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Le nombre d'adoptions internationales toujours en baisse

Deux jeunes enfants assis sur un tapis.

De moins en moins d'enfants sont adoptés à l’international.

Photo : iStock

Bernard Barbeau

S'il est bien connu que la Chine est le pays d'origine de nombreux petits Canadiens adoptés à l'étranger, il y en a maintenant davantage qui viennent des États-Unis. Mais globalement, le nombre d'adoptions outre-frontière diminue sans cesse depuis une dizaine d'années.

Le nombre d'enfants que les Canadiens adoptent à l'extérieur du pays a dégringolé de plus de 2100 en 2009 à moins de 800 en 2017. Et à moins que le mois de décembre ait été phénoménal, il n'y a pas eu de renversement l'an dernier : il y en a eu 614 de janvier à novembre 2018, selon des données que le ministère fédéral de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a fait parvenir à Radio-Canada.

La même tendance est observée un peu partout dans le monde.

Ottawa explique cette baisse par la multiplication des méthodes permettant de devenir parent, comme les traitements contre l’infertilité ou la fécondation in vitro. Mais aussi, l’imposition de normes plus sévères dans certains pays et l'amélioration des systèmes d'adoption internes font en sorte que de moins en moins d'enfants sont confiés à des parents étrangers.

Qui plus est, la donne a complètement changé en Chine, pays vers lequel se tournaient une multitude d'aspirants parents, notamment parce que l'explosion démographique d'il n'y a pas si longtemps a fait place à un problème de natalité.



Adopter un enfant à l’étranger est une démarche complexe, longue et coûteuse – jusqu'à 65 000 $. Et de plus en plus, les enfants à la recherche de parents sont atteints de divers problèmes de santé.

Pourquoi adopter à l'étranger, alors? Le faire au Canada veut souvent dire adopter un enfant plus âgé, qui peut avoir vécu de la négligence ou de la maltraitance, et dont les parents biologiques pourraient chercher à en récupérer la garde, ce qui « fait peur à beaucoup de personnes », avance Sylvie Valcourt, directrice générale de l'organisme Enfants du monde, un organisme d’adoption internationale sans but lucratif, installé à Laval.

Si des parents s'investissent émotivement auprès d'un enfant, ce n'est pas pour le redonner à ses parents biologiques. Quand on veut être parents – et pas famille d'accueil –, c'est plus réaliste de penser à l'étranger, parce que l'adoption est finale.

Sylvie Valcourt, directrice générale, Enfants du monde

Le processus d’adoption internationale est géré par les provinces et territoires. La responsabilité du gouvernement fédéral se limite à octroyer à l'enfant la citoyenneté ou la résidence permanente (un processus d'immigration utilisé parce que certains pays exigent que l’adoption soit achevée au Canada), mais cette étape lui permet de comptabiliser tous les dossiers.

Il faut généralement passer par un organisme agréé, comme celui que dirige Mme Valcourt, pour adopter un enfant venant d'ailleurs. Celui-ci peut guider les adoptants à travers les dédales bureaucratiques. Mais dans de rares cas, notamment pour adopter un enfant membre de sa propre famille, il est envisageable de faire sans.

L'attente peut être longue, une fois la demande présentée. Deux ou trois ans, généralement, selon Cathy Murphy, directrice générale du Conseil d'adoption du Canada, un OSBL qui vient en aide aux adoptants comme aux adoptés. « C'est le cas en Corée du Sud, en Thaïlande, en Inde et dans certains pays d'Afrique comme le Ghana et la Zambie », a-t-elle illustré. Il faut souvent patienter bien plus, surtout si l'on tient à accueillir un petit sans problème de santé.

Avec un peu de chance, il est toutefois possible de recevoir l'appel tant désiré en neuf à dix-huit mois, notamment en choisissant un enfant des États-Unis, précise Karyn Bakelaar, directrice générale de l'agence Children’s Bridge, à Ottawa.




Les États-Unis et l'adoption « ouverte »

Depuis 2015, c’est des États-Unis que viennent le plus grand nombre d'enfants adoptés à l’international, parce que la Chine a beaucoup ralenti la cadence.

Les agences américaines proposent l'adoption dite « ouverte », où un contact est souvent maintenu entre l'enfant et sa mère biologique. C'est aussi le type d'adoption le plus répandu au Canada.

Ça reste une adoption permanente. C'est ce que nous souhaitons pour l'enfant : de la permanence et de la stabilité, qu'il ait quelqu'un qui s'engage pour la vie.

Cathy Murphy, directrice générale, Conseil d'adoption du Canada

« C'est bon pour l'enfant d'avoir une relation à la fois avec sa famille biologique et sa famille adoptive, note Mme Murphy. Ça fait juste plus de gens pour aimer cet enfant. »

Les conditions diffèrent selon les États et les programmes. Habituellement, seules les demandes de couples sans enfant et infertiles sont acceptées; et il faut être marié depuis au moins un an, avoir entre 25 et 52 ans, être en bonne santé, être dans une situation financière stable et ne pas avoir d'antécédents judiciaires.

