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L’ambitieux projet d’Oslo pour éliminer ses GES en 10 ans

Le reportage de Yanik Dumont Baron
Yanik Dumont Baron

La capitale de la Norvège s'est donné l'ambitieuse résolution de devenir un modèle dans la lutte contre les changements climatiques. Et signe qu'Oslo y travaille fort : elle est consacrée capitale verte de l'Europe pour 2019. Voici cinq leçons à retenir de nos cousins scandinaves.

Oslo s'est engagée à réduire de 95 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Oui, vous avez bien lu : la ville se donne à peine plus d’une décennie pour éliminer pratiquement toutes ses sources de CO2.

Certains qualifient cet objectif du plus ambitieux de la planète.

Et ce n’est pas qu’une cible fixée par des politiciens à la recherche d’un slogan de campagne. La capitale déploie de grands moyens pour y arriver. Un effort qui peut servir d’exemple.

1. Pas d’hésitation, peu de marge de manœuvre

C’est bien connu, les échéanciers serrés poussent à l’action, incitent à la créativité. Pas question, donc, de se donner des décennies pour réduire les émissions. Il faut y penser maintenant, agir rapidement.

Prenez l’interdiction de chauffer des édifices au mazout. Elle s’appliquera dès l’an prochain et sans exception aux immeubles neufs comme anciens.

Des grues et des bâtiments en construction à Oslo.À Oslo, il sera interdit de chauffer au mazout tout bâtiment, neuf comme ancien, dès l'an prochain. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Oslo va bénéficier grandement d’une directive qui s’applique en fait à l’ensemble du pays. La disparition de ces émissions représente le tiers des réductions de CO2 que la Ville cherche à obtenir d’ici 2020.

Les propriétaires de maisons et de tours de bureaux ont obtenu un préavis de deux ans et demi. « Il faut trouver d’autres options », a souligné le ministre de l’Environnement. Point.

2. Toucher à tout

La rapidité de l’échéancier veut aussi dire que toutes les options doivent être sur la table. Chaque source d’émission peut être réduite. Même les déchets.

Oslo utilise déjà des technologies de pointe pour récupérer et recycler la plupart de ses déchets. Le reste est brûlé. Mais pas question de s’arrêter là.

Des pelles récupèrent des déchets dans un dépotoir.À Oslo, les déchets qui ne sont pas recyclés sont brûlés afin de produire de l'énergie pour chauffer des bâtiments à proximité. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’incinération des déchets permet de chauffer de l’eau. Elle circule dans un vaste système de tuyaux pour chauffer des édifices situés non loin.

La ville compte aussi capter le CO2 qui s’échappe des incinérateurs et l’enfouir dans le sol. Une autre façon de réduire encore plus l’impact de ces gaz sur les changements climatiques.

Même la neige peut servir. L’aéroport de la capitale la pousse dans un grand trou près de ses pistes. Une fois l’été venu, le froid qui se dégage de cette masse fondante permet de climatiser l’aérogare.

3. À bas la voiture… polluante!

Environ les deux tiers des émissions de CO2 d’Oslo proviennent du secteur des transports. Pas question, donc, d’ignorer les voitures et les poids lourds.

La capitale veut des quartiers denses (les nouveaux, comme ceux qu’on modernise) avec des commerces et des services à proximité. On mise beaucoup sur un réseau de transport en commun rapide et étendu.

Ici, la rapidité n’est pas qu’une question de fréquence de trains : le système de paiement a été revu pour réduire au minimum les frustrations et les engorgements à l’embarquement.

La porte d'un autobus est ouverte.La Ville d'Oslo tente de réduire au maximum les irritants liés au transport en commun afin d'inciter les citoyens à les emprunter. Par exemple, le paiement a été simplifié dans les autobus. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Oslo veut également que l’ensemble des transports publics ne consomme que des énergies renouvelables d’ici 2021. Des autobus et des traversiers tout électriques sont à l’essai.

4. Motiver les citoyens et les entreprises

Pour atteindre ses objectifs, Oslo ne peut pas uniquement s’attaquer aux émissions dont elle est directement responsable. Elle doit aussi changer le comportement des citoyens, qui sont eux aussi producteurs de CO2.

Ainsi, une gamme d’incitatifs a été déployée pour privilégier la voiture électrique devant son ancêtre au moteur à combustion. Plus le véhicule pollue, plus il est coûteux de l’utiliser au centre-ville.

Des centaines de places de stationnements ont carrément disparu, remplacées par des espaces publics. Le message est clair : mieux vaut venir à pied ou en vélo.

Une toute petite voiture prend une fraction de l'espace de stationnement d'une voiture régulière.Oslo a adopté différente mesure pour réduire la place de la voiture dans son centre-ville, dont la suppression de 700 places de stationnements et la piétonnisation de nombreuses rues. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les entreprises privées sont aussi visées. La ville, par exemple, insiste pour que les entrepreneurs qu’elle embauche ne produisent pas d’émissions de gaz à effet de serre sur leurs chantiers.

Oslo a aussi lancé un vaste programme pour appuyer la construction d’édifices qui produisent le moins possible de CO2. Les technologies de pointe sont mises à l’honneur dans l’espoir qu’elles inspirent d’autres bâtisseurs.

5. Délier les cordons de la bourse

Il serait hypocrite de passer sous silence les grandes sommes investies par la capitale norvégienne pour soutenir ses ambitions vertes.

Une grande partie des dépenses prend la forme de subventions pour favoriser les technologies moins polluantes. Utiliser des autobus électriques, par exemple, est plus coûteux. Il faut les recharger souvent, ce qui veut dire plus de véhicules et plus de chauffeurs sur les routes pour compenser.

« Il y a un prix à payer pour être un leader », admettait Jon Stenslet, l’un des responsables de Ruter, la société de transports en commun d’Oslo.

Ironiquement, la Norvège peut se permettre ces subventions parce qu’elle est riche en produits pétroliers. Un avantage qui n’est pas donné à tous les pays.

La France, par exemple, avait choisi une autre route, avant de faire marche arrière. Une partie des taxes supplémentaires sur les carburants devaient financer une transition énergétique, mais elles ont surtout alimenté le mouvement de contestation des gilets jaunes.

Ce qui ne veut pas dire que les mesures adoptées à Oslo suscitent toutes l’enthousiasme et ne sont pas contestées. Mais là-bas, les dirigeants semblent avoir réussi à créer un consensus assez solide pour résister aux oppositions.

À chaque pays et à chaque ville donc de trouver sa propre recette en fonction de ses besoins et de ses ressources…


Yanik Dumont Baron est correspondant pour Radio-Canada à Paris

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International