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Le futur Guide alimentaire canadien inquiète les producteurs laitiers

Le reportage de Guylaine Charette
Christine Bureau

Alors que le nouveau Guide alimentaire canadien se fait toujours attendre, une version préliminaire laisse présager de grands bouleversements : les groupes alimentaires lait et substituts et viandes et substituts ont disparu au profit « des aliments protéinés ». Un choix que dénoncent les producteurs laitiers.

Sur de nouvelles esquisses présentées à des groupes de discussion, le Guide alimentaire ne propose plus, par exemple, de boire chaque jour du lait écrémé ou du lait 1 % ou 2 %. Il est plutôt conseillé de boire de l’eau, en plus de savourer les aliments, de prendre des repas en bonne compagnie ou encore de cuisiner plus souvent.

Le ministère fédéral de la Santé avait confié à la firme Earnscliffe le mandat de tester différents énoncés et concepts visuels auprès de la population. La firme a soumis son rapport de recherche à Santé Canada l'an dernier.

Le nouveau Guide ne recommanderait plus un nombre de portions en particulier, mais plutôt une alimentation variée, riche en fruits et légumes et en aliments à grains entiers et protéinés.

Dans sa dernière mise à jour, réalisée en 2007, le Guide recommandait notamment de consommer entre deux et quatre portions de produits laitiers par jour, en fonction des différents groupes d’âge.

Enfin, les pictogrammes sont toujours bien présents, mais d’autres conseils plus généraux s’ajouteraient, comme celui de limiter la consommation d’aliments riches en sodium, en sucres ou en gras saturés ou celui de rester vigilant face aux tactiques de marketing alimentaire.

Guide alimentaire canadien par Radio-Canada sur Scribd


Un Guide « global »

Pour la nutritionniste Catherine Lefebvre, ces ébauches sont encourageantes. Parmi les pictogrammes, impossible par exemple de retrouver une image d'un morceau de viande rouge. Ce qui est intéressant de voir dans cette recommandation, c'est que la moitié des aliments protéinés sont de source végétale, note-t-elle, ajoutant qu'il s'agit d'un guide dont l'objectif est de combattre les maladies chroniques.

Néanmoins, ce futur guide va bien au-delà des aliments qu'on retrouve dans notre assiette.

C’est tout à l’honneur de Santé Canada d’aller dans cette direction-là. La vision globale de l’alimentation, c’est ce qui me réjouit dans cette nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien.

Catherine Lefebvre, nutritionniste

Selon elle, il est même question d'une nouvelle convivialité. Parce que, justement, on s’intéresse aux aliments un peu transformés et aux aliments sains, nutritifs, colorés et diversifiés et on délaisse le plus possible les aliments qui sont ultratransformés, les boissons sucrées et on cuisine davantage. On mange nos repas ensemble, illustre-t-elle.

Quant au groupe des produits laitiers qui disparaît, Catherine Lefebvre se fait plus nuancée. Ils ne sont pas exclus. Ils ne sont pas du tout exclus. Ils font encore partie de notre alimentation et vont toujours en faire partie, mais, encore une fois, dans le même principe qu'avec la viande, je pense qu'il y a moyen de réfléchir à la qualité de l'offre et de repenser aux recettes [...] pour revenir à des produits qui sont moins transformés, estime-t-elle.

Une attaque « de l'intérieur »

Valère Lieutenant, producteur laitier de Stoke en Estrie, déplore la nouvelle voie que semble emprunter le Guide alimentaire canadien. On le voit ici avec ses vaches. Valère Lieutenant, producteur laitier de Stoke en Estrie, déplore la nouvelle voie que semble emprunter le Guide alimentaire canadien. Les protéines contenues dans le lait sont bonnes pour la santé, assure-t-il. Photo : Radio-Canada

Les Producteurs laitiers du Canada ne voient pas ce nouveau Guide du même œil.

Dans un communiqué publié jeudi, ils « demandent au premier ministre Trudeau d'ordonner à la ministre de la Santé de faire ses devoirs », affirmant que la nouvelle mouture du document minimise l'importance et les bienfaits pour la santé des produits laitiers, tous prouvés par la science.

Non seulement cette révision pourrait-elle compromettre la santé des générations futures en les amenant à penser faussement que les produits laitiers sont mauvais pour la santé, mais elle aura aussi un effet sur un secteur qui continue d'être affecté par les concessions accordées dans les récents accords commerciaux.

Extrait du communiqué des Producteurs laitiers du Canada

La consommation de produits laitiers « a un rôle bénéfique à jouer dans la promotion de la santé des os et la prévention de plusieurs maladies chroniques que Santé Canada veut combattre avec le nouveau Guide alimentaire, notamment l'hypertension, le cancer colorectal, le diabète de type 2 et l'AVC », soutiennent les producteurs laitiers.

Même son de cloche du côté de Valère Lieutenant, un producteur laitier de Stoke, en Estrie. Ce dernier est déçu de voir les protéines végétales prendre les devants.

Être attaqué par toutes les ententes qu'il y a eu dernièrement et en plus être attaqué de l'intérieur. [...] Au niveau canadien, on défend la gestion de l'offre, les produits laitiers, mais dans le Guide alimentaire, on ne semble pas faire la différence entre la qualité des protéines [...] On semble vouloir davantage préconiser le végétal par rapport aux produits et même ne pas les identifier dans le nouveau Guide alimentaire, déplore-t-il.

La qualité des protéines contenues dans les produits laitiers devrait être mieux expliquée, insiste-t-il.

Pas de catastrophe en vue

Le président de l'Union des producteurs agricoles de l'Estrie, François Bourassa tempère la portée d'un tel guide.

Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais je ne crie pas à la catastrophe. Quand je me lève le matin, comme la plupart des Canadiens, je suis sûr que je ne vais pas consulter le Guide alimentaire canadien pour préparer mon déjeuner, modère celui qui est aussi un producteur laitier et acéricole.

Selon lui, un paradoxe ressort de ces esquisses. Alors que la tendance est à l’alimentation locale, il déplore que les produits laitiers ne soient pas assez mis en valeur.

Du lait d’amande local, tu n’en trouveras pas. Il y a comme un paradoxe dans le Guide alimentaire canadien quand il vient suggérer plus d’amandes et de laits [végétaux] que tu ne peux pas produire ici.

François Bourassa, président de l'UPA Estrie

S’il admet que certains Canadiens risquent d’appliquer le Guide alimentaire avec plus de rigueur que d’autres, il ne s’inquiète pas outre mesure. À mon avis, ça n’aura pas un si grand impact que ça, réitère-t-il. De toute façon, il y a des choses qu’on suggère dans le Guide alimentaire canadien qui sont déjà en processus. Si on regarde les statistiques des 10 dernières années en Amérique du Nord, la consommation de bœuf par habitant diminue année après année. Ça, c’est déjà enclenché.

Un nouveau Guide pour 2019

Prévue au départ en 2018, la publication du nouveau Guide alimentaire canadien se fera plutôt au début de l'année 2019. Santé Canada rappelle que les esquisses publiées sont préliminaires et que le nouveau Guide continuera de recommander aux Canadiens de boire du lait ou de manger du yogourt faible en gras et des fromages faibles en matières grasses et en sodium parmi une variété d'aliments.

Le Guide alimentaire a vu le jour en 1942. Il visait alors à prévenir les déficits nutritionnels en période de rationnement alimentaire, pendant la guerre. Il a été révisé en 1961, en 1977, en 1982, en 1992, puis en 2007, année de sa dernière révision.

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