Il en coûte de 45 000  à 65 000 $ pour adopter un enfant aux États-Unis.

Dans les dernières années, des médias ont rapporté qu'il était parfois moins onéreux d'adopter un enfant noir qu'un enfant blanc, une situation vivement dénoncée par divers groupes.

Cela n'arrive plus, soutient Karyn Bakelaar : « Je sais que c'est arrivé dans le passé et j'ai entendu des explications voulant que l'objectif était d'encourager l'adoption d'enfants de couleur, mais même là, nous n'aurions jamais accepté ce genre de chose. »



Plan rapproché d'un bébé âgé de quelques mois.

La Chine autorise moins d'adoptions internationales qu'auparavant.

Photo : iStock

La Chine garde ses enfants

La Chine est maintenant le deuxième pays en ce qui concerne le nombre d'enfants adoptés par des Canadiens.

Ces derniers doivent avoir un revenu stable et être hétérosexuels, mariés depuis au moins deux ans, âgés de 30 ans ou plus, et en excellente santé. Cependant, une femme célibataire peut être autorisée à adopter un bambin qui a des « besoins spéciaux »; elle doit être atteinte d'un handicap ou d'une maladie l'empêchant de donner naissance.

L’adoption dans l'empire du Milieu coûte de 30 000 à 45 000 $.

L'importance démographique de la Chine est une réalité qui n'est pas près de changer, même si le nombre de naissances y est passé de 17,2 millions en 2017 à 15,2 millions l'an dernier, d'après le Bureau national des statistiques, le chiffre le plus bas depuis 1961. On y comptait tout de même 1,395 milliard d'habitants en 2018.

Un bouleversement des mœurs s'y est produit après le séisme qui dévasté le Sichuan en mai 2008, faisant 70 000 morts. La catastrophe a laissé orphelins de très nombreux enfants. « L'adoption était taboue, en Chine, mais à cause du tremblement de terre, beaucoup [de Chinois] ont passé par-dessus », explique la directrice d'Enfants du monde.

« Des enfants en santé, il y en a maintenant très peu parce que, de plus en plus, ce sont des Chinois qui adoptent les orphelins chinois, souligne Sylvie Valcourt. Donc, aujourd'hui, ce sont des enfants avec des besoins spéciaux qui sont disponibles pour adoption. Il peut y avoir deux ou trois enfants en santé par année qui viennent au Québec, contre 10 ou 15 qui ont des besoins spéciaux. »

Tous les adoptants ne sont cependant pas prêts à prendre soin d'un enfant handicapé.

Nous avons des parents qui attendent depuis mars 2007 pour un enfant en santé. [...] On ne prend plus d'inscriptions depuis déjà plusieurs années. Notre dernière famille enregistrée, c'était en 2009. Et leur jumelage pourrait se faire dans encore 10 ans.

Sylvie Valcourt, directrice générale, Enfants du monde

« C'est pareil partout dans le monde, qu'on soit Australien, Américain ou Canadien, souligne Mme Valcourt. On envoie les dossiers des parents à la Chine, qui les jumelle à ceux des enfants à mesure qu'il y en a, en ordre chronologique. »

La différence entre le nombre de filles et de garçons chinois confiés en adoption était sidérante, il n'y a pas si longtemps. En 2008, par exemple, six fois plus de filles que de garçons d'origine chinoise étaient accueillies dans des foyers canadiens. Mais cette différence s'amenuise, entre autres parce que Pékin est revenu en 2015 sur sa politique obligeant les mères qui accouchaient d'un deuxième enfant à s'en séparer.

Pendant une trentaine d'années, la politique de l'enfant unique avait amené nombre de couples à abandonner leurs filles. Habituellement, « une fois adulte, le garçon se marie, mais reste avec ses parents. Sa femme vient vivre avec les parents de son mari et en prend soin. Si des parents n'ont qu'une fille, ils risquent de se retrouver seuls, sans personne pour les faire vivre », explique Sylvie Valcourt.

La Chine était presque à elle seule responsable de la disparité filles-garçons observée pour l'ensemble des adoptions internationales.




La Convention de La Haye

Les autorités de tous les pays tiennent à s’assurer que l’adoption est faite dans l’intérêt supérieur de l’enfant, que celui-ci n’a pas été enlevé ni vendu, et que ses documents sont valides.

En vertu de la Convention de La Haye de 1993, les enfants de pays en situation de crise causée par des conflits armés ou des catastrophes naturelles ne sont pas considérés pour l’adoption internationale.

Dans les autres cas, les autorités cherchent d'abord à retrouver les membres de la famille des orphelins. Si ce n'est pas possible, ils seront confiés en priorité à d'autres habitants de leur région, puis de leur pays.

Les données d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada citées sont préliminaires. Dans quelques cas, le pays d'origine ou le sexe de l'enfant n'était pas connu. Le portrait global n'en est pas altéré.

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