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« Nous avons échoué » : la Saskatchewan s'excuse auprès des victimes de la rafle des années 60

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a présenté des excuses officielles aux victimes de la rafle des années 60, lors d'une cérémonie à l'Assemblée législative, à Regina. Photo: Radio-Canada / Bryan Eneas
Radio-Canada

« Au nom du gouvernement de la Saskatchewan, au nom des Saskatchewanais, je me présente devant vous aujourd'hui pour dire que nous sommes désolés », a déclaré le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, dans son discours d'excuses officielles aux victimes de la rafle des années 60 lors d'une cérémonie lundi.

« Nous sommes désolés pour la douleur et la tristesse que vous avez vécues. Nous sommes désolés pour la perte de votre culture et de votre langue. À tous ceux qui ont perdu contact avec leur famille, nous sommes vraiment désolés », a dit Scott Moe, devant une foule de près de 200 personnes venue assister au discours du premier ministre à l’Assemblée législative, à Regina.

Une personne tient un mouchoir sur son visage lors de la cérémonie des excuses du gouvernement de la Saskatchewan. La cérémonie fut émouvante pour plusieurs personnes dans l'audience. Des mouchoirs ont d'ailleurs été distribués avant le début de la cérémonie. Photo : Radio-Canada / Bryan Eneas

« Rien ne pourra vous redonner ce que vous avez perdu », affirme le premier ministre.

Nous avons une lourde dette envers vous

Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan

Dans son discours, le premier ministre s’est engagé à ce que le gouvernement continue de collaborer avec les nations autochtones de la province, notamment en matière d'éducation, de santé ou encore d'emploi.

À l'automne dernier, la Société des victimes de la « rafle des années 60 » en Saskatchewan a organisé des cercles de partage dans la province pour recueillir les témoignages de survivants de la rafle.

Des témoignages ont été ajoutés à un rapport destiné à aider le gouvernement à formuler ses excuses publiques.

Après les excuses, des efforts sont demandés

L'ex-leader de la Nation métisse de la Saskatchewan et survivant de la rafle des années 60, Robert Doucette, se dit heureux de ces excuses, en précisant que « c'est un petit pas vers l'avant. Nous devons commencer quelque part ».

La Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN) se réjouit des excuses du gouvernement de la Saskatchewan, à condition que le gouvernement passe des mots à l’acte.

« Les enfants de nos Premières Nations sont encore retirés de leurs familles, de leurs communautés et de leur culture. Ceci doit cesser immédiatement », affirme le chef de la FSIN, Bobby Cameron, dans un communiqué de presse. « Cette excuse ne vaut rien si elle est sans action ».

Le vice-chef de la FSIN, David Pratt, estime que le gouvernement doit entreprendre des mesures pour cesser l’adoption d’enfants autochtones par des familles non autochtones.

« C’est ce dont nous avons désespérément besoin pour commencer le processus de guérison et rassembler nos familles ensemble, tout en réparant les dommages causés par le système de protection de la jeunesse », dit M. Pratt.

Rod Bélanger, qui a survécu à la rafle des années 60, partage une opinion semblable, mais demeure sceptique. Il espère que le gouvernement fera plus que ce qu'il promet, particulièrement « en ce qui concerne le service de protection de la jeunesse et la guérison des survivants de la rafle des années 60 », indique-t-il.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, salue les excuses de la Saskatchewan, mais s’attend à des actions concrètes de la part du gouvernement provincial afin de s’assurer du bien-être des enfants autochtones et qu’un tel événement ne se reproduise plus.

L’opposition présente elle aussi des excuses

« Aujourd’hui, nous nous regardons dans le miroir et acceptons le fait que, en tant que province, nous avons laissé tomber les enfants qui étaient pris au sein de la rafle des années 60 », a déclaré le chef de l’opposition de la Saskatchewan, Ryan Meili, dans un communiqué de presse.

« Les gens sont tannés des bons mots qui ne sont pas suivis par des actions. Si ces injustices persistent, nous devons faire quelque chose pour les régler, au lieu d’attendre que les leaders de demain s’excusent dans 20 ans pour le mal causé aujourd’hui », a ajouté M. Meili.

Les survivants de la rafle des années 60 Robert Doucette et Rod Bélanger, en compagnie d'autres intervenants ayant assisté à la cérémonie de lundi.La Saskatchewan devient la troisième province canadienne à présenter des excuses publiques aux survivants de la rafle des années 60. Photo : Radio-Canada / Leïla Jolin-Dahel

Des excuses attendues depuis quatre ans

L’ancien premier ministre de la province, Brad Wall, avait promis il y a près de quatre ans que le gouvernement de la Saskatchewan présenterait des excuses.

Connue sous le nom de Sixties Scoop, la rafle des années 60 a arraché plus de 20 000 enfants autochtones à leur famille au cours des années 60, 70 et 80, qui ont ensuite été adoptés par des familles non autochtones du reste du Canada, des États-Unis et même d'Europe.

Pour Robert Doucette, ces excuses étaient très importantes, car la province n'en avait jamais présenté à un groupe autochtone auparavant.

« Cela me dit que le travail que nous accomplissons avec le gouvernement de la Saskatchewan porte fruit. Ça envoie le message à l'ensemble du Canada que l’idée de la réconciliation commence par les mots : “Je suis désolé”, et comment continuer à partir de ça », explique-t-il.

Melissa Parkyn, également survivante de la rafle, a pris part aux cercles de partage organisés par la province pour permettre à de nombreux survivants de raconter ce qu'ils ont vécu.

Elle espère qu'après ses excuses officielles le gouvernement poursuivra son travail auprès des survivants.

« Ils nous ont promis de continuer à travailler avec nous, pour que nous puissions poursuivre le travail auprès des survivants de la rafle des années 60 en Saskatchewan, pour les aider à raconter ce qu'ils ont vécu et pour informer la population », résume-t-elle.

La Saskatchewan n’est pas la seule province à s'être excusée auprès des victimes de la rafle des années 60. Le Manitoba avait fait de même en 2015, tandis que l’Alberta l’a imité en mai dernier.

Aucune compensation financière n'est toutefois prévue en Saskatchewan en raison d’une poursuite judiciaire entre un groupe de victimes et le gouvernement provincial qui est toujours devant les tribunaux.

« Beaucoup d’entre nous voulaient entendre ces excuses. Le problème de la compensation, je suis certain qu’on en parlera au cours de l’année à venir. Je laisse les tribunaux décider de cela », conclut Robert Doucette.

Avec les informations de CBC

Saskatchewan

Autochtones