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Qu’est-ce qui a poussé ce jeune fermier québécois à poursuivre Washington?

Le reportage de Christian Latreille
Christian Latreille

Vingt et un jeunes Américains poursuivent devant les tribunaux le gouvernement des États-Unis afin de le forcer à arrêter d'encourager le réchauffement de la planète. Parmi ce groupe, un Québécois d'origine qui veut protéger à tout prix sa ferme des conséquences des changements climatiques.

Jacob Lebel, 21 ans, originaire du Québec, vit depuis l’âge de 4 ans à Roseburg, dans l’État de l’Oregon, dans la ferme familiale. Ses parents ont émigré sur la côte ouest américaine au début des années 2000.

Un homme donne du foin à trois vaches.Jacob Lebel travaille dans la ferme familiale à Roseburg, en Oregon. Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Les Lebel vivent en autarcie. Ils se nourrissent des produits de la terre et utilisent surtout des énergies renouvelables. Cette famille a décidé d’être en totale harmonie avec la nature. Elle est autosuffisante à 85 %. « J’ai grandi dans cette ferme avec certaines valeurs, notamment la valeur simple de protéger l’environnement », affirme Jacob Lebel.

Un homme montre l'intérieur d'un frigo rempli à craquer de légumes, fromages et viandes.Haricots, beurre, poulets, boeuf, Jacob Lebel liste une partie des produits qui remplissent un des 7 congélateurs remplis de nourriture. Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Jacob n’a jamais souhaité devenir un jour militant écologiste. C’est à cause d’un projet de pipeline qui visait sa ferme qu’il a cultivé sa fibre militante.

Je n’ai jamais pensé que je serais en procès contre le gouvernement des États-Unis. Ce n’est pas quelque chose à laquelle je rêvais, être un activiste.

Jacob Lebel

Un jour, un ami lui a écrit sur Facebook au sujet d'une poursuite contre le gouvernement américain. La poursuite Juliana c. États-Unis, aussi connue sous le nom de Youth v. Gov, a été lancée en 2015 par Kelsey Juliana, qui avait décidé de poursuivre l’Oregon. Plusieurs jeunes, dont Jacob, se sont joints à elle par la suite et ils ont intenté la poursuite à l'échelle fédérale.

« J’ai senti que c’est là que je pouvais être le plus utile pour aider les gens et l’environnement. » Depuis ce temps, Jacob Lebel donne des entrevues, des conférences, et manifeste à Washington et ailleurs pour faire connaître la cause.

Deux hommes se serrent la main.Jacob Lebel félicite l'avocat du dossier, Phil Gregory, après une audience devant un juge du district fédéral en Oregon, le 18 juillet 2018. Photo : Associated Press / Chris Pietsch

Chacun des 21 jeunes engagés dans cette cause unique doit démontrer que sa qualité de vie est altérée par les actions ou l’absence d’action du gouvernement américain.

Dans le cas des Lebel, leur mode de vie à la ferme est notamment menacé par les feux de forêt en Oregon. L’été dernier, ils ont dû porter des masques tant la fumée était dense. C'est sans compter les effets des brasiers en Californie, l’État voisin, qui les inquiètent plus que jamais. « La saison des feux de forêt a augmenté d’à peu près 21 jours dans les années 1970 à plus de 116 jours aujourd’hui », explique Jacob Lebel.

Jacob Lebel, debout dans un champ enfumé, porte un masque.Les feux de forêt ont eu des répercussions sur la vie au quotidien à la ferme des Lebel. Photo : Courtoisie Jacob Lebel

Selon la Constitution des États-Unis, l’État est responsable de la qualité de l’air, de l’eau, des côtes et des océans.

Ils ont les meilleurs scientifiques. Ils ont les ressources pour trouver des solutions. Je ne peux pas croire qu’ils ne peuvent pas agir pour arrêter de nous mettre en danger.

Jacob Lebel

Un peu partout dans le monde, des poursuites comme celle qu'ont intentée ces jeunes Américains contre leur gouvernement se sont multipliées au cours des dernières années. Aux Pays-Bas, des citoyens ont obtenu gain de cause en appel en octobre dernier. L’État n’a pas eu le choix de se fixer des objectifs plus élevés pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Ne pas lutter contre les changements climatiques est désormais illégal.

« Compte tenu des grands dangers qui risquent de se produire, des mesures plus ambitieuses doivent être prises à court terme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de protéger la vie des citoyens néerlandais. Tout report des réductions d'émissions exacerbe les risques liés aux changements climatiques. Le gouvernement néerlandais a le devoir de réduire les émissions de son propre territoire », affirme la juge Marie-Anne Tan-de Sonnaville.

Plusieurs jeunes devant une bannière.Jacob Lebel, à droite, et d’autres jeunes plaignants avec leurs avocats, à la sortie de la cour le 18 juillet dernier. Photo : Associated Press / Chris Pietsch

Les jeunes Américains souhaitent un jugement semblable, un jour, aux États-Unis. Jusqu’à maintenant, 14 juges ont statué sur le fait que leur cause était valable. Mais l’administration Trump ne cesse de leur mettre des bâtons dans les roues, ce qui ralentit le processus judiciaire.

Jacob Lebel croit que tous doivent fournir leur part d'efforts : « Tu peux être un étudiant. Tu peux être un artiste, un fermier, un ingénieur. Il y a des manières de créer un monde meilleur pour nous tous. »

Quelle que soit l’issue de cette cause, qui pourrait se rendre jusqu’en Cour suprême, les jeunes doivent maintenant réparer les dégâts environnementaux laissés par les générations précédentes. Il n’est peut-être pas trop tard pour agir, mais il est difficile d’oublier que leur avenir portera toujours les traces des négligences du passé.

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