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Protection du patrimoine : « Il faut que le gouvernement nous accompagne », disent les municipalités

Une maison ancienne en train de se faire démolir par une pelle mécanique.
La démolition de la maison René-Boileau, à Chambly, a mis en lumière les difficultés auxquelles les municipalités font face en matière de protection du patrimoine. Photo: Radio-Canada / René Saint-Louis

En novembre dernier, la démolition de la maison René-Boileau à Chambly a mis en lumière « l'urgence d'agir » pour protéger le patrimoine, aux dires de la ministre de la Culture du Québec, Nathalie Roy. Mais « agir » veut aussi dire choisir. Et les municipalités n'ont ni les moyens ni l'expertise pour accomplir cette tâche seules, prévient le président de la fédération qui les regroupe.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Dans les jours suivant la destruction de cette maison qui a déjà appartenu à un patriote, le gouvernement nouvellement élu de François Legault a évoqué l'idée de créer un répertoire des biens patrimoniaux à risque. Un exercice que Québec entend mener avec les municipalités.

Pour Jacques Demers, qui préside la Fédération québécoise des municipalités, ces choix collectifs ne pourront se faire sans « écoute » : le gouvernement provincial devra comprendre la réalité des municipalités qui, à leur tour, devront tendre l'oreille aux préoccupations des citoyens.

En matière de patrimoine, le problème du municipal « est souvent monétaire », a expliqué M. Demers en entrevue à l'émission Midi info. « On a à gérer des budgets très restreints ».

Le Québec, rappelle Jacques Demers, n'a pas que de grandes agglomérations : plus de la moitié de ses 1100 municipalités ont une population inférieure à 2000 personnes. « Des villes de plus de 100 000 habitants, il y en a seulement 10 », dit-il. De plus de 25 000 habitants? « Il n'y en a que 45. »

Or, évaluer la valeur patrimoniale d'un site, d'un immeuble, c'est beaucoup plus qu'une question d'argent, reconnaît M. Demers. Il faut notamment évaluer les impacts sur le plan touristique. « Quand on entre dans une ville où il y a du patrimoine, des belles bâtisses, ça a une valeur ».

Il va falloir que le gouvernement nous accompagne dans les choix qu’on va faire. Si on veut faire des choix collectifs, va falloir choisir les endroits et avoir des experts [...] pour bien faire ces choix-là.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, au micro de Midi info

Rallier les citoyens

Trop souvent, les citoyens « se braquent » devant le changement qui guette tel ou tel immeuble, poursuit M. Demers, citant l'exemple de la salle paroissiale de Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie, dont il est le maire. L'annonce de la démolition de la salle, vieille d'une centaine d'années, et la perspective qu'on en construise une nouvelle, avait suscité « un bon débat », se souvient-il.

Mais après que l'administration municipale eut détaillé les coûts de restauration de la vieille salle, seuls trois citoyens ont continué à s'opposer à sa démolition, dit Jacques Demers.

Il faut vraiment être capable de faire suivre les citoyens, de leur expliquer ce qui se passe pour qu’en finalité, eux prennent une décision.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, au micro de Midi info

Qu’est-ce qui mérite d’être conservé?

Yves Bergeron dirige l'Institut du patrimoine de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), où il enseigne l'histoire de l'art. « Il y a une foule de choses qui ont une valeur patrimoniale, affirme-t-il. Mais, qu’est-ce qui mérite d’être conservé? C’est toujours le défi! »

En vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, entrée en vigueur en octobre 2012, les responsabilités quant à la préservation du patrimoine sont partagées : « Le gouvernement du Québec – le ministère de la Culture – a toujours une responsabilité nationale, explique Yves Bergeron. Mais la nouvelle loi accorde davantage de liberté et de [pouvoir d’] intervention aux municipalités ». D'où la nécessité d'établir un équilibre.

Une maison ancestrale en pierres avec du gazon vert. La maison Charbonneau, construite en 1736, tombe en ruine à Laval. Photo : Ministère de la Culture et des Communications / Jean-François Rodrigue

De plus, les citoyens considèrent désormais que l'État ne peut disposer comme il l'entend du patrimoine. « Aujourd'hui, on ne peut plus faire abstraction de l’acceptabilité sociale », affirme Yves Bergeron.

Ainsi, le sort réservé à la maison René-Boileau, en Montérégie, a fait réagir des citoyens soucieux de sauver du pic des démolisseurs la maison Charbonneau à Laval.

Construite en 1736, elle figure parmi les derniers témoins du Régime français et a été classée au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, en 1977. Pourtant, elle tombe en ruine.

Un lieu de mémoire

À Chambly, la destruction de la maison René-Boileau a tant semé la consternation qu'une veillée citoyenne a été tenue devant les décombres. « C’est un pan de l’histoire du Québec, pas seulement de Chambly, qui vient de partir », a déclaré la présidente du Mouvement citoyen de Chambly, Julie Daigneault.

Par la suite, Chambly a annoncé qu'elle reconstruira à l'identique la demeure. Mais des citoyens demandent que le terrain de la demeure ancestrale, ainsi que ses alentours, soient reconnus comme un site archéologique et que des fouilles y soient effectuées, selon des informations du quotidien Le Devoir.

« Le passé historique de la maison va bien au-delà de l’architecture, dit le directeur de l'Institut du patrimoine. Même si elle était reconstruite à l’identique, l’essentiel c’est le discours, la traduction historique; c’est le sens premier de la maison, du lieu, qui compte pour les citoyens. »

« C'est un lieu de mémoire », conclut Yves Bergeron.

Dans le domaine de la conservation du patrimoine, l'actualité n'est pas faite que de mauvaises nouvelles. Le Réseau Patrimoines de l’Université du Québec (RéPUQ) enclenchera ce printemps « un grand projet pour dresser un état des lieux du patrimoine », précise Yves Bergeron.

En juillet dernier, Magog a de son côté donné un exemple d'un projet patrimonial réussi en procédant à l'ouverture de la Maison Merry, construite en 1821 et si bien restaurée qu'elle est maintenant ouverte au public.

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