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Les impacts de la paralysie de l'État américain se font sentir

Un aperçu d'un musée fermé par suite de la paralysie partielle du gouvernement.

Plusieurs institutions et services fédéraux sont fermés consécutivement à l'absence de financement gouvernemental.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Radio-Canada

Des employés fédéraux américains, qui doivent rembourser des prêts hypothécaires, aux citoyens, qui s'appuient sur l'aide gouvernementale pour joindre les deux bouts, en passant par les parcs nationaux et les tenanciers des camions de « bouffe de rue », les impacts de la paralysie partielle du gouvernement fédéral aux États-Unis sont multiples et parfois inattendus.

En cours depuis samedi le 22 décembre, l'impasse budgétaire touche principalement les départements de la Sécurité intérieure, de la Justice, du Commerce, des Transports, du Trésor et de l’Intérieur, ce dernier étant responsable des parcs nationaux.

La paralysie fédérale partielle touche environ 800 000 employés du gouvernement. Quelque 380 000 d'entre eux sont en congé forcé sans solde, tandis que 420 000 autres continuent leur travail sans être payés.

Qu'ils appartiennent à l'une ou l'autre de ces catégories, ces fonctionnaires doivent continuer à rembourser leurs emprunts, même si les salaires ne sont plus versés.

« Mon mari et moi sommes tous deux fonctionnaires fédéraux. Nous venons d'emménager dans une nouvelle maison. Si nous ne recommençons pas à recevoir nos payes à partir du 11 janvier, je ne sais pas ce que nous allons faire », a écrit Jessica dans un témoignage transmis à CNN.

Nous ne dormons plus, et nous sommes tous les deux malades. [...] Je ne pense pas que les gens comprennent que nous ne pouvons pas simplement faire du troc plutôt que de payer le loyer.

Une employée fédérale américaine dans un témoignage envoyé à CNN

Dans une série de messages transmis par Twitter, le U.S. Office of Personnel Management, l'équivalent du service des ressources humaines du gouvernement fédéral américain, a distribué des lettres types qui permettent de confirmer une renégociation des paiements devant être effectués par les fonctionnaires.

« Si vous avez des questions juridiques, veuillez vous adresser à votre avocat personnel », peut-on aussi y lire, une précision qui a suscité l'incrédulité de plusieurs internautes.

Faute de fonds, ce même compte Twitter est laissé en jachère depuis le 28 décembre.

Il s'agit de la troisième paralysie partielle de l'administration fédérale à survenir cette année.

Des familles à risque

Outre les employés fédéraux qui risquent de ne pas joindre les deux bouts sans salaire, près de 40 millions de familles pourraient elles aussi éprouver de la difficulté à se nourrir convenablement.

Le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) du département de l'Agriculture, communément appelé « food stamps », permet aux familles à faible revenu d'obtenir des fonds pour acheter des produits de première nécessité.

En raison d'une particularité budgétaire – le financement du programme doit être approuvé tous les ans par le Congrès, même si son existence est renouvelée automatiquement –, les parlementaires fédéraux n'ont prévu des fonds pour le SNAP que jusqu'à la fin du mois de janvier, alors que le président Trump a laissé entendre que la paralysie pourrait durer « plusieurs mois, voire des années ».

Si le SNAP dispose de réserves financières d'urgence, celles-ci ne représentent que 3 milliards de dollars, soit une somme fort probablement insuffisante pour assurer toutes les obligations mensuelles. En septembre dernier, le plus récent mois pour lequel des données sont disponibles, environ 4,7 milliards de dollars ont été versés, dans l'ensemble des États-Unis, écrit The Washington Post.

Des responsables de l'agence n'ont pas indiqué comment ils allaient s'attaquer au manque à gagner, y compris s'ils allaient prioriser ceux qui reçoivent de l'aide alimentaire, ou s'ils opteraient plutôt pour une réduction des prestations pour l'ensemble des bénéficiaires.

« La meilleure option serait que le Congrès adopte un projet de loi budgétaire pour mettre fin au manque de financement », a déclaré Tim Murtaugh, porte-parole du département de l'Agriculture. Depuis le début de la paralysie partielle, 95 % des employés gérant le SNAP ont été renvoyés chez eux sans salaire.

