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La Chambre des représentants défie Trump en votant pour mettre fin à la paralysie

Résumé de la journée avec Sébastien St-François
Radio-Canada

La démocrate Nancy Pelosi a défié Donald Trump dès son retour historique, jeudi, à la tête de la Chambre des représentants, en faisant approuver par sa nouvelle majorité des mesures visant à mettre fin à la paralysie partielle de l'État, mais tout en excluant le financement d'un mur à la frontière avec le Mexique, comme l'exige le président américain depuis plus de 12 jours.

Le 116e Congrès américain, que se partagent démocrates et républicains, s'est réuni ainsi pour la première fois jeudi, prélude au climat d'affrontement qui s'annonce avec le président Donald Trump.

Les mesures votées par les démocrates devraient cependant rester lettre morte au Sénat, dirigé par les républicains, parce qu'elles n'incluent pas les 5 milliards de dollars exigés par le président pour financer le mur à la frontière avec le Mexique afin de lutter contre l'immigration clandestine.

Mais pour Nancy Pelosi et les démocrates, il s'agissait surtout, au premier jour de leur pouvoir retrouvé, de s'afficher en acteurs « responsables » faisant tout pour sortir de l'impasse budgétaire tandis que Donald Trump persiste selon eux dans des « caprices ».

Les deux parties doivent se retrouver vendredi à la mi-journée à la Maison-Blanche pour tenter de trouver une solution à l'impasse budgétaire qui paralyse 25 % des administrations fédérales depuis bientôt deux semaines.

Pelosi, bête noire des républicains

Première femme de l'histoire américaine à accéder à ce poste crucial de 2007 à 2010, Nancy Pelosi a repris, à 78 ans, les rênes de la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates.

La représentante de San Francisco, bête noire des républicains, a reçu l'appui de 220 élus sur les 412 présents, un peu plus que les 218 voix nécessaires. Quinze démocrates n'ont pas voté pour elle.

Elle a prêté serment, entourée de ses petits-enfants, mais aussi des enfants ou petits-enfants de plusieurs élus, accompagnés pour l'occasion de leur famille.

Nancy Pelosi est entourée d'enfants et parle devant les élus.Après une joyeuse cacophonie rythmée par les pleurs d'un bébé, entourée de ses petits-enfants et des enfants d'autres élus venus assister à la cérémonie, Nancy Pelosi a prêté serment. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Dans son discours d’investiture, Nancy Pelosi s’est dite particulièrement fière d’accéder au poste de présidente de la Chambre, en cette année où le Congrès a élu un nombre record de 127 femmes et 100 ans après que les élus eurent reconnu aux femmes le droit de voter.

Elle a aussi vanté la « beauté de la Constitution » américaine, qui permet d’assurer un équilibre des pouvoirs entre les différents organes décisionnels.

Dans un contexte politique de plus en plus partisan, elle a également appelé ses collègues à faire preuve de civilité.

Nous ne nous ferons pas d'illusions en croyant que notre travail sera facile et que nous serons toujours d'accord dans cette Chambre, mais engageons-nous, chacun d'entre nous, lorsque nous ne sommes pas d'accord à nous respecter mutuellement et à respecter la vérité.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

« Notre nation vit un moment historique. Ce Congrès sera bipartite, transparent et unifié », a-t-elle lancé.

Nancy Pelosi a aussi promis de s'attaquer aux changements climatiques, « menace existentielle de notre époque », de travailler pour la classe moyenne et de protéger les Dreamers, les enfants de migrants arrivés illégalement aux États-Unis.

« Si nous fermons la porte aux nouveaux Américains, notre rôle de leader dans le monde sera bientôt perdu », a-t-elle dit, citant le président républicain Ronald Reagan.

Selon CNN, les démocrates auront pour priorités de défendre l’Obamacare, de protéger l’enquête du procureur spécial Mueller, de forcer la publication des déclarations de revenus des 10 dernières années du président et de procéder à une réforme des campagnes électorales.

Au Sénat, le vice-président républicain, Mike Pence, a présidé, sous les applaudissements, aux premières prestations de serment, dont celle de Mitt Romney, tout nouveau sénateur de l'Utah. M. Romney a fait une sortie en règle contre le président, hier.

