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Cannabis au volant : le message ne passe pas

Le reportage de Marie-Laurence Delainey.

Près de trois mois après la légalisation du cannabis au Canada, les risques de la conduite avec les facultés affaiblies semblent encore sous-estimés, particulièrement par les jeunes. Des écoles de conduite sonnent l'alarme.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Avant d’assister à son avant-dernier cours de conduite pratique, Lisa Bechiri croyait qu’il était permis de prendre le volant quelques heures après avoir consommé du cannabis.

« Avant, j’aurais dit oui. Mais après l’explication de mon moniteur, je dirais que non », affirme l’adolescente de 17 ans.

Son moniteur, Ismail El Fatihi, profite régulièrement de la nouvelle loi pour aborder la question de la conduite sous l’influence de drogue.

Les gens ne savent pas qu’est-ce que c’est que le danger du cannabis. Ils croient qu'un joint c’est correct, qu’ils sont capables de chauffer, mais ce n’est pas vrai.

Ismail El Fatihi, moniteur et propriétaire de l’école de conduite Permis Tech

Deux poids, deux mesures

Des experts en conduite automobile et en droit admettent que la réglementation est complexe, puisque les lois provinciale et fédérale n'ont pas les mêmes critères d'application.

Au Québec, les autorités disent que le cannabis au volant, c’est tolérance zéro.

Le Code de la sécurité routière stipule notamment que si le conducteur « a les capacités affaiblies par l’effet du cannabis ou d’une autre drogue ou par l’effet combiné du cannabis ou d’une autre drogue et de l’alcool », son permis sera révoqué pour une période de 90 jours.

Le porte-parole de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), Gino Desrosiers, précise que le principe de tolérance zéro n’est toutefois pas encore appliqué, car le système de détection salivaire des drogues n’a pas été distribué à tous les corps policiers de la province.

Au fédéral, les règles sont différentes. Vous serez accusé au criminel si vous êtes arrêté et que vous avez conduit avec un taux de THC [la substance active du cannabis] supérieur à deux nanogrammes par millilitre de sang.

Sensibilisation accrue

L’Association des écoles de conduite du Québec (AECQ) réclame davantage de sensibilisation, notamment en ce qui a trait aux sanctions.

« Je trouve qu’on n’est pas assez éclairés au niveau des procédures judiciaires. Je crains fortement que certaines personnes vont prendre des risques parce qu’ils ne connaîtront pas nécessairement le taux qu’ils ont dans le sang. De quelle façon ça va procéder », déplore la directrice générale de Vachon école de conduite supérieure, Lise Champagne.

Josianne Vachon, 20 ans, estime être une des rares à connaître la nouvelle loi. « J’entends beaucoup de jeunes dire : "Un verre d'alcool? Je ne conduis pas, mais la drogue je peux." »

La SAAQ concède qu'il y a toujours des zones grises en ce qui a trait à la loi et à son interprétation, entre autres, parce qu'elle est nouvelle. Elle rappelle toutefois qu'elle diffuse des publicités sur le web, à la télé, radio, depuis six ans et ajoute que le travail de sensibilisation est loin d’être terminé.

L’avocate Marie-Pier Boulet recommande quant à elle de ne pas tenter de comprendre les subtilités de la loi, mais de retenir ce message : lorsqu’on consomme, on ne conduit pas.

Nos capacités de conduite ne doivent pas être affaiblies par l’alcool ou la drogue. Et même quand on ne se croit pas affaibli, il y a des niveaux qui sont prévus et on ne les contrôle pas. Que ce soit deux nanogrammes, cinq milligrammes, le mot d’ordre c’est tolérance zéro.

L’avocate Marie-Pier Boulet

Drogues et stupéfiants

Société