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Des bénévoles pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre dans les CHSLD

Le reportage de Davide Gentile
Radio-Canada

Afin de pallier le manque de préposés aux bénéficiaires, un CHSLD a décidé de se tourner vers des bénévoles pour aider à l'alimentation des résidents. Un projet pilote a été lancé en octobre à Drummondville. Si les résidents semblent satisfaits, le syndicat émet certaines réserves.

Un texte de Davide Gentile

Plusieurs fois par semaine, la bénévole Diane Cusson aide des résidents du CHSLD Frederick-George-Heriot, à Drummondville, à s’alimenter. Elle participe à un projet pilote qui vise à former des bénévoles pour donner un coup de main aux préposés qui sont débordés.

« Je peux laver les tables et mettre des bavoirs, parce qu'ils n'y arrivent pas. Ils ont vraiment besoin d'aide », dit-elle au sujet des préposés aux bénéficiaires. Pour Rolland Fleury, un résident du centre, l'aide des bénévoles pour les repas est vraiment bénéfique.

Ça a permis au moins que les gens mangent chaud. Les préposés font leur possible, mais ils manquent de temps.

Rolland Fleury, résident du CHSLD Frederick-George-Heriot

En plus de la pénurie de préposés aux bénéficiaires, les CHSLD de la province doivent composer avec la perte d'autonomie des résidents depuis quelques années. Au CHSLD Frederick-George-Heriot, près de la moitié des résidents ont maintenant besoin d'aide pour s'alimenter.

« On a exploré diverses avenues parce qu'on a des difficultés au niveau du personnel », précise Chantal Rivard, directrice adjointe du soutien à l'autonomie des personnes âgées au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Plan rapproché de Marie-Claude René, coordonnatrice des activités bénévoles au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.Avec la clientèle qui s'alourdit et le manque de personnel, les préposés aux bénéficiaires ont de moins en moins de temps pour accomplir leurs tâches, soutient Marie-Claude René, coordonnatrice des activités bénévoles pour le CIUSSS Mauricie-centre-du-Québec Photo : Radio-Canada

Notre clientèle s'alourdit. Alimenter certains résidents peut prendre jusqu'à 45 minutes. Un moment donné, on n'y arrive pas.

Marie-Claude René, directrice adjointe du soutien à l'autonomie des personnes âgées au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

L'alimentation est loin d'être le seul problème qui touche les résidents du CHSLD. En septembre dernier, certains d'entre eux ont été privés de bain en raison d'un manque de personnel. Le projet pilote sur l'alimentation se veut une réponse à ce problème.

« Ça permet d'appuyer nos travailleurs en ouvrant les portes aux bénévoles qui souhaitaient prêter main-forte », selon la gestionnaire Chantal Rivard.

Une alimentation qui comporte des risques

L'alimentation de personnes en perte d'autonomie n'est cependant pas une tâche simple. Plusieurs souffrent de dysphagie, une difficulté ou un inconfort lorsqu'on avale. « Il faut s'assurer que la texture des aliments est la bonne et qu'on respecte le rythme du résident », affirme Èveline De Nubile, enseignante au Centre de formation des métiers de la santé de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, à Montréal.

Dans le cadre de la formation des préposés aux bénéficiaires, on consacre deux heures de formation à l'alimentation. « Il faut enseigner à prévenir et à détecter l'étouffement », souligne Mme De Nubile.

Le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec a donc prévu une formation pour les bénévoles qui participent à l'aide aux repas. « Il faut gérer ce risque-là et bien évaluer nos résidents », indique la gestionnaire Chantal Rivard. Seuls les résidents qui n'ont pas de problèmes particuliers sont confiés à des bénévoles. De plus, l'alimentation des résidents ne se fait jamais dans les chambres, mais uniquement dans les aires communes. « Donc, il y a toujours du personnel prêt à intervenir s'il arrive quelque chose », assure la coordonnatrice des activités bénévoles pour le CIUSSS, Marie-Claude René.

Sans être entièrement contre l'initiative du CIUSSS, le syndicat qui représente les préposés aux bénéficiaires exprime des réserves. « Ça dépend de l'encadrement », estime Marie-Line Séguin, de la Fédération de la santé et des services sociaux pour le Centre-du-Québec. « Une personne qui s'étouffe, [un bénévole ne peut pas agir] : ça prend absolument la ou le préposé, ou l'infirmière auxiliaire », souligne-t-elle. Selon Mme Séguin, la véritable solution passe par une meilleure rétention des préposés aux bénéficiaires. « Il faut réussir à rendre l'emploi attrayant », dit Mme Séguin.

Le CIUSSS assure mettre beaucoup d'efforts pour recruter des préposés.

On paie l'inscription de toute personne qui veut suivre le cours de préposé aux bénéficiaires et on l'embauche comme aide de service pendant toute la durée du cours.

Chantal Rivard, directrice adjointe du soutien à l'autonomie des personnes âgées au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

Cependant, compte tenu de l'ampleur de la pénurie, la contribution des bénévoles dans l'offre de service va demeurer. « Même si on avait tout notre personnel, maintenant qu'on a expérimenté [avec les bénévoles], je ne suis pas certaine qu'on arrêterait ça nécessairement », dit Mme Séguin. Selon elle, l'expérience est appréciée autant par les résidents que par les bénévoles.

Le CIUSSS pourrait implanter cette pratique dans d'autres CHSLD de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec au cours des prochains mois.

Décès lors de repas ou collations dans des CHSLD

Au fil des ans, le Bureau du coroner du Québec a publié quelques rapports sur des décès survenus dans différents CHSLD de la province lors des repas et des collations. En voici quelques extraits :

« Les événements les plus susceptibles de se produire dans un Centre de soins de longue durée sont les chutes et les étouffements alimentaires. Ces deux événements, pour être évités, sont tributaires du régime de surveillance en place et aussi du degré d'intervention ou de savoir-faire. »

- Coroner Michel Ferland, juillet 2014

« Alors qu’elle mange des raisins, elle s’étouffe avec ceux-ci. Un membre du personnel, présent dans la salle, entreprend de rapidement reconduire Madame dans un fauteuil roulant et tente sans succès de libérer les voies respiratoires [...] Depuis cet événement, de nouvelles mesures ont été mises en place au CHSLD. Les raisins offerts aux résidents sont maintenant coupés en deux. De plus, les résidents présentant des troubles cognitifs sont dorénavant évalués en nutrition afin de dépister une possible dysphagie. »

- Coroner Amélie Coutu, décembre 2016

« Madame est décédée d’une pneumonie d’aspiration, qui est consécutive à son étouffement par un sachet de thé présent dans sa tasse et aux manœuvres de réanimation nécessaires pour [le] dégager [...] Je recommande au CIUSSS de poursuivre l’application de sa recommandation de s’assurer que la clientèle présentant un déficit cognitif reçoive un cabaret sécuritaire [...] Je recommande également au CIUSSS d’assurer une surveillance continue par du personnel qualifié des résidents avec déficit cognitif pendant les repas. »

- Coroner Jasmin Villeneuve, novembre 2016

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