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Palmarès des destinations touristiques disparues

Sur la page Facebook Hippie trail, de nombreux routards partagent leurs souvenirs de voyages des années 60 et 70. C'est le cas de Bruce Aydlett qui a traversé l'Afghanistan.
Sur la page Facebook Hippie trail, de nombreux routards partagent leurs souvenirs de voyages des années 60 et 70. C'est le cas de Bruce Aydlett qui a traversé l'Afghanistan. Photo: Page Facebook hippie trail
Radio-Canada

À chaque début d'année, les guides touristiques et les grands journaux publient leur classement des destinations tendance de l'année. Où voyager en 2019? Nous avons décidé de faire l'inverse pour vous présenter un palmarès de 10 destinations disparues.

Un reportage de René Saint-Louis, journaliste à l'émission Le 15-18

Les pays qui se retrouvent en tête de liste des destinations disparues sont ceux situés au coeur de la piste des hippies, aussi connue sous le nom de route des Indes.

Dans les années 60 et 70, cette route permettait de relier l'Europe à l'Asie par voie terrestre. Les routards, y compris les premiers Québécois à voyager, se rendaient donc en Europe en avion avant de poursuivre leur voyage en bus, en train, en voiture ou en stop. Ils traversaient la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan pour enfin atteindre l'Inde et le Népal, destinations phares de ces voyageurs.

Carte démontrant un tracé touristique.La route des Indes ou Hippie trail consistait à partir de l'Europe pour se rendre aux Indes par voie terrestre. Photo : Creative commons / Page Hippie trail de Wikipedia

1) L'Afghanistan

L'Afghanistan figure en première place des destinations touristiques disparues. Kaboul, un piège à touriste! Vous n'y croyez pas? Pourtant, en 1973, Lonely Planet publie son tout premier guide de voyage qui a pour titre Across Asia on the Cheap (À travers l'Asie, pas cher) dans lequel on écrit que la capitale de l'Afghanistan est une zone de passage où il ne faut pas trop s'attarder. « Kabul is a fly in, fly out tourist trap », peut-on lire.

André St-Louis a fait la route des Indes en 1975 et 1976. Il se souvient des hôtels agréables de Kaboul avec de grands balcons de bois qui faisaient le tour des cours intérieures. Il y avait souvent de petits cafés attenants. « C'était pas dégueulasse du tout. Au contraire, c'était de très jeunes voyageurs. Mais c'était rempli, ça débordait un peu trop! ».

Il s'est aussi arrêté à Bamiyan, un peu à l'ouest de Kaboul, pour voir les célèbres Bouddhas. L'endroit était calme comparé à Kaboul, se souvient André St-Louis. « Il n'y avait que quelques hôtels de routards et les Afghans étaient reconnus pour leur gentillesse », dit-il.

Ces deux statues géantes sculptées à même une falaise et classées au patrimoine mondial de l'UNESCO ont été détruites en 2001 par les talibans.

L'Afghanistan avait été envahi par l'Union soviétique en 1979. Une guerre civile a suivi le retrait des troupes russes en 1989. Conflit après conflit, le pays n'est jamais redevenu touristique.

2) L'Iran

Toujours en 1979, une révolution nouveau genre a ébranlé le monde : la révolution islamique iranienne. La fermeture simultanée de l'Iran et de l'Afghanistan a mis un terme à la route des Indes et obligé les voyageurs à prendre l'avion pour se rendre en Asie.

Le tourisme en Iran reprend peu à peu. Les voyageurs peuvent maintenant obtenir un visa à l'arrivée dans le pays et y circuler librement. Cependant les citoyens des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada ne peuvent s'y rendre que dans le cadre d'un voyage organisé.

André St-Louis a aussi traversé l'Iran en 1975. Il se souvient que pour les voyageurs qui arrivaient à la frontière iranienne, la modernité du pays face à ses voisins était frappante.

On avait le goût de demander aux gardes-frontières s'ils étaient habillés par Pierre Cardin tellement ils étaient chics. Une carte de mode, c'était ça l'Iran du Shah : moderne, moderne, moderne!

André St-Louis, routard des années 70 et 80

3) Le Pakistan

Officiellement, le Pakistan est toujours ouvert au tourisme, mais peu d'Occidentaux s'y aventurent. Le gouvernement canadien déconseille tout voyage dans le pays en raison de l'insécurité qui y règne. Depuis le début des années 2000, les touristes ont déserté les hautes montagnes du Cachemire et du nord-ouest pakistanais.

Les amateurs de longues randonnées se rabattent de nos jours sur le Népal. Des agences spécialisées continuent cependant d'organiser des voyages de groupes au Pakistan.

Vue sur un sommet enneigé Le sommet du K2 situé dans le nord du Pakistan. Photo : iStock / Patrick Poendl

Pour le fondateur de l'agence de voyages Karavaniers, Richard Rémy, les plus belles montagnes de la planète sont au Pakistan, « encore plus belles qu'au Népal ». Ce pays pourrait redevenir touristique, croit-il, mais les gens qui vivaient du tourisme se sont trouvé d'autres emplois. L'industrie touristique est donc à reconstruire et cela prend du temps.

