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Menace de grève des débardeurs du port de Montréal

Un bateau accosté au port de Montréal.
Les débardeurs menacent de déclencher une grève au port de Montréal. Photo: iStock
Jérôme Labbé

Deux jours sans convention collective : c'est tout le temps qu'il aura fallu au Syndicat des débardeurs du port de Montréal pour sortir les griffes, et menacer de faire la grève.

Les travailleurs de la section locale 375 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) souhaitent rattraper des reculs auxquels ils ont consenti à contrecoeur dans le passé, affirme le conseiller syndical Michel Murray.

« Le Syndicat des débardeurs a été, lors des deux dernières négociations, menacé de loi spéciale si jamais il osait prendre un vote de grève », rappelle-t-il. « Alors il n'y a pas un enjeu; il n'y a pas deux enjeux; il n'y a pas cinq enjeux; il y a l'enjeu de la convention collective qui a été passée à la tronçonneuse sous la gouverne des gouvernements conservateurs lors des deux dernières négociations. »

M. Murray se dit toutefois optimiste. « C'est le gouvernement libéral qui est au pouvoir présentement, et le premier ministre Justin Trudeau a dit au [Congrès du travail du Canada] lors de la dernière campagne électorale que ce n'était pas son intention de se mêler des négociations directement comme Harper l'a fait », souligne-t-il.

Sur le fonds, la question des horaires de travail des débardeurs est au coeur des pourparlers, explique le syndicaliste. « À chaque 21 jours, les débardeurs doivent se mettre disponible 19 sur 21. Ça, c'est archaïque. Ce système-là est à changer complètement. Et c'est un des enjeux qui est à la table des négociations. »

Les employés demandent aussi que le code de discipline soit rafraîchi et qu'il laisse plus de place au dialogue.

Une manne qui doit être partagée, plaide le syndicat

Les débardeurs souhaitent également profiter de l'essor phénoménal que connaît le port de Montréal, admet Michel Murray.

Le port est en constante croissance. Il a doublé de volume au cours des dix dernières années.

Michel Murray, conseiller syndical au SCFP

Or, « les conséquences d'un arrêt de travail au port seraient extrêmement graves », fait valoir le relationniste Alexandre Comeau, qui agit comme porte-parole pour le vis-à-vis du Syndicat à la table des négociations, l'Association des employeurs maritimes (AEM).

Aussi, l'AEM s'en remet à la médiation, qui devrait reprendre lundi prochain.

« C'est sûr que, pour nous, l'objectif demeure de continuer à négocier de bonne foi avec le syndicat », assure aussi M. Comeau. « Les gouvernements suivent la situation, de ce qu'on comprend, et puis on continue à les informer au besoin quand ils nous contactent, mais comme je vous dis, l'étape d'aujourd'hui, du mandat de grève, on considère ça comme usuel; on verra l'issue de la négociation, éventuellement. »

Un moment choisi

Les syndiqués se sont prononcés sur la question avant les vacances des Fêtes. Un scrutin secret a eu lieu lors d'une assemblée générale, le 16 décembre, dans une salle de réception de l'arrondissement de Saint-Léonard. Environ 600 des 1100 syndiqués ont participé à l'exercice, selon le syndicat, qui dit avoir reçu un mandat fort, presque unanime, à 99,49 %.

Il s'agit essentiellement d'un geste symbolique, puisque le mandat de grève, valide pour seulement 60 jours, ne pourra pas être exercé avant que le syndicat et l'employeur soient entendus par le Conseil canadien des relations industrielles sur ce qui constitue un service essentiel, en février. Il faudra donc qu'un nouveau vote de grève ait lieu, reconnaît Michel Murray.

Ce n'est toutefois pas un hasard si les résultats ont été rendus publics mercredi matin. Le syndicat l'avoue lui-même : il souhaite lancer un message à l'aube d'un événement phare de l'industrie, soit la remise de la fameuse canne à pommeau d'or, qui aura lieu jeudi matin, en présence du premier capitaine à avoir atteint le port de Montréal sans escale en 2019.

Le vraquier, tiré par un remorqueur dans le Saint-Laurent.Battant pavillon néerlandais, le Virginiaborg a été le premier navire à atteindre le port de Montréal sans escale en 2019. Photo : La Presse canadienne / Port de Montréal

Officiellement, le contrat de travail des débardeurs a pris fin dans la nuit du 31 décembre. Dans un communiqué transmis mercredi matin, le syndicat écrit qu'en dépit de la menace de grève qu’il laisse planer, les débardeurs souhaitent toujours en arriver à une entente négociée avec la partie patronale.

Ses auteurs évoquent toutefois un climat de travail tendu, dénonçant le « mépris » de l'employeur et « la multiplication des recours juridiques contre le syndicat et ses officiers » – des reproches que l'Association des employeurs maritimes a préféré ne pas commenter.

Les débardeurs sont les opérateurs de machinerie lourde qui chargent et déchargent les navires du port de Montréal. Ils travaillent au sein d'une trentaine d'entreprises peu connues du grand public, regroupées au sein de l'AEM, qui est aussi présente dans d'autres ports du pays.

L'administration portuaire, elle, n'est pas impliquée directement dans les négociations. Elle précise toutefois que les activités du port de Montréal se déroulent présentement sans anicroche.

Avec les informations de La Presse canadienne

Relations de travail

Économie