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Récompenser les internautes chinois pour leurs comportements écologiques

Ge Huimin a financé la plantation d'arbres grâce à des achats et des gestes écologiques.  Décembre 2018.
Ge Huimin a financé la plantation d'arbres grâce à des achats et des gestes écologiques. Décembre 2018. Photo: Radio-Canada / Enzo Cai-Qianyi
Anyck Béraud

On peut presque tout acheter sur Internet en Chine. Et Alipay, le mode de paiement par Internet du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, mise sur les habitudes technologiques des Chinois pour les encourager à poser des gestes écologiques au quotidien.

En collaboration avec Enzo Cai-Qianyi

Ge Huimin brandit avec fierté son téléphone intelligent. Elle montre à l’écran de petites icônes représentant des arbres dans des régions désertiques de la Chine. « J’en ai déjà fait planter six, j’en vise un septième », dit-elle.

Une étendue de sable, dans un désert, avec un écriteau en avant-plan.Une partie de la Ant Forest, Chine. Photo : gracieuseté Alipay

Pour y arriver, la jeune Shanghaïenne accumule des points d’énergie verte (des grammes équivalents en CO2) avec ses achats effectués par l'intermédiaire d'Alipay, le mode de paiement par Internet créé par Alibaba. Par exemple, en payant divers comptes en ligne, comme l’eau et l’électricité, au lieu de le faire avec des factures en papier. Elle réduit ainsi son empreinte carbone, tout en accumulant des points d'énergie verte.

« On peut gagner des points en utilisant des moyens de transport plus écologiques, le métro, le vélo. Un aller simple en métro pour aller au boulot rapporte 26 g si on achète le billet avec Alipay », explique Ge Huimin.

Avec des gestes simples et en utilisant notre téléphone, c’est bien d’apporter un plus de vert sur la planète, pourquoi pas!

Ge Huimin, cliente de finance verte

Plus de 55 millions d’arbres plantés depuis 2016

Plantation d'arbres achetés grâce à la finance verte en Chine.Plantation d'arbres achetés grâce à la finance verte en Chine. Photo : gracieuseté Alipay

Ces arbres achetés virtuellement constituent peu à peu une forêt réelle, appelée Ant Forest, dans des régions arides de la Chine, dont la province du Gansu (nord-ouest du pays) et la Mongolie intérieure.

À la fin du mois de mai 2018, plus de 55 millions d’arbres ont été plantés, selon Bai Xue. Elle fait partie du groupe d’employés d'Ant Financial, un partenaire financier d’Alibaba et gestionnaire d'Alipay, qui a eu l’idée de créer cette forêt. « Notre société voulait développer les finances vertes afin de participer au développement durable », explique-t-elle dans les vastes bureaux modernes, situés à Hanzhou, à une heure de TGV de Shanghai.

« Avec les efforts d'Ant Forest, on a des résultats quantitatifs. On sait combien d’arbres ont été plantés, on connaît la quantité de CO2 que chaque arbre est censé pouvoir absorber. Et ce n’est qu’une petite partie du bien qu’un arbre peut faire à l’environnement. À l'avenir, nous voulons aussi protéger des terrains, créer des systèmes écologiques avec les forêts », ajoute-t-elle.

Bai Xue, une des membres fondateurs de Ant Forest. Hangzou, décembre 2018.Bai Xue, une des membres fondateurs de Ant Forest. Hangzou, décembre 2018. Photo : Radio-Canada / Enzo Cai-Qianyi

L'Ant Forest comprend des saxauls, des arbustes réputés pour prévenir l’érosion des dunes et diminuer la force des tempêtes de sable.

Cette forêt aurait permis, jusqu’ici, d’absorber presque 3 millions de tonnes de CO2.

Bai Xue précise que 350 millions de personnes participent au projet, via leurs achats avec Alipay. Et ça pourrait grimper à un Chinois sur quatre l’an prochain, selon elle.

Une application mobile pour le recyclage à domicile

Ces chiffres font rêver les responsables du recyclage de la Shanghai Greening Administration. Ils ont donc contacté Alipay pour lancer, en juin dernier, leur système de points pour le tri via une application.

Les résidents de cette ville de 24 millions d’habitants peuvent se servir de cette application pour prendre rendez-vous avec une personne qui vient chercher chez eux, à l’heure qui leur convient, des vêtements, des bouteilles, des cartons et d'autres produits recyclables.