La paralysie de l'État au centre des travaux

Le président Trump, regarde par terre pendant que Brandon Judd s'adresse aux reporters.Renouvelant son plaidoyer pour un mur à la frontière avec le Mexique, le président Trump était notamment accompagné par le président du syndicat des agents frontaliers, Brandon Judd. Photo : La Presse canadienne / Jacquelyn Martin

Nancy Pelosi avait manifesté son intention de faire adopter d'ici la fin de la journée des lois contenant des mesures budgétaires qui permettraient – certaines de façon temporaire – de débloquer les administrations fédérales américaines, partiellement paralysées depuis le 22 décembre.

En soirée, la Chambre a voté en faveur de deux projets de loi prévoyant notamment de rouvrir le département de la Sécurité intérieure et de le financer jusqu'au 8 février, le temps de poursuivre les négociations, sans allouer de fonds pour la construction du mur.

On ne construit pas de mur. Quelqu'un a-t-il des doutes? Nous ne construisons pas de mur.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, s'adressant aux journalistes jeudi soir

Les autres départements touchés par la fermeture de l'État, comme ceux de l'Agriculture ou du Logement et du Développement urbain, verraient leur financement assuré jusqu'à la fin de l'année fiscale, le 30 septembre.

La Maison-Blanche a par avance rejeté ces mesures.

Après avoir mis en ligne une vidéo dénonçant la « crise à la frontière », plus tôt dans la journée, le président Trump a pour sa part fait une apparition surprise à une conférence de presse de la Maison-Blanche pour renouveler son plaidoyer en faveur du mur.

« Sans mur, vous ne pouvez pas avoir de sécurité aux frontières », a-t-il martelé, accompagné notamment de trois agents frontaliers, qui ont relayé le même message.

« Les gens de notre pays le veulent » , a-t-il affirmé.

Il a cependant profité de l'occasion pour féliciter Nancy Pelosi.

C’était la première fois que le président Trump prenait la parole lors d'une conférence de presse de la Maison-Blanche, mais il n’a répondu à aucune question.

Au 13e jour de la paralysie du gouvernement, il reste difficile d'entrevoir une sortie de crise.

« Cela pourrait durer longtemps », a mis en garde Donald Trump mercredi, après une réunion avec les chefs du Congrès qui n'a pas débouché sur une solution. Tous devraient se retrouver vendredi à la Maison-Blanche.

Les démocrates, eux, se disent favorables à une sécurité « forte » aux frontières, mais opposés à un mur, qu'ils jugent « inefficace ».

Trump dans la mire des démocrates

Ce bras de fer pourrait n'être que les prémices de féroces batailles à venir, alors que les démocrates viennent de récupérer le pouvoir d'enquête des puissantes commissions de la Chambre des représentants sur les agissements du président et de son administration.

Collusion avec la Russie, impôts non payés, corruption, problèmes d'éthique : les démocrates risquent de chercher la petite – ou la grosse – bête noire.

Les commissions sont dotées de puissants pouvoirs d'investigation, notamment ceux d'assigner les témoins à comparaître et d'ordonner la présentation de documents.

Pour l'instant, toute tentative de destituer le 45e président des États-Unis n'irait cependant pas loin : si les démocrates sont en position de voter sa mise en accusation à la Chambre, c'est au Sénat qu'il reviendrait ensuite de faire aboutir ou avorter la procédure.

Avant d'assumer ses nouvelles responsabilités, jeudi matin, Nancy Pelosi n'a toutefois pas écarté l'ouverture d'une procédure de destitution visant le président, disant attendre les résultats de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la Russie.

« Nous ne devrions pas destituer le président pour des raisons politiques, et nous ne devrions pas éviter une destitution pour des raisons politiques », a-t-elle déclaré en matinée au réseau NBC.

Un Congrès plus diversifié

Le Congrès comptera un nombre record d'élus issus de minorités, dont la représentante de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, qui est devenue à 29 ans la plus jeune représentante de la Chambre.

Si le Congrès a vu ses contingents féminin et multiethnique augmenter de façon considérable, c'est aux démocrates qu'il le doit. Ceux-ci ont notamment fait élire les deux premières musulmanes et les deux premières Autochtones du Congrès.

Par contraste, le Parti républicain reste très majoritairement représenté par des hommes blancs.

Avec les informations de Agence France-Presse, CNN, et Associated Press

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