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Des infirmières auxiliaires pour pallier le manque de préposés dans des CHSLD privés

Le reportage de Normand Grondin
Radio-Canada

Devant la pénurie persistante de préposés aux bénéficiaires, un gestionnaire privé, le Groupe Santé Arbec, a décidé de transformer la moitié des postes de préposés dans ses CHSLD en postes d'infirmières auxiliaires. Une pratique de plus en plus courante, mais dénoncée par les syndicats.

Un texte de Marie-Josée Paquette-Comeau

L'automne dernier, avant même l'ouverture officielle du CHSLD Michèle-Bohec, à Blainville, le tout dernier centre de soins de longue durée du Groupe Santé Arbec, Benoit Valiquette faisait face à un casse-tête de recrutement.

Le directeur général de ce gestionnaire privé, qui possède six CHSLD, notamment en Montérégie et dans les Laurentides, savait qu’il lui était impossible de recruter le nombre nécessaire de préposés aux bénéficiaires pour prodiguer des soins à la centaine de résidents du nouveau centre.

Le directeur général du Groupe Santé Arbec, Benoit ValiquetteLe directeur général du Groupe Santé Arbec, Benoit Valiquette Photo : Radio-Canada

On s'est rendu compte qu'on n’arrivera jamais à combler l'entièreté de nos besoins.

Benoit Valiquette, directeur général du Groupe Santé Arbec

Au Québec, tous secteurs confondus, il manque plus de 2000 préposés aux bénéficiaires, selon une compilation réalisée en 2017 par la Fédération de la santé et des services sociaux CSN.

Devant cette impasse, Benoit Valiquette a opté pour une solution : transformer la moitié des postes de préposés aux bénéficiaires dans ses établissements en postes d'infirmières auxiliaires.

Les nouveaux postes d’infirmières auxiliaires du CHSLD Michèle-Bohec prodiguent ainsi ce qu’on appelle « des soins partagés » qui comprennent 50 % des tâches reliées aux soins d’assistance autrefois réservés aux préposés.

Ce qui veut dire qu’en plus de prodiguer notamment la médication, procéder aux injections et nettoyer les pansements, les infirmières auxiliaires doivent assurer les soins de base, comme l’hygiène et l’alimentation.

Moins de patients

En contrepartie, les infirmières auxiliaires du CHSLD Michèle-Bohec ont deux fois moins de patients à leur charge. Dans le réseau, une infirmière auxiliaire peut avoir jusqu’à 34 patients sous sa garde lorsqu’elle est entourée d’environ 4 à 5 préposés aux bénéficiaires et d’une infirmière.

Avec le nouveau système du Groupe Santé Arbec, elles sont deux infirmières pour répondre aux besoins du même nombre de patients. Elles sont accompagnées de deux ou trois préposés et d’une infirmière à l’étage.

Cette décision a fait grimper la masse salariale de 40 %, selon le directeur. Le salaire de base d’un préposé chez Groupe Santé Arbec oscille entre 14 $ et 16 $ de l’heure. Celui d’une infirmière auxiliaire équivaut à ce qu'elle obtiendrait dans le secteur public, soit environ 22 $ de l’heure.

Sans être une solution parfaite, le directeur général y voit plusieurs avantages.

Elles les connaissent un peu plus, forcément, parce qu'elles ont 50 % moins de résidents. Ça fait un beau travail d'équipe qui est quand même positif.

Benoit Valiquette, directeur général du Groupe Santé Arbec

Benoit Valiquette a privilégié la transformation des postes de préposés, puisque plusieurs infirmières auxiliaires se retrouvaient sans emploi ou sur la liste de rappel du CISSS de la région.

Le directeur général de Groupe Santé Arbec admet toutefois qu'il ne s'agit que d'une solution temporaire. « C'est une solution à court terme, parce qu'on est quand même un centre privé, donc logiquement, on devrait générer un peu de profit, mais c'est un modèle d'affaire qui nous coûte environ 200 000 $ à 250 000 $ de plus par année », reconnaît M. Valiquette.

Casser la routine

Pour l’infirmière auxiliaire Gabrielle Côté, qui travaille en Montérégie, ces changements sont bénéfiques autant pour le personnel que pour les patients. Ils permettent de diversifier les tâches, rendant ainsi le travail plus intéressant.

En ayant moins de patients, on a plus de temps à donner pour les soins.

Gabrielle Côté, infirmière auxiliaire au CHSLD Marguerite-Rocheleau, dans l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil
Gabrielle Côté, infirmière auxiliaire au CHSLD Marguerite-Rocheleau du Groupe Santé ArbecGabrielle Côté, infirmière auxiliaire au CHSLD Marguerite-Rocheleau du Groupe Santé Arbec Photo : Radio-Canada

Elle ajoute que les soins partagés lui permettent de mieux suivre l’état de santé de ses patients.

La profession en péril

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-Secteur privé (FIQ-P) estime que cette pratique dévalorise la profession d'infirmière auxiliaire. La présidente, Sonia Mancier, craint les conséquences de cette décision sur les patients.

Aujourd'hui, on lui demande de faire des tâches de préposés aux bénéficiaires, mais pendant ce temps-là, il faut qu'une partie des tâches faites par l'infirmière auxiliaire soit faite par l'infirmière et on se retrouve, à la fin de la journée, où tout ce qui est activité clinique n'a pas été complété.

Sonia Mancier, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-Secteur privé

La présidente de la FIQ-P considère qu'il est acceptable de faire appel à l’expertise des infirmières auxiliaires pour répondre à des besoins ponctuels, mais selon elle, cette pratique ne devrait pas être institutionnalisée.

Sonia Mancier, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-Secteur privéSonia Mancier, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-Secteur privé Photo : Radio-Canada

Elle pense que les infirmières auxiliaires sont victimes du manque de postes à temps plein offerts à ces professionnelles. Au Québec, selon les chiffres de l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires, seulement 40 % des infirmières ont un poste à temps complet. « On les attire en disant que l'on va les payer le même salaire [pour des tâches de préposés] », explique Mme Mancier.

Quand vous êtes pris à la gorge, qu’est-ce que vous faites? Vous acceptez!

Sonia Mancier, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-Secteur privé

La FIQ-P soutient que les employeurs devraient s'attaquer au véritable problème de recrutement de préposés, soit les conditions de travail.

Santé