Une application pour le recyclage. Shanghai, décembre 2018.Une application pour le recyclage. Shanghai, décembre 2018. Photo : Radio-Canada / Enzo Cai-Qianyi

C’est ce qu’a fait Ding Ding sur le palier de son appartement, en ce jour de décembre. Son plus jeune enfant calé sur une hanche, elle a remis 1,5 kg de bouteilles vides à la personne venue sonner à sa porte. Un coup d’œil sur son téléphone intelligent l’informe qu’en échange, on vient de lui verser environ 30 cents. « On va donner cette somme à notre fils aîné, c’est lui qui a amassé toutes ces bouteilles », confie-t-elle.

En bas de l’immeuble, Cai Peixia transporte les bouteilles qu’elle vient de ramasser. Son sac est léger, la collecte est maigre, son profit le sera aussi. Mais elle reste optimiste. « Ce n’est que le début. Bien sûr, Internet va augmenter l’efficacité des demandes. Et ce sera bon pour nous », dit-elle.

Collecte de produits recyclables. Shanghai, décembre 2018Collecte de produits recyclables. Shanghai, décembre 2018 Photo : Radio-Canada / Enzo Cai-Qianyi

Avant l’arrivée de l’appli, Cai Peixia faisait du recyclage spontané. Comme environ 200 000 personnes à Shanghai, elle offrait ses services à bord de son tricycle, ça et là, sans réelle organisation. Des services surtout sollicités par les personnes âgées qui croisent ces « personnes au tricycle à la clochette » dans leur quartier.

Pour Zhang Hongming, propriétaire d'une société informatique qui sert d'intermédiaire entre Alipay et des recycleurs, Internet permet de mieux coordonner le recyclage, d’offrir un revenu plus stable aux personnes qui font la collecte et de rejoindre les jeunes Chinois qui sont de grands consommateurs et de grands générateurs de déchets.

« Si on prend par exemple les cols blancs : avec leurs courses en ligne ou les repas qu’ils se font livrer, ils créent énormément de déchets d’emballage. Et en général, ils ramassent le tout et les jettent à la poubelle. Et ils entrent rarement en contact avec les tricycles de recyclage. Il y a un fossé entre ces deux groupes de la population. Et nous, nous créons un lien entre eux. C’est aussi simple que ça », dit le spécialiste en informatique.

Une nouvelle utilisatrice de l’application nous a remis environ 68 kg de déchets recyclables, après avoir fait le grand nettoyage chez elle, au lieu de les jeter à la poubelle.

Zhang Hongming, spécialiste en informatique
Zhang Hongming, propriétaire de la Société informatique Zhuqian de Shanghai. Décembre 2018.Zhang Hongming, propriétaire de la Société informatique Zhuqian de Shanghai. Décembre 2018. Photo : Radio-Canada / Enzo Cai Qianyi

Zhang Hongming cite une étude, menée avec l’Université Tongji de Shanghai, pour affirmer que le tiers des déchets de la mégalopole peuvent être recyclés. Beaucoup de potentiel donc, mais le plus grand défi reste à faire connaître l’appli, selon lui.

Un peu plus loin en ville, un stand d’information attire des curieux. Parmi eux, une femme âgée ne comprend pas tout de suite. « Donc... il faut composer un numéro? », lance-t-elle en fixant l’appli sur un téléphone. Elle se fait expliquer qu’elle recevra un appel seulement pour la prévenir de l’arrivée de la collecte. Un autre apprécie l’offre de venir chercher ses déchets. « C’est très étroit chez moi, je manque d’espace. Avec ce service, ce sera plus commode. On pourra venir m’en débarrasser », précise-t-il.

Campagne de recyclage en utilisant la plateforme Alipay. Shanghai, décembre 2018.Campagne de recyclage en utilisant la plateforme Alipay. Shanghai, décembre 2018. Photo : Radio-Canada / Enzo Cai-Qianyi

Le département d’écologie chez Alipay se félicite. « En établissant le lien entre les consommateurs et les fournisseurs de service, nous contribuons à conscientiser les jeunes à la protection de l’environnement », lance Li Congshan, la directrice générale.

Il faut dire qu’au-delà de l’altruisme, il y a un rendement de l'investissement : cela contribue aussi à fidéliser la clientèle d'Alipay, plateforme de paiement du géant Alibaba déjà très populaire en Chine.

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