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L’avenir de la culture du cannabis n’est pas au Canada, selon un spécialiste d’Ottawa

Un homme pose parmi de grands plants de cannabis touffus.

Ernie Small parmi des plants de cannabis dans les années 1970

Photo : CBC / courtoisie

CBC

Le cannabis qui pousse dans les serres hydroponiques du Canada risque fort d'être remplacé par des produits meilleur marché cultivés en Amérique latine, selon Ernie Small, un scientifique qui étudie la substance pour le gouvernement fédéral depuis des décennies.

Chercheur scientifique principal pour Agriculture et agroalimentaire Canada, M. Small affirme que les méthodes de culture des entreprises canadiennes ne sont pas assez efficaces, ce qui fait grimper le prix du cannabis.

Il y a encore beaucoup à apprendre, et les techniques ne sont pas encore assez efficaces, reconnaît-il. C’est une industrie qui a beaucoup de potentiel de profits, mais aussi un grand risque de faillite.

Un homme assis dans un bureau entouré de documents pose pour la caméra. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ernie Small étudie le cannabis depuis les années 1970 pour le compte du gouvernement fédéral.

Photo : CBC/Laurie Fagan

Il est beaucoup plus rentable, selon lui, de se tourner vers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud pour faire pousser de la marijuana.

M. Small note d’ailleurs que des entreprises canadiennes ont déjà investi dans des entreprises latino-américaines pour produire de l’huile de cannabis.

Un parcours atypique

M. Small a commencé ses recherches sur le cannabis pour le gouvernement du Canada au début des années 1970. Son mandat était d'étudier la différence entre le cannabis illégal et le chanvre, le tout sur un hectare de terre appartenant à la Ferme expérimentale centrale d’Ottawa, en plein milieu de la capitale fédérale.

Ça poussait extrêmement bien, se souvient le scientifique maintenant âgé de 78 ans.Certains de nos plants mesuraient cinq mètres et demi.

Mais une telle quantité de marijuana au centre d’une grande ville ne passait pas inaperçue. Même la présence de clôtures barbelées et de chiens de garde n’a pas refroidi l'ardeur des voleurs, qui ont dérobé environ 50 plants au fil des années.

Photo montage montrant des quantités de cannabis récolté en 1971. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des récoltes de cannabis à la ferme expérimentale d'Ottawa en 1971.

Photo : CBC / courtoisie

La ruelle Ash, près du champ où poussait la marijuana, a d’ailleurs été surnommée la ruelle « Hasch » après ces incidents. Les plants ont finalement été déplacés dans des serres au début des années 1980.

Ces mésaventures n’ont pas empêché M. Small d'élaborer en 1976 un système de classification botanique pour séparer clairement le chanvre du cannabis. Tout ce qui contenait plus de 0,3 % de THC – l’ingrédient psychoactif principal du cannabis – était illégal en vertu de ce système.

Cette référence proposée par M. Small a été adoptée partout dans le monde et est encore utilisée à ce jour, là où le cannabis est proscrit.

Au service du Canada

L’annonce de la légalisation du cannabis a pris par surprise le scientifique.

Je ne pensais jamais que la marijuana deviendrait légale un jour. C’est surprenant de voir que la contre-culture s’est consolidée au point de représenter la majorité de la société aujourd’hui, s’étonne M. Small.

Le chercheur affirme appuyer la décision malgré sa surprise, et il a contribué à l’élaboration du projet de loi. La guerre contre la drogue est un échec substantiel. Combien de personnes peut-on emprisonner avant de faire une différence?

Il a été fait membre de l’Ordre du Canada en 2018 pour sa contribution au savoir scientifique en botanique et son rôle dans l’élaboration de politiques publiques.

Un homme serre la main de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ernie Small a été fait membre de l'Ordre du Canada pour l'importance de ses travaux scientifique.

Photo : Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall

Même s’il baigne dans le monde de la marijuana depuis plus de quarante ans, M. Small affirme n’avoir jamais touché à un joint au fil de ses recherches.

Le gouvernement avait confiance en moi, et l’idée de trahir cette confiance va à l’encontre de qui je suis et de mon rôle de scientifique, souligne-t-il, en précisant qu’il n’est pas plus tenté de fumer du cannabis depuis sa légalisation.

Ottawa-Gatineau

Cannabis