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Porter la voix des manifestants soudanais au Québec

Les manifestants demandent au président soudanais, Omar El-Béchir, de se retirer.

Les manifestants demandent au président soudanais, Omar El-Béchir, de se retirer.

Photo : Radio-Canada / Michael Cole/CBC

Maya Arseneau

C'est la fin de la deuxième semaine de manifestations au Soudan. De sa ville d'adoption, Rimouski, Tasneem Elzein surveille avec attention ce mouvement de contestation sociale auquel prennent part certains de ses proches.

Tasneem Elzein est étudiante au doctorat en biologie à l’UQAR. Bien qu’elle réside à Rimouski depuis six ans, toute sa famille et plusieurs de ses amis vivent encore au Soudan.

Depuis le 19 décembre, elle suit du mieux qu’elle le peut les développements de ce mouvement de contestation sociale.

Tasneem Elzein

Tasneem Elzein, soudanaise d'origine, vit à Rimouski depuis six ans.

Photo : Radio-Canada

Si les manifestations ont commencé à la suite de l’augmentation du prix du pain par le gouvernement soudanais, Tasneem Elzein croit que les racines du conflit sont bien plus profondes.

Ça détourne un peu l'attention de la raison de la crise politique plus profonde au Soudan.

Tasneem Elzein

C'était l'étincelle qui a fait que les gens [sont sortis], parce qu'ils n'ont plus accès à des besoins de base. Mais le problème avec la manière d'amener les informations de cette façon-là, c’est que ça donne indirectement de la légitimité au régime, qui a annoncé son intention de résoudre les problèmes économiques. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de solution pour le problème économique tant que ce régime-là ne change pas, affirme-t-elle.

Des manifestations violentes

Toujours en communication avec ses proches, Tasneem Elzein explique que la situation au Soudan est plutôt instable, ce qui stresse les gens sur place.

Le premier jour des manifestations, le gouvernement a coupé Internet pour diminuer la capacité des manifestants à s'organiser et pour empêcher la documentation des événements de se rendre vers l'étranger, explique-t-elle.

Des hommes soulèvent leurs bras en faisant le V de la victoire avec leurs doigts.

Des manifestants dans les rues de Khartoum, le 25 décembre 2018.

Photo : Reuters / Mohamed Nureldin Abdallah

L’étudiante raconte que les forces de sécurité tirent sur les gens et que le bilan des morts augmente chaque jour.

Sachant que les membres de sa famille sont sur place et que certains de ses amis manifestent dans les rues, elle vit énormément d'inquiétude.

Les gens sortent dans les rues en sachant qu'ils peuvent mourir. C'est comme s'ils n'ont plus le choix, parce que la crise économique n'a pas de solution et en même temps, ils insistent à garder ce mouvement pacifiste; donc tout ce qu'ils ont, c'est leur voix, déplore-t-elle.

Un devoir de prendre parole

Même à des milliers de kilomètres de son pays natal, Tasneem Elzein ressent l’urgence de parler de ce conflit ici, au Québec.

Moi, en tant que citoyenne soudanaise, peut-être la seule à Rimouski, ce qui m'importe, c’est de faire passer la voix de ces gens-là.

Tasneem Elzein

Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’une crise économique.

Elle soutient que ces manifestations reflètent un problème plus grand, au Soudan, et qu’une prise de position devrait être rendue par la communauté internationale.

On a entendu parler de déclarations, par exemple des Nations Unies et des pays comme le Canada, les États-Unis, la Norvège et la Grande-Bretagne, qui ont déclaré leurs inquiétudes par rapport à l'utilisation de forces excessives contre les manifestants. Mais ça reste qu’il y a un manque d'action, il y a une indifférence malgré ces déclarations-là, de la part de la communauté internationale et des médias internationaux, affirme-t-elle.

Un espoir bien présent

Si les manifestations sont nécessaires, elles reflètent tout de même beaucoup d’incertitudes sur l’avenir du pays et les défis qui attendent les Soudanais après ce mouvement, selon Tasneem Elzein.

Mais celle-ci s'accroche à l'espoir que la situation s’améliorera.

Bien sûr qu'il y a un espoir, mais il faut vraiment savoir que ça vient avec un coût énorme au niveau de la vie des gens. Il y a beaucoup de sang qui se verse des citoyens. Il y a des familles qui perdent leurs enfants. Oui, il y a un espoir et j’espère que la mort de ces gens-là ne soit pas en vain, conclut-elle.

Bas-Saint-Laurent

Politique internationale