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  • Deux entrevues rares avec Simone de Beauvoir

    Simone de Beauvoir et Wilfrid Lemoine fumant une cigarette à une petite table. Claude Sylvestre est également assis avec eux, un peu en arrière-plan.
    Simone de Beauvoir interviewée à Paris en 1959 par l'animateur Wilfrid Lemoine, sous les yeux du réalisateur Claude Sylvestre. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 9 janvier 1908 marque l'anniversaire de naissance de Simone de Beauvoir. Les réflexions de cette intellectuelle française, icône du féminisme, philosophe existentialiste, résonnent encore aujourd'hui. Tirées de nos archives, voici deux entrevues d'exception qui illustrent bien sa pensée d'avant-garde.

    En 1959, l’animateur Wilfrid Lemoine se rend à Paris pour réaliser une entrevue avec Simone de Beauvoir. Il s’agit alors d'une première pour une télévision d’Amérique du Nord.

    La diffusion de ce long entretien est programmée pour l’émission Premier Plan du dimanche 8 novembre 1959. Radio-Canada en fait la promotion dans les journaux.

    Cependant, entre l’annonce et la diffusion, un visionnement privé est organisé entre des représentants de Radio-Canada et un groupe d’une trentaine de philosophes et de théologiens. Le couperet tombe.

    Cédant aux pressions du clergé, Radio-Canada annule la présentation de l’entrevue à la télévision.

    Dans un communiqué, la Société d’État argue que les propos de Simone de Beauvoir auraient pu blesser les opinions et les croyances du vaste public canadien-français.

    Premier plan, novembre 1959

    Voici l’intégrale de l’entrevue réalisée en 1959.

    L’entretien est centré sur les différents aspects de la pensée existentialiste de Simone de Beauvoir. L’intervieweur Wilfrid Lemoine lui demande notamment de s’exprimer sur sa conception de la condition féminine.

    Je ne crois pas d'une manière générale en l'existence d'une nature humaine. Je crois que l'homme dépend des conditions à la fois physiologiques bien entendu, et à la fois de lieux, de temps, de civilisations, de techniques, et cetera, et cetera.

    Simone de Beauvoir

    À cette époque, elle se permet même de lier l’existentialisme et le marxisme. « Ils sont proches l'un de l'autre en ce sens que les deux sont des matérialismes », affirme-t-elle. « En ce sens que nous pensons que ce qui prime d'abord et avant tout dans le monde, c'est le besoin. Je vous le répète, le besoin et l'impuissance de la planète telle qu'elle est à assouvir ces besoins chez tous, dans leur forme la plus primitive. »

    Bien préparé, le jeune journaliste qui pratique le métier de la télévision depuis à peine quatre ans la questionne sur plusieurs affirmations tirées de ses écrits.

    Sur l’amour et la jalousie : « Il y a tant de formes d'amour. Il y a tant d'espèces de jalousie. Il y a des jalousies qui sont mesquines. Il y a des jalousies qui sont très hautes. Il y en a qui sont possessives. Il y en a qui sont tout à fait autre chose. Il y en a aussi souvent qui sont simplement des compensations parce qu'on sent plus ou moins qu'on est en train de rater quelque chose de notre existence. »

    « De quelle façon le problème de Dieu s'est posé à vous? », lui demande Wilfrid Lemoine. Simone de Beauvoir décrit alors comment elle a cessé de croire.

    Un témoignage qui a sans doute valu à lui seul la censure religieuse de cet entretien à la télévision de Radio-Canada.

    Petit à petit, j'ai épuré Dieu tellement qu'il n'avait plus aucun rapport avec ce monde. Parce que Dieu ne pouvait pas être bête comme toutes les personnes que je voyais ou comme les prêtres à qui je parlais. Il était différent. Il ne pouvait pas non plus s'intéresser à des vétilles. Il a fini par ne plus répondre à rien ni à personne. Et à ce moment-là, je me suis aperçue que bon, il n'existait plus pour moi finalement. Il s'était évaporé.

    Simone de Beauvoir

    Dans les années 80, Simone de Beauvoir n’accorde plus d’entrevue aux médias, mais sa pensée continue d’animer le mouvement féministe au Québec et dans le monde.

    Grâce à sa collaboratrice Hélène Pedneault, le magazine québécois La vie en rose réussit un coup de maître en obtenant une entrevue exclusive avec cette figure majeure du féminisme.

    La journaliste lui écrit simplement une lettre décrivant la mission de La vie en rose et le désir de l’équipe de recueillir ses observations sur la société actuelle.

    Simone de Beauvoir répond promptement par l’affirmative et reçoit Hélène Pedneault à Paris.

    Présent dimanche (audio), 4 mars 1984

    À l’émission radio Présent Dimanche du 4 avril 1984, Hélène Pedneault offre un extrait de ce long entretien de 90 minutes réalisé avec Simone de Beauvoir.

    L’intellectuelle française y parle de l’évolution du féminisme et des différences qu’elle a remarquées entre le féminisme américain et européen.

    « Je pense que le mouvement féministe est moins éclatant maintenant, mais qu’il gagne plus en profondeur qu’il le faisait avant », affirme-t-elle. « Je pense qu’il a gagné intérieurement des femmes qui ne voudraient se dire pour rien au monde féministes, mais qui sont tout de même gagnées par le féminisme. »

    Au cours de cette entrevue, elle s’exprime également sur ce qu’elle pense du pacifisme et de la politique d’avant-guerre comparée à celle d’aujourd’hui.

    Simone de Beauvoir s’éteint le 14 avril 1986. Cette entrevue est la dernière qu’elle ait accordée.

    Au moment de son décès, Radio-Canada décide de présenter aux Beaux dimanches l’entrevue censurée de 1959. Pour une seconde fois, la diffusion doit être annulée, cette fois en raison des séries éliminatoires de hockey!

    Elle sera finalement présentée le 25 mai 1986 et précédée d’une entrevue avec Wilfrid Lemoine afin d’expliquer les circonstances de cette longue occultation.

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