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Combattre l'alzheimer avec des poupées

Un monsieur regarde une poupée dans les yeux.
Les poupées permettent de créer des moments de connexion avec les patients atteints d'alzheimer. Photo: Radio-Canada / Gilbert Rowan
Julien Sahuquillo

Le centre pour personnes âgées Actionmarguerite, à Winnipeg, propose depuis quatre ans un programme de thérapie par les poupées afin de lutter contre la démence et les effets de la maladie d'Alzheimer. Cette méthode permet de réduire les prescriptions de médicaments, mais se heurte encore aux préjugés.

C’est dans le bureau de Susie Nel Piad, la thérapeute en récréation du centre de soins d’Actionmarguerite au centre Taché, que sont stockées plusieurs poupées réalistes à l’effigie de bébés de toutes sortes.

Ces dernières sont régulièrement proposées aux résidents du centre afin qu’ils puissent interagir avec elles et s’en occuper.

Cette thérapie se développe depuis les années 1990 aux États-Unis et convainc de plus en plus de praticiens, qui la jugent efficace pour lutter contre les effets de la maladie d’Alzheimer.

« Ce n’est pas quelque chose de nouveau, mais c'est quelque chose qui n’est pas encore assez pratiqué dans les foyers pour personnes âgées », soutient Josée Fournier, la gestionnaire des résidents à Actionmarguerite.

Redonner un sens à la vie des patients

La thérapie permet, selon Susie Nel Piad, de responsabiliser les résidents.

« Ça leur permet de réaliser qu'ils sont des individus encore capables d'aimer et s'occuper de quelqu'un », explique-t-elle.

Pour les patients les plus réceptifs, qui sont souvent ceux dont la démence ne fait que commencer, il est alors possible d’aller progressivement vers davantage d’activités avec les poupées.

« On peut les peigner, leur donner à manger, leur chanter des chansons. Le but ce n’est pas juste d’avoir un bébé. Il y a toute une séance autour de ça », précise Josée Fournier.

Josée Fournier qui regarde une poupée en forme de bébé.Pour Josée Fournier, il est humainement naturel de ressentir un lien affectif avec ce qui ressemble à un bébé. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Susie Nel Piad tient toutefois à ne pas trop intervenir et à laisser place au maximum d'interaction libre entre le patient et sa poupée.

« Les personnes atteintes d’alzheimer vivent leur journée comme une succession de moments. Lorsque la connexion est présente avec la poupée, j'essaie de me mettre en retrait pour les laisser profiter de ce moment », raconte-t-elle.

Un médium pour entrer en contact

Interagir avec les poupées offre aussi un moyen d’action non médicamenteux pour traiter des crises de démences et certains comportements violents ou inappropriés.

« On apporte la poupée et, tout d’un coup, l’intérêt de la personne se focalise sur le bébé. On est alors capable de les sortir de ces crises », précise Josée Fournier.

La poupée peut également devenir un moyen de communication avec le corps médical pour certains patients qui sombrent dans le mutisme ou qui développent une forme de méfiance.

Susie Nel Piad avec une poupée habillée en rose.Pour Susie Nel Piad, la poupée permet d'entamer une discussion avec certains patients qui refuseraient de parler autrement. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

« Le résident peut avoir faim ou froid, mais ne pas être en mesure de le dire à l’infirmier parce qu’il est nouveau ou qu’il ne souvient pas de lui, explique Susie Nel Piad. Alors, à la place, il peut dire “le bébé a faim” ».

Une thérapie encore mal vue

Voir une personne âgée proche interagir avec une poupée en plastique peut être troublant pour les familles des patients. La thérapie par les poupées est alors souvent vue comme infantilisante, reconnaît Josée Fournier.

Elle soutient pourtant qu’il ne s’agit pas de la réalité. Les résidents du centre sont libres d’utiliser les poupées s’ils le souhaitent. Certains les considèrent par moment comme de vrais enfants, sans pour autant que cela soit la norme ni le but recherché.

« On adapte notre intervention avec ce que le résident croit. On entend sa réalité », rassure la gestionnaire des résidents.

Susie Nel Piad explique avoir également dû faire preuve de pédagogie auprès de certains collègues réticents dans les premiers temps. Selon elle, continuer d’expliquer la méthode et les effets de la thérapie par les poupées est encore nécessaire pour la démocratiser.

Manitoba

Santé physique et mentale