes capable de prévoir qu’il va y avoir de la neige en hiver, vous êtes capable de prévoir qu’il va y avoir de la grippe aussi.

Dr Richard Marchand, infectiologue, Institut de cardiologie de Montréal

La ministre de la Santé assure donc avoir la collaboration de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) pour lancer ses « cliniques d'hiver ». Mais qu'en est-il du personnel infirmier, qui, on le sait, ne suffit pas actuellement à la tâche? « On doit commencer par trouver des solutions pour atténuer la charge de travail dans les établissements où la situation est criante, comme à Saint-Eustache ou à l'Hôpital du Suroît », lance-t-elle.

Par ailleurs, Mme McCann soutient qu’il n'y a pas de pénurie d'infirmières auxiliaires au Québec, puisque seulement 38 % travaillent à temps complet. « Voilà du personnel qui pourrait nous aider dans certaines régions », pense-t-elle.

« L’infirmière auxiliaire fait partie de la solution. », rappelle la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, Carole Grant.

Elle est là, c’est une professionnelle de la santé qui est disponible. […] Par son travail, elle désengorge beaucoup le travail des autres professionnels en soin autour d’elle.

Carole Grant, prés. Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec

La ministre McCann n’exclut pas la possibilité de créer des postes permanents pour ces emplois.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui compte près de 76 000 membres, dont de nombreuses infirmières et infirmières auxiliaires, on voit cette proposition d’un bon œil.

« Ce n’est pas la solution miracle, mais ça va quand même aider un peu la situation à l’urgence. C’est sûr qu’il va y avoir des volontaires », affirme Denyse Joseph, vice-présidente de l'organisation syndicale en entrevue téléphonique.

Mme Joseph rappelle qu'au Québec, environ 40 % des infirmières auxiliaires et 55 % des infirmières travaillent à temps complet. Dans bien des cas, souligne la VP de la FIQ, elles ne veulent pas de postes à temps complet, car cela s'accompagne d'une perte de contrôle sur leur vie : « Quand on travaille à temps complet dans une urgence à l’hôpital, on nous force à faire du temps supplémentaire obligatoire. Donc on nous force plus à rester quand on est à temps complet. »

« Mais quand on prolonge les heures de disponibilité des cliniques, que ce soit les GMF ou d'autres cliniques médicales, les infirmières savent à l’avance de quelle heure à quelle heure elles vont travailler », poursuit-elle.

Denyse Joseph croit donc que l'idée de Danielle McCann est « quelque chose de positif » qui va « aider la population et les professionnels en soin » et qui va aider à désengorger les urgences.

Elle ajoute toutefois un bémol. « Les patients vont être en mesure de voir un médecin ou une infirmière praticienne beaucoup plus rapidement, mais par contre, ça ne va pas diminuer le nombre de patients sur civières dans les urgences, lance-t-elle. Ces patients-là sont en attente d’un lit à l’hôpital ou sont en observation. Cette partie-là ne va pas changer grâce à l’ajout d’heures de disponibilité des différentes cliniques. »

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