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« Les actions de Trump ont semé la consternation dans le monde » – Mitt Romney

Un homme en complet-cravate sourit.
Le « Washington Post » a publié la lettre ouverte du sénateur élu de l'Utah Mitt Romney. Photo: Reuters / Carlo Allegri

« Un président qui n'a pas su s'élever à la hauteur de ses fonctions » et dont « les mots et les actions ont semé la consternation dans le monde ». Le sénateur élu de l'Utah et candidat à l'élection présidentielle de 2012, Mitt Romney, a servi une virulente critique au président des États-Unis, Donald Trump, dans une lettre publiée dans le Washington Post mardi.

Celui qui a été l’un des opposants à Donald Trump lors de la campagne pour la nomination républicaine aux élections de 2016 soutient que la présidence américaine a chuté de manière brutale en décembre.

Au passage, il cite les départs du secrétaire de la Défense, Jim Mattis, et du chef de cabinet, John Kelly, les nominations de hauts responsables moins expérimentés, l’abandon d’alliés qui se sont battus longtemps aux côtés des États-Unis et l’affirmation irréfléchie de Donald Trump selon laquelle « les États-Unis ont longtemps été un "pigeon" [sucker, en anglais] dans les affaires mondiales » qui affaiblissent sa présidence.

« Allons-y avec Mitt Romney », a rétorqué le président Trump sur Twitter. « Mais [pas] si vite! La question sera : est-il un autre [Jeff] Flake? J'espère que non. Je préférerais de loin que Mitt se concentre sur la sécurité frontalière et tant d'autres choses où il peut être utile. »

J'ai gagné et il a perdu. Il devrait être heureux pour tous les républicains. Sois un joueur d'ÉQUIPE et GAGNE!

Donald Trump à l'intention de Mitt Romney

Le sénateur élu de l’Utah – il sera assermenté jeudi – rappelle dans le Post que Donald Trump n’était pas son choix pour la nomination républicaine en prévision des élections de novembre 2016. À la suite de sa nomination, M. Romney espérait que la campagne Trump allait s’élever au-dessus de la mêlée. « Cela n’a pas été le cas », écrit-il.

Lorsque M. Trump a remporté l’élection de novembre 2016, Mitt Romney espérait encore qu'il soit à la hauteur de la situation. L’ex-gouverneur du Massachusetts estimait que ses premières nominations – Rex Tillerson, Jeff Sessions, Nikki Haley, Jim Mattis et John Kelly – étaient encourageantes.

Sa conduite des deux dernières années, en particulier celle de ce mois-ci [décembre] est la preuve que le président n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités.

Mitt Romney, sénateur élu de l’Utah

En ce qui a trait à la présidentielle de 2020, Mitt Romney a déclaré mercredi sur les ondes du réseau CNN qu’il n’endossait pas la candidature de Donald Trump pour le moment.

« Il ne m’a jamais endossé et je ne l’ai jamais endossé non plus. Je n’ai pas encore décidé qui je soutiendrai en 2020 », s'est contenté de déclarer Mitt Romney. « Je vais attendre et voir qu’elles seront les alternatives », a-t-il ajouté.

Un bilan nuancé

Mitt Romney soutient que ce ne sont pas toutes les politiques mises en place par l’administration Trump qui ont été erronées. Il avait raison, écrit-il, de réduire le taux d’imposition des entreprises, de simplifier la réglementation, de s’attaquer aux pratiques commerciales injustes de la Chine et de nommer des juges conservateurs. « Ce sont des politiques que les républicains modérés appuient depuis des années. Toutefois, les politiques et les nominations ne sont qu’une partie de la présidence. »

« Un président doit démontrer les qualités essentielles d'honnêteté et d'intégrité, et élever le discours national avec clarté et respect mutuel. Avec une nation aussi divisée, pleine de ressentiment et en colère, un leadership présidentiel doté de qualités de caractère est indispensable. Et c’est dans ce registre que le déficit du président a été le plus criant », affirme Mitt Romney.

L’ex-candidat à la présidentielle de 2012 soutient que le monde regarde ce qui se passe aux États-Unis. Il ajoute que les mots et les actions de Donald Trump ont semé la consternation sur la planète.

Il cite un sondage mené en 2016 par le Pew Research Center, selon lequel 84 % des Allemands, des Britanniques, des Canadiens, des Français et des Suédois croyaient que le président agirait « comme il convient » dans la conduite des affaires internationales. Un an plus tard, ce pourcentage était tombé à 16 %, ajoute-t-il.

Le monde a besoin plus que jamais du leadership américain, poursuit-il. M. Romney soutient qu’un monde mené par des régimes autoritaires est un monde – et une Amérique – moins prospère, moins libre et moins pacifié.

Afin d’assumer notre leadership dans la politique mondiale, « nous devons corriger nos échecs dans nos politiques intérieures », écrit Mitt Romney.

« Ce projet commence avec la plus haute fonction pour nous inspirer et nous unir. Cela inclut les partis politiques qui promeuvent des politiques qui nous renforcent plutôt qu'un tribalisme en exploitant la peur et le ressentiment », ajoute le futur sénateur de l’Utah.

Mitt Romney avertit qu’il ne commentera pas chaque tweet du président Trump. Cependant, il dénoncera chaque déclaration ou action significative qui sera source de division, raciste, sexiste, anti-immigration, malhonnête ou qui menacera les institutions démocratiques.

Une dissidence qui commence à se manifester

Selon John Parisella, professeur invité du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), les propos « très sévères » de M. Romney à l'endroit du président sont le signe d'une « dissidence républicaine » qui s'était davantage manifestée dans les médias qu'au Congrès jusqu'ici.

Les représentants et les sénateurs républicains, majoritaires au Congrès depuis l'arrivée au pouvoir de M. Trump, ont essentiellement fait preuve de déférence à l'endroit du président, mais la perte de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat pourrait avoir ébranlé cette quasi-unanimité.

« Les sondages disent que 80 % des républicains appuient M. Trump, peu importe ses politiques, peu importe son comportement. Mais il faut faire attention avec ces sondages, parce qu'il y a de moins en moins d’électeurs qui s’identifient au Parti républicain », a-t-il commenté à l'émission Midi info.

« Le Parti républicain est en déclin, et c’est clair que la base de M. Trump prend plus de place », poursuit l'ancien délégué général du Québec à New York. « On se créerait une forme d’illusion à penser qu’il y a une unanimité derrière M. Trump. Et c’est un peu ça que M. Romney vient de sonner comme alarme. »

M. Parisella, observateur de longue date de la vie politique américaine, souligne toutefois que « certains républicains » se posent des questions quant au moment choisi par M. Romney pour critiquer le président. Les démocrates reprendront le contrôle de la Chambre des représentants dès jeudi, rappelle-t-il, et une partie de l'appareil administratif est paralysée.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de Washington Post, et Reuters

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