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Netflix plie l'échine devant Riyad en retirant une émission critiquant la monarchie saoudienne

Hasan Minhaj, en complet, s'adresse à une foule.

L'humoriste Hasan Minhaj, lors d'une prestation à New York, en mai 2017.

Photo : La Presse canadienne / AP/Kathy Willens

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Netflix confirme avoir supprimé une émission critiquant la monarchie saoudienne de sa plateforme de diffusion sur le territoire du royaume, à la demande des autorités du pays, s'attirant du coup de sévères critiques.

L’émission supprimée est un épisode de Patriot Act with Hasan Minhaj, dans lequel l’humoriste américain critique directement le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) dans la foulée du meurtre du chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi.

Il se moque aussi des velléités réformatrices de celui qui est le véritable homme fort du pays et critique la guerre menée par le royaume au Yémen.

« Nous appuyons fortement la liberté artistique à travers le monde et avons retiré cet épisode seulement en Arabie saoudite, après avoir reçu une requête légale valide et pour nous conformer à la législation locale », a affirmé un porte-parole de Netflix, confirmant une information d’abord publiée mardi par le Financial Times.

La société américaine précise que cette requête provenait de l'autorité saoudienne des télécommunications, qui appuyait sa requête sur un article de la loi contre les cybercrimes.

L'article en question prévoit que « la production, la préparation, la transmission ou la conservation de matériel qui empiète sur l'ordre public, les valeurs religieuses, les moeurs publiques et la vie privée par le réseau télévisé ou informatique » est passible de cinq ans de prison et d'une amende maximale de trois millions de riyals saoudiens (1,1 million de dollars canadiens).

La plateforme de diffusion en ligne a cependant fait savoir que l’émission en question demeure disponible sur son canal YouTube.

Les autorités saoudiennes n’ont pas commenté la situation.

MBS, faux réformateur, vrai dictateur

« Il y a quelques mois, le prince héritier Mohammed ben Salmane, aussi appelé MBS, était acclamé comme le réformateur dont le monde arabe a besoin », affirme Hasan Minhaj dans l’épisode visé par les autorités saoudiennes. « Mais les révélations entourant le meurtre de Jamal Khashoggi ont détruit cette image. »

À la fin de l’épisode, l’humoriste revient à la charge en déclarant sans détour : « Je milite vraiment pour le changement en Arabie saoudite. Je milite pour la population de l’Arabie saoudite. Il y a des gens en Arabie saoudite qui se battent pour un vrai changement, mais MBS n’est pas l’un d’eux. »

« Et à ceux qui continuent à travailler avec lui, sachez qu’avec chaque entente que vous concluez, vous aidez simplement à solidifier une monarchie absolue sous le couvert du progrès parce que, ultimement, MBS ne modernise pas l’Arabie saoudite », assène en outre Hasan Minhaj. « La seule chose qu’il modernise, c’est la dictature saoudienne. »

« Le moment est peut-être venu de réévaluer notre relation avec l’Arabie saoudite. Et je dis ça en tant que musulman, et en tant qu’Américain. »

— Une citation de  Hasan Minhaj, dans l'épisode censuré
Plan rapproché de Mohammed ben Salmane. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, lors d'une conférence organisée par le fonds souverain saoudien, le 23 octobre, à Riyad.

Photo : La Presse canadienne / AP/Amr Nabil

Une décision clouée au pilori par le Washington Post

La position de Netflix a été sévèrement critiquée par Karen Attiah, qui supervisait les contributions au Washington Post de Jamal Khashoggi. Dans un message publié sur Twitter, elle a qualifié la position de la société de « scandaleuse ».

M. Khashoggi a été assassiné puis démembré dans le consulat de son pays à Istanbul au début du mois d’octobre. Il a d'abord été un proche collaborateur de la famille royale et des services de renseignements avant de devenir un adversaire du prince héritier saoudien.

Riyad a démenti toute responsabilité pendant plusieurs jours, avant d’imputer le tout à des éléments rebelles qui auraient agi de leur propre chef, sans coordination avec MBS.

La CIA a conclu que ce meurtre ne pouvait pas avoir été commis sans l’aval du prince héritier. Le président Trump a décidé de faire fi de cette conclusion pour préserver l’alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, et les retombées économiques que cela entraîne aux États-Unis.

Cela lui a valu une rare rebuffade des sénateurs républicains.

Netflix accusé de nuire à la liberté d'expression dans le royaume

Amnistie internationale a aussi dénoncé la censure de Netflix exercée par le gouvernement saoudien. Il s’agit là d’une « preuve supplémentaire d’une campagne de répression sans répit contre la liberté d’expression », affirme dans un communiqué Samah Hadid, directrice des campagnes pour le Moyen-Orient.

« Les autorités ont déjà utilisé les lois contre le cybercrime pour faire taire les dissidents, créant un environnement de peur pour ceux qui osent parler en Arabie saoudite. En se pliant aux demandes des autorités saoudiennes, Netflix risque de faciliter la politique de tolérance zéro du royaume envers la liberté d’expression. »

— Une citation de  Samah Hadid, directrice des campagnes pour le Moyen-Orient à Amnistie internationale

« Depuis que le prince héritier Mohammed ben Salmane a pris le pouvoir [de facto, NDLR] en juin 2017, plusieurs défenseurs des droits de la personne, activistes et critiques ont été détenus arbitrairement, ou injustement condamnés à de longues peines de prison simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression », poursuit-elle.

Netflix essuie également de nombreuses critiques pour sa décision sur les réseaux sociaux.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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