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Le congé de maternité québécois a 40 ans

Une femme enceinte est devant son ordinateur au travail.
Une femme enceinte travaille devant son ordinateur. Photo: iStock
Radio-Canada

Le congé de maternité québécois de 18 semaines, dont on célébrera les 40 ans le 1er janvier 2019, fait bien des envieux, mais il ne répond pas encore aux attentes des étudiantes et des travailleuses agricoles, entre autres.

C’est en 1973 que le gouvernement fédéral permet d’abord aux nouvelles mères de réclamer 15 semaines d'assurance-emploi. L'initiative est bonne, mais il fallait un savant calcul du nombre de semaines de grossesse pour y avoir droit et des femmes en étaient exclues, dont celles qui travaillaient pour leur mari et les travailleuses agricoles.

Pour les travailleuses qui attendent un enfant à l’époque, un autre défi de taille reste : rien ne leur garantit leur emploi après les 15 semaines d’assurance-emploi.

Enceinte de quatre mois, un budget « insuffisant » en 1977

« Je travaillais dans l’entreprise privée, il n’y avait pas de syndicat. Le patron m'a demandé un jour si je connaissais quelqu’un pour travailler, expliquait Lise Rémillard en entrevue à l'émission Femmes d'aujourd'hui en 1977. J’ai donné le nom de la personne, il l’a engagée. Une semaine après, il m'a demandé à son bureau, il m’a dit que son budget ne lui permettait plus de m'avoir... J’avais quatre mois de maternité […] Il a dit que je pourrais me reposer, puis toute l'affaire. [Animatrice :] Mais est-ce que vous étiez malade? [L.R.] Non, je n’étais pas malade du tout, j’étais en pleine forme. »

J'ai pris mes bébelles et je m’en suis allée. Je ne pouvais pas faire grand-chose.

Lise Rémillard, en entrevue à l’émission Femmes d’aujourd’hui en 1977

Le statut des femmes enceintes change avec la garantie d’emploi

Le 1er janvier 1979, le Québec change la donne : être enceinte n’est plus une tare. C’est toujours le programme d'assurance-emploi qui verse les prestations, mais ce qui change, c'est que l'emploi est garanti au retour du travail, si l'on est admissible.

« La reconnaissance du congé maternité est une grande victoire. Il visait à faire reconnaître le rôle de la maternité – il y avait un rôle symbolique – l'idée que la maternité, c'est quelque chose d'utile à notre société, c'est quelque chose d'important, de pertinent », explique Rachel Chagnon, directrice de l’Institut d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal.

L’expérience de Lise D’Amours, une soudeuse en électronique témoigne du changement. En septembre 1979, quelques mois après l’annonce du nouveau de congé de maternité, elle participe au magazine Telemag sur les ondes de Radio-Canada.

Mon patron a été très gentil, il m'a dit félicitations […] et il m'a demandé si j'avais l'intention de revenir au travail. J'ai dit oui. Puis il m'a demandé combien de temps [...] je lui ai dit à peu près trois mois, que je voulais allaiter mon bébé. Il m'a dit : garde toujours le contact avec moi pour savoir quelle date au juste tu vas rentrer.

Lise D’Amours, soudeuse en électronique en entrevue au magazine Telemag de Radio-Canada

En 1996, Québec propose un congé parental plus long et mieux rémunéré, mais les négociations achoppent avec le fédéral. Finalement, c’est le 1er janvier 2006, que le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) entre en vigueur.

Aujourd'hui, la politique de congé maternité, et plus globalement de congé parental au Québec, est montrée en exemple sur la scène internationale avec ses 50 semaines en tout, dont 18 au moins en congé de maternité à 70 % du revenu hebdomadaire moyen et 32 semaines de congé parental.

Souvent placé sur un piédestal, le congé québécois est comparé au congé suédois – quand même plus généreux – où les parents se partagent 69 semaines de congé, dont 56 semaines à 77 % du revenu hebdomadaire.

Plusieurs oubliées, même en 2018

Les défis sont encore nombreux dans la province pour plusieurs catégories de la population, notamment les étudiantes, souligne Marie-Pier Landry, responsable du dossier des congés parentaux étudiants à l'Association des parents étudiants de l'Université Laval (APETUL).

« Les mamans sont inventives pour trouver des façons de passer au travers de la maternité dans un contexte d'étude, mais ce n'est pas sans impact négatif. Qu'est-ce qu'on fait pour accommoder une étudiante enceinte? On lui propose de s'exclure. Est-ce que ça lui permet de vivre dans des conditions décentes et est-ce que ça lui permet de poursuivre ces études? C'est la question qu'il faut se poser », soutient Mme Landry.

Selon elle, la majorité des parents étudiants choisissent de travailler à temps partiel pour être éligibles aux prêts et bourses, mais cela ne suffit pas. D'autres quittent leurs programmes pour ne pas avoir à payer l'université durant ce temps-là, mais ils n’ont alors plus accès aux prêts et bourses. C'est un jeu d'équilibriste.

Dans certains domaines, les étudiants et stagiaires au postdoctorat reçoivent une rémunération du gouvernement fédéral durant leurs congés parentaux.

L'APETUL veut une politique pour tous et demande un congé maternité de six sessions, pendant lequel la maman ne perdrait pas son statut d'étudiante. L'Université Laval étudie le dossier.

Marie-Pier Landry veut que la province se mouille un peu plus dans ce dossier.

Le gouvernement du Québec est reconnu pour son programme à l'international, c'est le temps de l'actualiser, de trouver un moyen pour que les étudiants aient accès à une rémunération minimale, pour que la grossesse ne mène pas à des situations de pauvreté.

Marie-Pier Landry, responsable du dossier des congés parentaux étudiants à l'APETUL

Les travailleuses autonomes et les agricultrices sont aussi oubliées par le RQAP.

« Le RQAP ne permet pas des revenus suffisants pour remplacer ma présence dans l'entreprise. Je vais chercher un coup de main pour le ménage [pendant la période où] je fais du temps partiel pour l'entreprise. Je pense que, pour beaucoup d'entrepreneures, un congé complet de maternité, c'est abstrait. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut se permettre », explique Audrey Bogemans, copropriétaire de la ferme Bogemans à Saint-Sébastien, près de Sabrevois en Montérégie.

Avec les informations d'Alexis Gacon

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