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Jeûner pour maigrir : une tendance qui ne fait pas l'unanimité

La Dre Èvelyne Bourdua-Roy (à gauche) recommande le jeûne intermittent à ses patients. On la voit ici en compagnie de Nathalie Laforest, qui a perdu près de 100 livres depuis 12 mois grâce au jeûne. Photo: Radio-Canada / Davide Gentile
Radio-Canada

Chaque semaine, Nathalie Laforest prend part à des séances de vélo stationnaire avec un groupe de la région de Sorel. Et contrairement à ce que font la plupart des sportifs, elle s'entraîne à jeun. « Ça fait près de 23 heures que je n'ai rien mangé », dit la femme de 49 ans, qui pédale souvent le ventre vide.

Un texte de Davide Gentile

Ses compagnons cyclistes constatent qu'elle a perdu beaucoup de poids depuis quelques mois. « Il y a un changement physique incroyable », affirme une partenaire d'entraînement.

Le jeûne intermittent est une panacée pour certains et est inutile pour d'autres. Chose certaine, il gagne en popularité. Nathalie Laforest est devenue une adepte après avoir reçu un avertissement de sa médecin, en 2017. Elle pesait alors un peu plus de 250 livres. « Elle me dit : "T'as essayé pas mal toutes les diètes, il te reste la chirurgie bariatrique". Ça a été un choc », raconte-t-elle.

En désespoir de cause, elle décide de sauter certains repas. « Les premiers jeûnes intermittents, c'est vraiment difficile », se remémore-t-elle en compagnie de sa conjointe Nathalie Roy, qui a elle aussi adopté la technique du jeûne pour maigrir.

Chaque matin, elles ne consomment qu'un café et y ajoutent un peu de beurre et de la crème. Quelques jours par semaine, le jeûne se prolonge jusqu'au souper.

En date du 17 décembre dernier, Mme Laforest estimait avoir perdu 85 livres, et ce, depuis janvier 2018. Ses bilans sanguins se sont aussi améliorés. « Je pense que mes prochains résultats vont être parfaits », dit-elle alors.

Une semaine plus tard, chez sa médecin, les résultats semblent concluants. « Si je ne savais pas ton âge, je te dirais que c'est le bilan sanguin d'une femme de 25 ans ! » lui lance la Dre Èvelyne Bourdua-Roy, visiblement ravie du bilan sanguin de sa patiente. Sa glycémie est redevenue normale et sa pression artérielle est plus basse. Sans parler de sa perte de poids, qui se poursuit. « Tu étais à 254 livres, et là, tu es descendue à 163,8 livres. Félicitations ! » dit la médecin, visiblement ravie des résultats.

La Dre Bourdua-Roy, qui propose le jeûne intermittent et une alimentation faible en glucides à plusieurs patients, observe des résultats positifs chez plusieurs d'entre eux.

Il y a une amélioration progressive du taux de sucre dans le sang. On voit aussi souvent le cholestérol s’améliorer et la pression artérielle baisser.

La Dre Évelyne Bourdua-Roy

Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l'Institut de cardiologie de Montréal, prône aussi le jeûne intermittent pour ses patients qui souffrent d'embonpoint persistant. « L'effet est significatif pour l'hypertension, pour combattre le diabète de type 2 et le mauvais cholestérol », dit-il.

Entrevue avec Martin Juneau, directeur de la prévention à l'Institut de cardiologie de Montréal.

L'Ordre des diététistes sceptique

Les nutritionnistes, eux, sont nettement plus sceptiques face à cette tendance.

« Même mon mécanicien me parle de son jeûne intermittent », lance Paule Bernier, présidente de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec. Selon elle, une simple diète de restriction calorique est aussi efficace que le jeûne intermittent.

La grande question est de savoir si on peut avoir ce mode de vie à long terme. Et la réponse est probablement non.

Paule Bernier, présidente de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec

Mais le jeûne intermittent serait différent des autres diètes, parce qu'il provoquerait une accélération du métabolisme, croit le cardiologue Juneau. « L'autre avantage, c'est que c'est simple. On n'a pas à mesurer quoi que ce soit », insiste-t-il. Le Dr Juneau affirme qu'après quelques jeûnes, la sensation de faim disparaît. Une opinion que partage la Dre Bourdua-Roy : « On boit de l'eau ou du bouillon de poulet et la faim ne se fait pas sentir. »

Les diététistes estiment qu'il n'existe pas assez d'études sur le jeûne pour le proposer. « On a peu d'études chez les humains. La majorité des données que l'on a sont chez les rongeurs », explique Paule Bernier.

Martin Juneau parle de son côté de centaines d'études crédibles. Il ajoute toutefois que d’autres études sont nécessaires pour mieux jauger les avantages thérapeutiques du jeûne intermittent. Le secteur privé a peu intérêt à financer ce type d'études, croit-il, faute de perspectives de profits : « Il n'y a pas un médicament payant au bout de l'étude. Ça prend une étude financée par le gouvernement. Or, les fonds pour la recherche sont très limités. »

Quoi qu'il en soit, Nathalie Laforest va poursuivre ses jeûnes intermittents. Elle fêtera son 50e anniversaire en février et veut s'offrir une participation au grand défi Pierre Lavoie, en juin prochain. « C'est mon Everest, le plus grand défi de ma vie », conclut-elle.

Tous les professionnels de la santé consultés dans la préparation de ce reportage incitent toute personne qui veut entreprendre une forme de jeûne à faire preuve de prudence. « Les personnes qui prennent des médicaments doivent vraiment consulter les professionnels avant de commencer un jeûne » indique Paule Bernier, présidente de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ).

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