Des camions de « bouffe de rue » installés près du Capitole, à Washington.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans les rues désertes de la capitale américaine, les vendeurs de « bouffe de rue » font de très mauvaises affaires.

Photo : Reuters / Katharine Jackson

Des parcs fermés et sales

À travers les États-Unis, des organismes sans but lucratif, des entreprises et des gouvernements étatiques mettent la main à la pâte pour financer le fonctionnement des parcs nationaux et en assurer la sécurité et la propreté.

Mais de tels arrangements à la pièce n'ont pas permis d'empêcher que certains parcs ferment leurs portes ni que d'autres voient leurs poubelles déborder. Des groupes de soutien ajoutent par ailleurs que les dons en argent et les offres de bénévolat pourraient se tarir si l'impasse entre le président Trump et les démocrates persistait.

Certains intervenants appellent carrément à la fermeture des parcs jusqu'à la fin de la crise politique. « Nos parcs nationaux méritent mieux qu'un réseau improvisé d'aide d'urgence », a écrit Diane Regas, présidente du Trust for Public Lands, dans une lettre adressée au président, qui fait mention de vols, de braconnage et d'accumulation de piles de détritus et d'excréments humains.

« Ces parcs ont besoin de financement robuste et d'entretien constant ou devraient être fermés », soutient-elle.

Non loin de la ville de New York, c'est le gouvernement de l'État qui paie le fonctionnement du monument de la statue de la Liberté. Il en va de même pour le Grand Canyon, en Arizona, où le nettoyage des toilettes, le ramassage des déchets et le déneigement coûtent 64 000 $ par semaine.

Des groupes de conservation ont mis en garde contre le fait que les bénévoles ne pouvaient offrir que le service minimum. Sans des employés professionnels travaillant à temps plein, des ressources naturelles et des artéfacts culturels pourraient être endommagés, et des personnes pourraient se blesser.

À quand les remboursements d'impôt?

À Washington, le nouveau président du comité de la Chambre des représentants sur les questions fiscales, le démocrate Richard Neal, a écrit vendredi au Internal Revenue Service (le service des impôts, l'IRS) et au département du Trésor, pour savoir comment la paralysie influerait sur le traitement des déclarations de revenus et sur les remboursements fiscaux.

« Je comprends que l'IRS a mis près de 70 000 employés en congé forcé (87,5 % des effectifs), suspendu les services fiscaux et arrêté d'envoyer des remboursements pendant la paralysie du gouvernement », a écrit M. Neal au président de l'IRS, Charles Rettig, et au secrétaire du Trésor, Steve Mnuchin.

Un porte-parole de l'IRS n'a pas voulu commenter la lettre.

La « saison des impôts » prend habituellement fin autour du 15 avril, date limite pour transmettre sa déclaration de revenus. Le remboursement moyen atteignait 2800 $ US l'an dernier, un montant généralement utilisé par les familles pour payer le loyer, l'épicerie ou encore les services de garde.

Des camions délaissés

Conséquence moins attendue de la paralysie, les vendeurs de nourriture de rue dans les artères de Washington D.C., la capitale américaine, se demandent bien à qui ils vont vendre leurs denrées.

Depuis le début de l'impasse, plusieurs exploitants des quelque 400 camions de « bouffe de rue » se demandent comment ils feront pour continuer à fonctionner, sans la manne d'employés fédéraux venant acheter leur dîner à leur comptoir.

« Si la paralysie se poursuit, la semaine prochaine et la suivante, je devrai fermer boutique », confie Abou Draa. « Je ne peux pas payer mon loyer. Je ne peux pas payer ma nourriture. Je ne peux pas payer mes employés. »

« Mon travail, c'est de rendre les gens heureux, de leur donner quelque chose à manger, de voir leur sourire. Aujourd'hui, il n'y a personne à rendre heureux », a-t-elle ajouté.

Avec les informations de CNN, The Washington Post, Associated Press, et Reuters

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