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Opioïdes, Valium et Ativan, un dangereux cocktail

Des pilules sorties d'un flacon, dispersées sur une surface.
La dangerosité de l'interaction entre les opioïdes et des médicaments comme le Valium, l'Ativan et le Xanax a été peu abordée. Photo: iStock / Getty Images/Moussa81
CBC News

La crise des opioïdes qui frappe le Canada a fait plus de 9000 morts au cours des trois dernières années. On parle cependant peu du rôle souvent joué dans ces décès par l'interaction des opioïdes avec les benzodiazépines, des médicaments couramment utilisés, comme le Valium, l'Ativan et le Xanax.

En Nouvelle-Écosse, par exemple, les benzodiazépines ont été retrouvées dans le sang de plus de la moitié des 442 victimes liées aux opioïdes entre 2011 et la fin d'octobre 2018. Dans la plupart des cas, on parle de surdoses accidentelles. Cette proportion est semblable à celle étudiée au Nouveau-Brunswick, alors qu’elle est supérieure à 40 % au Manitoba.

En Ontario, une étude dont les données probantes remontent à 2015 a révélé que les benzodiazépines étaient présentes dans le sang de la moitié des victimes des opioïdes.

Il n'existe toutefois pas de données pancanadiennes, et il semble que le rôle des benzodiazépines soit moins répandu dans certaines régions durement touchées par l'épidémie de fentanyl. En Alberta, par exemple, elles auraient contribué à la mort de victimes de surdose dans relativement peu de cas.

Mais le risque est réel. D’ailleurs, aux États-Unis, les autorités fédérales ont lancé un avertissement de type « boîte noire » – le plus sévère – sur les risques liés à la combinaison de certains opioïdes avec des benzodiazépines.

En fait, le cocktail de benzodiazépines et d'opioïdes peut être si mortel que le mélange a même déjà été utilisé pour tuer des prisonniers aux États-Unis. En 2014, l'Ohio a exécuté un condamné pour meurtre, Dennis McGuire, à l'aide de benzodiazépine, le midazolam, un sédatif chirurgical, et d'un opioïde, l’hydromorphone. Le décès avait été constaté 25 minutes plus tard.

Le même mélange a aussi été utilisé cette année-là en Arizona sur un autre condamné à la peine capitale. La mort était survenue deux heures plus tard.

« Il existe de très bonnes preuves que si vous donnez des benzodiazépines en même temps que des opioïdes, vous augmentez le risque de décès par intoxication, soutient le Dr Matthew Bowes, médecin légiste en chef de la Nouvelle-Écosse. C'est ce qui ressort de notre expérience à la morgue. »

Les benzodiazépines sont utilisées depuis les années 60 pour traiter les crises d'épilepsie, l'insomnie et l'anxiété. Elles agissent sur des récepteurs du système nerveux central qui ne sont pas les mêmes que ceux touchés par les opioïdes. Cependant, les deux produits peuvent déprimer le système respiratoire. Lorsqu'ils sont pris ensemble, ils peuvent donc avoir des conséquences mortelles, en ralentissant la respiration jusqu'à l'arrêt.

Un système de santé qui perpétue le problème

« Le problème n'est pas nouveau », dit Dave Martell, un médecin de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, qui se spécialise dans le traitement de la toxicomanie et dirige plusieurs cliniques rurales dans le sud de la province.

« Je pense que nous découvrons que les benzodiazépines sont un problème, parce que nous commençons à peine à les examiner. En fait, elles posent problème en ce qui concerne les pratiques de prescription depuis les années 70. C'était une chose cachée », poursuit-il.

Une étude de 2833 décès liés aux opioïdes en Ontario de 2013 à 2016 met cette situation en lumière. On y apprend que dans environ 30 % des cas, la victime avait une ordonnance active de benzodiazépines. Dans des centaines de cas, un opiacé avait été prescrit en même temps, souvent pour soulager une douleur.

Les pratiques de prescription sont aussi montrées du doigt par le Dr Keith Ahamad, médecin de famille et chercheur au British Columbia Centre on Substance Use.

« L'épidémie actuelle de surdose d'opioïdes a levé le rideau sur le fait que nous n'avons pas un système adéquat pour traiter les toxicomanies, explique-t-il. En fait, le système de santé aggrave la situation. »

Le cas de Kody Cook

Wendy Golden montre des photos de son fils Kody Cook, à sa maison de Amherst, en Nouvelle-Écosse.Wendy Golden montre des photos de son fils Kody Cook, à sa maison de Amherst, en Nouvelle-Écosse. Photo : Radio-Canada / Steve Lawrence/CBC

Le fils de Wendy Golden, qui habite à Amherst, en Nouvelle-Écosse, est mort de la combinaison de méthadone et de benzodiazépine.

Kody Cook fumait du cannabis et aimait la Budweiser, mais a été qualifié d'utilisateur « naïf » par le coroner. En d'autres termes, il n'était guère un drogué.

Wendy Golden a pourtant retrouvé son fils mort sur le canapé le 24 juin 2014, après son quart de travail dans un dépanneur local. Quand elle est allée réveiller le jeune homme de 20 ans pour qu'il se rende dans son lit, elle a réalisé qu'il ne respirait plus.

« Quand l'ambulance est arrivée, j'ai dit : “S'il vous plaît, quoi que vous fassiez, ne le laissez pas partir. Je ne peux pas perdre un autre fils. […] C'est comme ça que ça devait se passer, je suppose” », dit celle qui avait déjà perdu un fils dans un incendie en 2009.

Après la mort de Kody, il est devenu clair que la dose de méthadone sur ordonnance et le clonazépam, un sédatif que lui avait vendu son collègue, lui avaient été fatals.

Wendy Golden a alors exhorté la police à enquêter.

En décembre 2015, le collègue de Kody, Neil Calder, a été accusé d'homicide involontaire et de trafic de drogue. Six mois plus tard, il plaidait coupable et a été condamné à deux ans et deux mois de prison. Sa peine s'est officiellement terminée en septembre.

Neil Calder s'était excusé au tribunal, disant qu'il n'avait jamais voulu que Kody meure.

« C'est tout ce que je voulais qu'il fasse. Se lever et dire : “Oui, c'était moi”. Assumer la responsabilité de ses actes. C'était assez pour moi », explique Wendy Golden.

Le cas de Jason Marcel LeBlanc

M. Leblanc est dans une chambre avec des casquettes au mur. Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

Jason Marcel LeBlanc avait dans sa poche un sac rempli de benzodiazépine, du bromazépam, lorsqu'il est mort au matin du 31 janvier 2016 dans une cellule de l'établissement correctionnel du Cap-Breton, à Sydney, en Nouvelle-Écosse.

Les gardiens de la prison n'avaient pas trouvé les pilules lorsqu'il était arrivé 14 heures plus tôt, après avoir été arrêté par la police pour violation de liberté conditionnelle.

Avant son arrestation, il avait pris de la méthadone achetée illicitement. La vidéo de sa cellule le montre, apparemment en train d’avaler une partie du bromazépam. La combinaison l'a tué.

Son père, Ernie LeBlanc, dit que son fils de 42 ans a souffert de graves épisodes d'anxiété liés à sa longue lutte contre une dépendance aux opiacés qui avait commencé lorsqu'il travaillait dans l'ouest du pays. Il s'automédicamentait avec des « pilules pour les nerfs » achetées dans la rue, selon lui.

Selon un texte de Richard Cuthbertson, de CBC News

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