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Le maire espagnol qui a « domestiqué » les voitures dans son centre-ville

Malgré certaines réticences, le maire Miguel Anxo Fernández a réussi à réduire de 90 % la circulation automobile dans sa ville, Ponteverda. Photo: Radio-Canada / Sergio Santos
Jean-François Bélanger

L'Espagne, pour atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, songe à interdire d'ici 2025 la circulation de voitures au centre-ville dans les villes de plus de 50 000 habitants. C'est une ville de Galice qui a servi de modèle. À Pontevedra, le piéton est roi. Portrait d'une ville sans voitures.

Miguel Anxo Fernández est un homme fier et satisfait. Lorsqu’il parcourt à pied les rues de sa ville, il ne peut s’empêcher de répéter à quel point elle a changé. Dès la sortie de l’hôtel de ville, le maire de Pontevedra désigne la rue Michelena d’un signe de la main : « Avant, 14 000 voitures passaient dans cette rue chaque jour ».

Il se retourne et montre du doigt une esplanade au loin. « Là-bas, sur la place d’Espagne, 28 000 voitures passaient chaque jour. C’était plus que sur la voie de contournement de l’autoroute. C’était bestial. »

Une photo en noir et blanc d'un centre-ville plein de voitures.Dans les années 70, 80 et 90, le centre-ville de Ponteverda était bondé de voitures. Photo : Radio-Canada / Courtoisie : mairie de Pontevedra

Il descend la rue au pas de charge et se dirige vers la place Curros Enriquez; une petite place plutôt mignonne et tranquille au milieu de laquelle trône une fontaine, « fabriquée en France au 19e siècle », précise-t-il. Les fontaines étaient destinées à désaltérer les pèlerins sur le chemin de Compostelle. Il poursuit sa description de la situation qui y régnait auparavant : « Ici, il y avait un bruit constant de klaxons. Les gens coincés dans les embouteillages s'énervaient et klaxonnaient, parce qu’ils tournaient en rond à la recherche d'un stationnement sans en trouver ».

Les voitures et les humains ne cohabitent pas bien en ville. Alors, nous avons décidé d’inverser les priorités et de redonner l’espace urbain aux piétons.

Miguel Anxo Fernández, maire de Pontevedra

La situation que décrit le maire de Pontevedra avec détails, c’est celle qui existait dans cette ville de 83 000 habitants avant son arrivée au pouvoir en 1999. Quelques mois après son élection, il entreprend de concrétiser son projet : faire de cette ancienne cité médiévale une ville sans voitures.

L’élu ne perd pas de temps. Le cœur historique de Pontevedra est transformé en un gigantesque chantier. Les voies, les trottoirs, les espaces de stationnement, les feux de circulation disparaissent et sont remplacés par des rues piétonnes pavées.

Au départ sceptiques, inquiets ou même réfractaires, les habitants prennent rapidement goût au changement. Miguel Anxo Fernández fait remarquer la pureté de l’air et le silence qui règne maintenant sur la place et ajoute : « Je crois que les gens sont plus heureux maintenant ».

Des piétons marchent sur une rue sans voiture. Les voitures ont été remplacés par des piétons, au grand bonheur des résidents. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger


Une impression qui se confirme rapidement. Le maire ne peut faire quelques pas dans sa ville sans être salué par des résidents souriants qui viennent lui parler longuement. Signe de l’indice de satisfaction élevé : l’édile vient d’être réélu pour un quatrième mandat et les citoyens ne cessent de demander l’extension de la zone piétonne.

Limiter les voitures plutôt que les interdire

Un homme décharge un petit camion de livraison.Les voitures et camions qui doivent circuler au centre-ville peuvent toujours le faire. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger


Ce qui fait de Pontevedra un modèle, c’est l’originalité du système mis en place. Car les voitures ne sont en fait pas vraiment interdites. Le maire précise que la circulation automobile reste permise mais limitée à 20 ou 30 km/h, et que tout est fait pour limiter l’usage de la voiture.