4) La Syrie

La Syrie est un livre d'histoire à ciel ouvert. Les villes millénaires d'Alep et de Damas attirent les voyageurs depuis la fin du 19e siècle. La guerre civile qui y fait rage depuis 2011 a cependant mis fin au tourisme en plus d'endommager gravement certains de ses plus beaux joyaux comme l'antique cité de Palmyre. Mais il ne faut pas croire que tout a été détruit en Syrie, estime Richard Rémy. La Syrie est un pays qui recèle de nombreuses richesses et il reste beaucoup à voir, dit-il.

Vue d'un théâtre à ciel ouvert.Le théâtre de la ville de Palmyre, en Syrie, avant sa destruction par Daech Photo : iStock

5) L'Irak

L'Irak n'a jamais été très touristique, mais l'a toujours été un peu... Dans les années 60 et 70, certains routards qui se dirigeaient vers l'Asie sur la route des Indes choisissaient l'itinéraire sud qui les faisait passer par la Syrie, la Jordanie et l'Irak. Cela permettait de voir au passage les sites antiques de Jerash et de Pétra en Jordanie, avant de remonter vers Babylone en Irak. Bagdad, la capitale rêvée des mille et une nuits exerçait aussi un certain attrait.

Le tourisme a pris fin avec l'invasion américaine du pays en 2003. Les touristes avaient cependant commencé à bouder l'Irak quand les troupes de Saddam Hussein avaient envahi le Koweït en 1990.

Vue d'une stèle montée sur une façade d'un bâtiment.La cité antique de Hatra, en Irak, a été occupée pendant deux ans par les combattants du groupe armé État islamique. Photo : Associated Press / Antonio Castaneda

6) Le Yémen

Situé à l'extrême sud de la péninsule arabique, le pays ne s'est ouvert au tourisme que dans les années 80. Le pays de la Reine de Saba, qu'on appelait aussi l'Arabie heureuse, compte quatre sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, dont la capitale Sanaa, un joyau de l'architecture mondiale. Tout comme en Syrie, une guerre civile y fait rage depuis le printemps arabe de 2011.

Une série de bâtiments alignés sur une rue avec des montagnes à l'horizon.La ville de Shibam au Yémen fait partie des sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Photo : Wikipedia

7) Libye

La Libye du colonel Kadhafi, touristique? Obtenir un visa a toujours été difficile, mais au milieu des années 2000, environ 200 000 touristes par année visitaient la Libye. Le fondateur de l'agence de voyages Karavaniers, Richard Rémy, a fait le voyage en 2005. C'est un pays où on retrouve les plus belles ruines de citées grecques et romaines, dit-il. Mais ce sont les dunes du désert de Libye qui attiraient aussi les touristes les plus aventuriers.

Ce sont les plus hautes dunes de sable du monde. On parle de dunes qui dépassent 300, 400 mètres. C'est gigantesque. La légende veut qu'Alexandre le Grand ait perdu une partie de son armée dans ce désert. Ça fait partie des déserts les plus inaccessibles, mais aussi les plus beaux. 

Richard Rémy, fondateur de l'agence de voyages Karavaniers
Vue du désert de Libye.Le fondateur de l'agence de voyages Karavanier, Richard Rémy, s'est rendu dans le désert de Libye en 1985. Photo : Richard Rémy / Agence de voyage Karavanier

8) Le Mali

Autre pays d'Afrique, le Mali a été comme la Libye un pays qui attirait des touristes assez aventuriers. Deux zones étaient touristiques : le pays Dogon, une région de falaises avec des villages en contrefort, et plus au nord la ville sainte de Tombouctou.

Le Montréalais François Guerard s'est rendu en 2006 à Tombouctou, surnommée la perle du désert ou encore la ville aux 333 saints en raison des multiples tombeaux qui parsèment la ville. Il se souvient des vieilles mosquées construites en sable.

On dirait que tous les monuments là-bas sont des châteaux de sable entretenus.

François Guerard

La ville est aussi connue pour ses bibliothèques qui contiennent des milliers de manuscrits des 17e, 18e, et 19e siècles. Ils sont détenus par les grandes familles de la ville qui avaient l'habitude d'ouvrir les portes de leur bibliothèque aux touristes.

La ville a été prise d'assaut par les islamistes en 2012. Les touristes ont depuis déserté le pays.

9) Le Venezuela

Il y a à peine quelques années, la Isla de Margarita au Venezuela attirait un tourisme de masse. Les plus aventuriers préféraient la jungle où se trouvent d'étranges montagnes aux sommets plats appelées tepuys. La plus haute chute du monde, le Salto Ángel, avec ses 979 mètres, se trouve sur l'une de ces montagnes. Le pays fait en ce moment face à une crise politico-économique majeure. Des milliers d'habitants fuient vers les pays voisins.

10) Le Tibet

Depuis 1950, le Tibet n'est plus un pays, mais une région de la Chine. Certains diront que le Tibet a toujours été fermé aux touristes et ils n'ont pas tort. La région ne se visite qu'en voyage organisé sous supervision d'un accompagnateur chinois. Seules quelques parties du pays, comme la capitale Lhassa, peuvent être visitées.

Un bâtiment dans une vallée.Un monastère au Tibet en 2008 Photo : Richard Rémy / Agence de voyage Karavanier

Il y a cependant eu de brèves périodes d'ouverture au tourisme solo dans les années 80. La dernière remonte à 2008, année des Jeux olympiques de Pékin.

Pour de nombreux routards, le Tibet représente l'ultime frontière. « C'est une destination mythique pour plein de raisons réelles, ce n'est pas surfait », croit Richard Rémy.

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