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Achetée 1 $, une médiathèque autochtone inestimable sera bientôt numérisée

Bert Crowfoot pose au milieu de piles de bobines à Edmonton, en Alberta, le samedi 5 janvier 2019.
Bert Crowfoot a conservé bobines, rubans magnétiques, disquettes et autres médias pendant plus de 36 ans avant que le projet d'archivage ne prenne son envol. Photo: La Presse canadienne / Jason Franson
Radio-Canada

« Des boîtes et des boîtes » de vieux enregistrements sonores et de vidéos, oubliés pendant quelques décennies en Alberta et achetés au prix de 1 $, sont sur le point d'être numérisées pour devenir une médiathèque autochtone d'une valeur inestimable.

« C’est la suite de notre tradition orale », dit fièrement Bert Crowfoot. L’homme à la tête du projet souhaite ainsi archiver et donner une seconde vie à des entrevues, conférences, pièces musicales et films produits par un ancien diffuseur autochtone datant de nombreuses années.

Au début des années 1980, Bert Crowfoot a travaillé au sein d’une entreprise qui a produit du matériel destiné à une chaîne publique provinciale pendant une vingtaine d’années.

Un studio de l’ouest d’Edmonton servait à enregistrer des entrevues avec des chefs autochtones, des récits d’anciens et des émissions de variétés. L’héritage matériel de l’entreprise est imposant, mais son entreposage était déficient.

Si les enregistrements ont été préservés, ils ont souvent été mal étiquetés et entreposés à quelques pas des oubliettes.

Lorsque l’entreprise a fermé ses portes en 1982, M. Crowfoot a racheté ses archives au prix de 1 $. Il a ensuite entreposé les vieux rubans magnétiques, les cassettes vidéo, les films de 16 mm et les disquettes informatiques dans un entrepôt.

Au cours des 36 années qui ont suivi, M. Crowfoot s’est souvent dit : « On doit faire quelque chose avec tout ça. »

Partenariat avec l’Université de l’Alberta

Ce « quelque chose » a pris corps avec une proposition de collaboration venue de l’Institut des études du son de l’Université de l’Alberta.

« J’ai pris contact avec M. Crowfoot et on a commencé à créer ce projet », raconte la directrice de l’institut, Mary Ingraham.

Le projet titanesque d’archives se nomme Digitizing The Ancestors (« Numériser les ancêtres »).

Selon Mme Ingraham, le fonds comprend plus de 2000 enregistrements sonores sur bandes magnétiques, près de 1000 bobines de film 16 mm, d’autres enregistrements sur supports analogiques de toute sorte ainsi que du matériel conservé sur des supports numériques désuets.

Le premier défi de l’équipe est donc de trouver l’équipement et les logiciels nécessaires au traitement de cette mémoire collective.

« Quand avez-vous utilisé une disquette pour la dernière fois? », demande M. Crowfoot, illustrant le genre de problèmes que l'équipe doit régulièrement résoudre.

Après la numérisation, il faut cataloguer

Une fois numérisés ou récupérés, les enregistrements de ce fonds colossal doivent être répertoriés et classés en fonction de leur contenu, de leurs intervenants, de leur contexte et de leur date de production, de même que par des mots-clés qui les rendent plus faciles à repérer.

Pour compliquer encore un peu la tâche des ouvriers de cette mine d’or médiatique, la plupart des enregistrements sont en langue crie.

Mary Ingraham estime qu’il faut cinq heures de travail d’archivage pour chaque heure d’enregistrement.

Malgré l’ampleur de la tâche, Bert Crowfoot soutient que l’oeuvre est essentielle pour conserver ces voix du passé qui offrent des témoignages inestimables, comme les récits des pensionnats autochtones.

Contenu varié

Les enregistrements comprennent notamment des performances musicales et des chansons tirées de pow-wow, des tribunes téléphoniques auxquelles ont participé des gens de communautés autochtones éloignées.

Outre la valeur historique des récits, ces archives montrent aussi l’évolution de la langue crie au cours des 60 dernières années.

En raison de la délicatesse de leur contenu, certaines pièces d’archives ne seront accessibles qu’aux membres des communautés dont elles proviennent.

Le coût total du projet est estimé à près de 2 millions de dollars, dont 170 000 $ ont déjà été déboursés par l’Université de l’Alberta et le gouvernement fédéral, selon Mary Ingraham.

Avec les informations de La Presse canadienne

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