« Nous nous sommes rendu compte que les embouteillages étaient essentiellement dus à un trafic de passage que l’on pouvait aisément détourner, et que le nombre de voitures vraiment nécessaires au fonctionnement de la ville était en fait très réduit. »

En dehors du centre, qui est exclusivement piéton, les voies de circulation ont été rétrécies, alors que les trottoirs, eux, ont vu leur superficie doubler. Le stationnement, toléré, est limité à 15 minutes et tout dépassement est sévèrement puni. Une voiture de police équipée de caméras repère automatiquement les voitures en infraction et l’amende est salée : 150 $.

Un policier devant sa voiture.Les policiers de Ponteverda émettent des contraventions salées aux automobilistes qui ne respectent pas les règles, mais ils prennent aussi du temps pour les sensibiliser. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Mais la mission des policiers est essentiellement dissuasive et éducative, fait remarquer Manuel Omil, au volant de son autopatrouille. Le policier municipal affirme donner aujourd’hui moins de 400 constats d’infraction par mois.

Des gens marchent sur une traverse piétonne.En piétonnisant la ville, le maire s'est assuré d'augmenter la sécurité des piétons. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Les passages piétons ont aussi été surélevés pour forcer les voitures à ralentir. Miguel Anxo Fernández parle d’un effet psychologique. « Ce ne sont pas les piétons qui doivent quitter la sécurité du trottoir pour descendre se risquer à traverser l’espace réservé aux voitures; ce sont les voitures qui montent sur un espace réservé aux piétons. » Résultat : les accidents mortels sont dix fois moins nombreux depuis la piétonnisation et aucun décès n’est à déplorer depuis 2007.

Nous disons souvent à la blague que la voiture est comme un animal sauvage que nous avons domestiqué.

Miguel Anxo Fernández, maire de Pontevedra

Les gens qui n’habitent pas le centre de Pontevedra sont invités à laisser leur voiture à la périphérie où ont été aménagés des stationnements gratuits pouvant accueillir des milliers de voitures.

Image aérienne de Ponteverda, avec un stationnement de voitures de l'autre côté de la rive.Il n'y a aucune congestion routière sur les ponts entrant à Ponteverda; les automobilistes sont invités à laisser leur voiture dans des stationnements incitatifs à l'extérieur de la ville. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Et pour mieux évaluer le temps nécessaire pour arriver à pied aux différents points de la ville, des panneaux appelés « metrominuto », semblables à des plans de métro, ont été disposés un peu partout en ville, indiquant la durée des trajets. La mairie a même produit une application du même nom pour les téléphones intelligents.

Des effets bénéfiques sur toute la ligne

Des dizaines de personnes marchent sur la rue.Les citoyens de Ponteverda disent être en meilleure santé grâce à la piétonnisation de leur centre-ville. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger


La transformation de Pontevedra a fonctionné au-delà de toute attente. La circulation automobile y a été réduite de 90 %. Aujourd’hui, 70 % des déplacements se font à pied ou à vélo. Résultat : les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 75 %.

Mais le maire, qui est médecin de formation, est surtout fier des nombreux bénéfices pour la santé de ses administrés : « Les gens ici font entre 7000 et 10 000 pas par jour, ce qui équivaut à 6 ou 7 kilomètres. C’est très bon pour le système cardiorespiratoire. Cela évite la sédentarité et donc l’obésité ».

En passant par la rue Benito Corbal, la grande artère commerciale de la ville, Miguel Anxo Fernández parle avec fierté de toutes les boutiques achalandées. La piétonnisation et l’interdiction de construction de centres commerciaux en périphérie ont permis de redynamiser le centre-ville où sont venus s’installer 12 000 nouveaux habitants.

En passant non loin de la place de Peregrina où trône la chapelle ronde du même nom, des résidents interrompent le maire pour lui demander de poser pour un égoportrait. Il le fait de bon cœur. Puis il ajoute, sur le ton de la confidence : « Ce qui me satisfait le plus, ce qui flatte mon orgueil, c’est que les citoyens de Pontevedra aujourd’hui sont fiers de leur ville et disent à tous qu’ils ont la chance de vivre dans la meilleure ville du monde ».

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