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La Chine maintient la ligne dure envers Taïwan

Xi Jinping, devant deux micros.

Le président chinois Xi Jinping, lors de son allocution au Palais du peuple, à Pékin

Photo : Reuters / Mark Schiefelbein/Pool

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La Chine n'exclut pas de recourir à la force pour ramener Taïwan dans son giron, mais cherchera tout de même à y parvenir dans le cadre d'un processus pacifique, a fait valoir mercredi le président chinois Xi Jinping. Une approche immédiatement rejetée par son homologue taïwanaise, Tsai Ing-wen.

« Nous ne promettons pas de renoncer au recours à la force et nous nous réservons le droit de prendre toutes les mesures nécessaires » pour empêcher l’indépendance de Taïwan, a déclaré le numéro un chinois lors d'un discours prononcé au Palais du peuple à Pékin.

« L'indépendance de Taïwan ne pourra conduire qu'à une impasse. La Chine doit être réunifiée et elle le sera. »

— Une citation de  Xi Jinping, président de la Chine

M. Xi prononçait cette allocution à l’occasion du 40e anniversaire du « Message aux compatriotes de Taïwan », dans lequel la Chine avait offert d’établir des communications avec les dirigeants de l’île, considérée comme une province chinoise rebelle.

La Chine et Taïwan sont gouvernés par des régimes distincts depuis que les communistes de Mao ont défait les troupes de Tchang Kaï-chek en 1949. Ce dernier s’est exilé sur l’île de Formose, située à un peu moins de 200 kilomètres de la Chine continentale, où il a dirigé un gouvernement jusqu’en 1975.

Selon le président Xi, la « réunification » de la Chine doit se produire en vertu de la politique de la Chine unique, qu’elle défend de longue date. Pékin avait déjà fait valoir qu’elle était prête à utiliser la force en cas de déclaration d’indépendance des dirigeants taïwanais ou d’intervention extérieure.

Le président chinois n’a pas nommément évoqué le soutien des États-Unis à Taïwan, mais sa déclaration survient au surlendemain de la signature par le président américain Donald Trump d’une loi autorisant la vente d’armes à Taïwan, dont il est le principal protecteur.

« S'écarter du principe de la Chine unique conduirait à la tension et au chaos dans les relations interdétroit et nuirait aux intérêts vitaux des compatriotes de Taïwan. […] Nous ne laisserons jamais aucune place aux actions séparatistes en faveur de l'indépendance de Taïwan. »

— Une citation de  Xi Jinping, président de la Chine

Le président Xi a affirmé aux hommes d’affaires et hauts responsables du Parti communiste chinois venus l’entendre que l’indépendance de Taïwan constituerait un « grave désastre ». Selon lui, le modèle « un pays, deux systèmes », appliqué par la Chine à Hong Kong, constitue la voie à suivre.

Taïwan invite la Chine à « évoluer vers la démocratie »

L’appel du président Xi n’a pas tardé à être rejeté par la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2016, la cheffe du Parti démocratique progressiste (PDP), qui flirte avec l’indépendance, refuse de reconnaître le principe de l’unité de la Chine.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen marche en se frottant les mains. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, après sa conférence de presse au palais présidentiel, à Taïpei.

Photo : Getty Images / SAM YEH

« Le peuple taïwanais chérit les valeurs démocratiques, c’est son mode de vie », a-t-elle répliqué lors d’une conférence de presse. La présidente affirme vouloir maintenir le statu quo actuel et invite la Chine à résoudre de façon pacifique ses différends avec Taïwan, dont l'appellation officielle reste « République de Chine ».

« La grande majorité des Taïwanais s’oppose résolument à « un pays, deux systèmes ». C’est le consensus taïwanais. Nous invitons la Chine à évoluer vers la démocratie. Ce n’est qu’en faisant cela qu’elle pourra véritablement comprendre la pensée et l’insistance du peuple de Taïwan. »

— Une citation de  Tsai Ing-wen, présidente de Taïwan

Mme Tsai a aussi accusé Pékin de provocation, en lui reprochant d’avoir « acheté » au cours des derniers mois quelques-uns des derniers alliés diplomatiques de Taïwan et d’avoir multiplié les manœuvres militaires près de l’île.

« Si le gouvernement chinois ne traite pas son peuple avec bienveillance, [s'il] ne peut garantir les droits de l'homme et s'il ne laisse pas son peuple voter […] les Taïwanais verront avec suspicion les intentions de la Chine », a ajouté le ministère taïwanais des Affaires étrangères.

« Ça ne va jamais marcher », estime un sinologue

Afin de parvenir à un « consensus » autour de la réunification, Xi Jinping évoque un vaste dialogue regroupant toutes les couches de la société, mais sur la base de la reconnaissance préalable du principe de la Chine unique, souligne le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong. Or, un tel dialogue « exclurait beaucoup de monde », à commencer par le PDP de Mme Tsai.

« En substance, Xi déclare : "On est prêts à négocier, à offrir des tas de choses, mais vous devez capituler d'abord" », analyse-t-il. « Ça n'est pas possible, ça ne va jamais marcher. »

Par son discours « au ton menaçant », Xi Jinping risque au contraire « de prendre les Taïwanais à rebrousse-poil », pronostique M. Cabestan.

Selon lui, le pouvoir chinois cherche à éloigner les électeurs taïwanais du PDP, au profit du Kuomintang (KMT), le parti autrefois dirigé par Tchang Kaï-chek, considéré comme plus favorable à la réunification chinoise.

Dans son discours, Xi Jinping s'est cependant gardé de fixer une date limite pour parvenir à la réunification, ce qui aurait été « trop risqué », selon M. Cabestan.

Comme feuille de route, le président chinois reprend le modèle « un pays, deux systèmes » qui prévaut depuis 1997 pour le retour de Hong Kong dans le giron chinois, mais un tel rapprochement ne risque pas de convaincre grand monde, observe la députée hongkongaise Claudia Mo.

La Chine « est en train d'avaler Hong Kong dans tous les domaines, mais explique que Hong Kong est un excellent exemple pour Taïwan. C'est une blague », estime la députée, favorable à un modèle démocratique pour cette ancienne colonie britannique.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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